La grève, panacée ou archaïsme ?

jeudi 12 mars 2009

Au prétexte d’une présumée inflexibilité des gouvernants et du supposé faible soutien de l’opinion publique, un dangereux lieu commun semble aujourd’hui s’être imposé parmi les personnels de
l’éducation nationale, y compris chez certains « désobéissants »
pédagogiques - ceux qui, à juste titre, refusent publiquement d’appliquer certaines réformes - : la grève n’est plus à l’ordre du jour
comme moyen d’obtenir satisfaction de leurs revendications.

L’échec de la longue grève de
2003 contre la réforme des
retraites n’y est certes pas
pour rien. Ce lieu commun est de
plus entretenu par le cynisme des
gouvernants, qui se moquent
ouvertement de la fréquence et de
l’insignifiance des journées de
grèves dans notre secteur.

Mais il y a un hic : si la grève
ne fait plus peur aux gouvernants,
pourquoi s’acharnent-ils à en dur-
cir les conditions d’exercice, notam-
ment dans l’Éducation nationale ?
- Arrêt Omont Depuis 1980,
les jours non ouvrables intercalés
entre le dernier jour de grève de la
semaine et le premier jour de grève
la semaine suivante sont comptés
dans la perte de salaire.
- Amendement Lamassoure
Depuis 1987 : la retenue de 1/30
du salaire mensuel pour chaque cessation de travail est appliquée,
même si le service à effectuer ce
jour-là n’était que d’une heure.
- Service minimum d’accueil
Dans les écoles depuis septembre
2008 : obligation de se déclarer gréviste 48 heures à l’avance, avec
recrutement de « jaunes » pour faire
de la garderie ; obligation de négocier préalablement au dépôt d’un
préavis de grève, dans le premier
degré, depuis décembre 2008.

Ce grignotage progressif et insidieux du droit constitutionnel de
grève, visible aussi dans le secteur des
transports ferroviaires, n’est-il pas la
preuve que la grève dérange encore ?

Ce n’est donc pas la grève
qu’il faut ranger au magasin des
accessoires obsolètes, mais les usages
qu’en font les directions des syndicats hégémoniques depuis au moins
2003. Les grèves sectorielles et
rituelles d’un jour (en moyenne 4
par an entre 2000 et 2008) tendent
même, c’est un comble, à démobiliser les personnels : belle efficacité ! À
ce propos, c’est la forte et longue
mobilisation des étudiants, plus l’opportunisme du prétendant au trône,
qui ont conduit au retrait du CPE en
2006, moins que la succession de
journées de grève de type « temps
fort ». Même résultat pour le report
de la réforme du lycée, suite à la
forte mobilisation des lycéens en
novembre-décembre 2008.

En 1936, 1968 et 1995, les
victoires des salariés ont résulté d’une
grève reconduite plusieurs jours et
étendue à plusieurs secteurs.

Cependant la stratégie de la
reconduction ne garantit pas le succès, encore faut-il qu’elle ne soit
pas limitée à un seul secteur et par
une date butoir (cas de l’Éducation
nationale en 2003), et/ou abandonnée en chemin par certains syndicats (cas des cheminots en 2008).

Le récent épisode - décembre
2008 et janvier 2009 - de la longue
grève perlée victorieuse menée par
les cheminots de Saint-Lazare
montre bien que la stratégie de la
reconduction non seulement peut
payer, mais aussi effraie les gouvernants jusqu’à faire dérailler notre
monarque atrabilaire.

Les actions des « désobéissants » ne remplacent donc pas la
grève, acte de désobéissance en soi,
mais au contraire, la préparent et
participent à sa construction.

Sud éducation Loir-et-Cher

Sans nos grèves, pas de droits !

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