La liberté de circulation et d’installation, une cause syndicale de première importance

 mars 2003
mis à jour samedi 15 janvier 2005

L’appel à la régularisation de tous les sans-papiers d’Europe pose explicitement le problème du "droit à la libre circulation pour tous, ressortissants des Etats de l’Union comme ressortissants d’Etats-tiers". Il réclame des "mesures visant à éradiquer les situations d’étrangers sans titre ni droits, en instaurant un statut de résident européen". Ces 2 points sont fondamentaux pour le mouvement syndical. Celui-ci a su en maintes occasions apporter son soutien à des sans-papiers placés dans des situations humainement inadmissibles. Mais la répétition au fil des ans des mouvements de sans-papiers témoigne de l’insuffisance des régularisations exceptionnelles auxquelles se résolvent périodiquement les gouvernements d’Europe. Au fur et à mesure de ces régularisations intervenues après des années de rejet dans l’illégalité, les refus de titres de séjour opposés à de nouveaux arrivants maintiennent en effet un contingent à peu près constant de résidents en situation irrégulière, c’est à dire un contingent à peu près constant de résidents privés de tout droit notamment en matière de travail. Cette situation concerne particulièrement le mouvement syndical, dans la mesure où elle est dommageable à l’ensemble des travailleurs car, par contamination, tous finissent par être touchés :

D’une part, dans les secteurs où sont concentrés les étrangers en situation irrégulière (bâtiment, restauration, confection, agriculture, services aux particuliers), on peut voir que, de proche en proche, par le jeu de la concurrence sur le marché du travail, tous les travailleurs sont conduits à s’aligner plus ou moins sur les conditions de travail et de rémunération des plus vulnérables (c’est à dire celles de ces étrangers en situation irrégulière). Par un processus d’alignement par le bas sont concernés les étrangers régularisés avec un titre précaire en 1er lieu, puis l’ensemble des étrangers exposés à de multiples formes de discrimination, et au bout du compte, les Français eux-mêmes.

D’autre part, les conditions d’emploi imposées aux sans-papiers représentent clairement celles dont rêvent les patrons de tous les pays : la situation irrégulière est une véritable école de la flexibilité et de l’exploitation. Elle les banalise effrontément. Le "poison" de la soumission à des conditions de travail hors norme est ainsi prêt à se répandre dans l’ensemble du corps social. C’est cette déréglementation sans frontière qui caractérise la mondialisation libérale contre laquelle le mouvement social se mobilise.

La politique dite de "maîtrise des flux migratoires" a ainsi pour effet de participer d’une véritable opération de dumping social, quand elle ne correspond pas à une pure et simple délocalisation sur place de productions habituellement dévolues aux pays du Sud. Face à cette situation, certaines franges particulièrement dominées de la société peuvent être tentées de s’engager dans la voie du protectionnisme, de la xénophobie et du racisme en exprimant leur vœu d’un verrouillage plus radical des frontières. Bien entendu, cette réaction serait absolument contraire aux valeurs de solidarité internationale que porte l’histoire du mouvement syndical et aussi irrationnelle qu’inefficace quant à la lutte pour l’amélioration des normes d’emploi. Elle se nourrirait en outre de 2 fantasmes :

Celui de l’immigration zéro, ou tout au moins d’une efficace "maîtrise des flux migratoires", c’est à dire, en clair, des hommes et des femmes qui les composent. Sauf à s’en prendre sévèrement aux libertés publiques et à transformer l’Europe en camp retranché, cette maîtrise est illusoire : rien n’empêchera jamais ceux qui ont décidé d’user du droit de vivre ailleurs que là où ils sont nés de donner suite à leur projet, quitte à demeurer autant d’années qu’il le faudra dans la clandestinité. Dès lors, les politiques de contrôle qui affichent la volonté de dire oui à l’immigration régulière et non à l’immigration irrégulière ne font en réalité que dire oui à l’immigration irrégulière et non à l’immigration régulière !

Celui de l’appel d’air. Tout laisse penser que l’ouverture des frontières ne se traduirait pas par l’arrivée de millions de nouveaux arrivants ! Ce ne sont jamais que les moins pauvres des pauvres qui ont les moyens de migrer dans les pays du Nord (les autres ne pouvant qu’essayer de passer d’un pays du Sud à un autre pays du Sud). Ils y produisent des richesses en grande partie rapatriées dans leurs pays qui permettent de fixer des membres de leurs familles ou des proches qui ne demandent qu’à pouvoir rester chez eux. Dans ces conditions, le pari peut être fait que l’augmentation des entrées qui résulterait d’une ouverture des frontières serait, sous réserve de l’organisation de l’accueil, parfaitement absorbable et ne déstabiliserait ni nos économies ni nos sociétés.

Les migrants représentent aussi pour les pays dont ils sont issus un facteur de développement qui, à terme, tarira les sources de migrations : l’exemple de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal sont là pour le prouver ; c’est l’acceptation, pendant un temps limité, de la poussée migratoire en provenance de ces pays qui a permis aux courants de s’inverser et de faire aujourd’hui à leur tour de ces pays des foyers d’immigration. C’est pourquoi nous appelons les organisations syndicales européennes à signer l’appel et à agir pour la régularisation de tous les sans-papiers d’Europe.

Texte émanant des signataires français -dont SUD éducation- de l’Appel pour la régularisation des sans papiers en Europe.

Navigation

Agenda

<<

2019

>>

<<

Septembre

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2627282930311
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30123456