La formation des maîtres mérite mieux !

Déclaration liminaire de la Fédération SUD Education au Conseil Supérieur de l’Education du Jeudi 14 décembre 2006
jeudi 14 décembre 2006

Monsieur le ministre,

La formation des maîtres mérite mieux !

En préambule, à quelques jours d’une grève nationale unitaire, nous tenons à vous rappeler notre totale opposition à votre projet de réécriture des décrets fixant les statuts des enseignants du second degré.
Votre fin de non-recevoir à l’intersyndicale nationale le 29 novembre, après cinq semaines d’attente, est responsable de l’appel à la grève et aux manifestations du 18 décembre.

Votre projet est inacceptable car il vise à développer la flexibilité, la déréglementation tout en augmentant le temps et la charge de travail des enseignants pour un salaire identique. Loin de toutes considérations pédagogiques, il s’agit avant tout de faire des économies sur le service public à hauteur de 3600 Equivalents Temps Pleins dès la prochaine rentrée.

Les modifications que vous cherchez à imposer auraient pour conséquence d’aggraver un peu plus les conditions d’affectation et de travail de nombreux collègues, d’augmenter leur temps ou leur charge de travail.
Vos projets de décrets mettent en place une bivalence et même une polyvalence dans les lycées professionnels, dans un souci de rentabilisation des personnels.
Enfin la redéfinition des tâches de certains enseignants nous inquiète car elle va vers la création d’une hiérarchie intermédiaire inutile.

Nous vous demandons donc de ne pas présenter ces projets de décrets au CTPM du 18 décembre et d’ouvrir de véritables négociations qui tiendront compte de l’augmentation de la pénibilité du travail des enseignants depuis 1950, de l’évolution du métier et de la baisse de notre pouvoir d’achat.

En ce qui concerne le projet d’arrêté qui nous est soumis aujourd’hui.

Tout votre texte s’appuie sur le socle commun des connaissances que nous dénonçons toujours, comme une éducation au rabais.
Nous condamnons l’idéologie qui le sous-tend : l’enseignant doit percevoir les talents. Nous ne sommes pas là pour trier les élèves en fonction de leurs dons supposés.

Ce texte valorise la formation en alternance. Mais en l’occurrence, la formation en alternance que connaissent les stagiaires qui préparent le CAPA-SH, est très loin d’apporter satisfaction. Les collègues ont du mal à assurer le suivi des élèves et sont vite débordés entre les cours et le terrain. Les élèves ne s’y retrouvent pas non plus, mais c’est ce modèle qu’on veut imposer partout. Il s’agit là d’une logique de réduction des moyens.

Ce texte entérine le stage filé sans en avoir évalué les effets. Il y a pourtant beaucoup à en dire :
- Précipitation dans sa mise en place,
- Prise de classe sans formation,
- Temps énorme en préparation,
- Immédiateté de la formation,
- Grande fatigue, anxiété, stress, souffrance au travail
- Pas de prise de recul,
- Difficultés pour le suivi des élèves,
- Manque de temps pour se concerter avec les titulaires,
- Diminution du temps de formation initiale.

Le texte prévoit que nul ne pourra prendre une classe sans avoir été formé et pourtant que se passe-t-il au début des stages filés ?
Les stages de pratique accompagnée, qui sont pourtant une bonne façon d’apprendre, ne seront pas imposés. Ils seront seulement possibles.

Nous dénonçons le rôle qu’on veut faire jouer aux titulaires qui accueillent des stages filés, sans formation et sans compensation. Ils seront progressivement des formateurs et là aussi la réduction des coûts semble être le souci majeur.
Nous attendons toujours un document qui précise les devoirs de chacun, titulaire et stagiaire. Nous craignons la disparition de nombreux formateurs de terrain.

Les directeurs et chefs d’établissements seront associés à l’évaluation des stagiaires. Est-ce leur rôle ? Pour SUD EDUCATION, non. Les compétences qui sont évaluées par ces personnels ne sont pas précisées, il ne saurait s’agir d’une évaluation pédagogique ou disciplinaire .

Le texte prévoit en fait une nomination dans une académie pour 3 ans. Nouveauté qui n’ira pas sans poser de nombreux problèmes concernant le mouvement des enseignants. Quelles garanties donnez vous pour éviter un blocage de celui-ci ?

Le nouveau dispositif correspond donc à une formation de niveau master. Pour autant, les enseignants n’en bénéficieront pas. Pourquoi ? Cela aurait du déboucher sur une revalorisation de carrière que votre politique budgétaire rend impossible. Dans ces conditions à quoi servira d’avoir des éléments d’un master ?

Votre texte reprend pleinement l’introduction de la bivalence pour les professeurs du second degré. Une véritable réflexion sur les aspects pédagogiques de la bivalence n’a pas été menée. Le seul critère de gestion des postes vous pousse dans cette direction, avec l’espoir d’en supprimer des milliers dès la prochaine rentrée, notamment au niveau des remplacements. Il serait pourtant préférable de créer de véritables brigades de remplaçants titulaires avec des conditions de travail et d’affectation attractives pour faire face aux obligations du service public .

Vous ne proposez pas d’augmentation conséquente du temps de formation initiale, qui est maintenu à une année après l’obtention du concours de recrutement, augmenté de six petites semaines les deux années qui suivent. SUD Education revendique l’allongement du temps de formation initiale des enseignants avec une prise en charge progressive de la classe au début de la carrière.
Nous continuons de dénoncer la réduction des formations en IUFM, notamment dans toutes les matières qui ne concernent sont pas directement le socle commun mais qui comme les arts plastiques ou la musique concourent à l’épanouissement culturel des élèves
.
Le texte réaffirme en même temps la formation disciplinaire et la formation professionnelle avant le concours.
La formation pré-professionnelle s’effectuera avec des stages d’observation, est-ce vraiment suffisant ?
Par contre, il semble qu’on se dirige vers la suppression de l’épreuve « professionnelle » au concours d’entrée, ce qui nous semble tout à fait contradictoire. A ce jour, on ne sait rien du sort réservé au mémoire professionnel de l’année de PE2.
Votre projet affirme la nécessité de stages en entreprise pour tous les futurs enseignants. Cette insistance à lier l’education nationale au monde de l’entreprise nous pousse à rappeler que la formation culturelle des élèves est l’objectif premier de l’Ecole. Les enseignants n’ont pas à se substituer au travail des conseillers d’orientation dont le nombre doit être augmenté et les missions confortées.

Enfin, la formation continue a fortement diminué, de près d’un tiers cette année ; nous craignons malgré votre conclusion, une amplification de cette logique. Pour nous, l’obligation de formation continue est l’affaire de l’Education nationale qui doit fournir des stages correspondants aux innovations qu’elle introduit.

En ce qui concerne les compétences exigées des maîtres et leur évaluation nous faisons les remarques suivantes. Pour le moment, nous n’avons pas de cadrage national, pas de critères, seulement 10 compétences, parfois détaillées sans que les moyens dont disposeront les IUFM pour les faire acquérir aux étudiants stagiaires ne soient précisés .
En ce qui concerne les compétences professionnelles des maîtres votre projet insiste sur la culture générale des stagiaires mais rien n’est dit, comme dans la loi Fillon, sur le sens qu’on donne aux apprentissages( on supprime ?). Il est regrettable que la commission d’évaluation de formation des maîtres ne comprenne aucun représentant des personnels mais mentionne des personnalités extérieures au monde de l’education ;enfin le maintien de la souveraineté absolue du jury n’est pas satisfaisant alors qu’il n’existe pas de critères clairs pour les refus de titularisation ni de procédures d’appel .

Pour toutes ces raisons, Monsieur le Ministre, SUD EDUCATION votera contre ce cahier des charges.