La lutte zapatiste, l’école de l’autonomie

lundi 7 février 2011

La lutte zapatiste pour la dignité, la liberté et la justice s’est fait connaître lors du soulèvement du 1er janvier 1994, dans les montagnes du sud-est du Chiapas (si, si, vous vous en souvenez, au Mexique, avec leurs passe-montagnes). Elle se poursuit aujourd’hui malgré les tentatives des gouvernements successifs pour la faire disparaître. Depuis quelques années, on pourrait croire que les rebelles se sont évanouis dans la nature... et les médias contribuent à créer cette impression à travers l’oubli ou le dénigrement...

Des collectifs et des individus du monde entier n’ont jamais cessé, depuis 1994, de s’engager auprès des zapatistes. De nombreuses rencontres ont été organisées, et depuis la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandone, en 2005
(vous savez, celle qui dit « nous établirons plus de relations de respect et de soutiens mutuels avec des personnes et des organisations qui résistent et luttent contre le néolibéralisme et avec l’humanité »), les échanges se poursuivent au Mexique (avec l’Autre Campagne, ça vous dit quelque chose ?) et au-delà. À l’été 2010, des collectifs européens ont constitué une brigade pour réaffirmer leur soutien à la construction de l’autonomie, pour dénoncer les politiques de répression et pour échanger sur les luttes.

Deux d’entre nous ont rejoint cette brigade qui a parcouru les cinq régions du territoire zapatiste, se rendant dans leurs caracoles (allez, là, on vous aide, ce sont les lieux où se trouve le gouvernement et considérés « comme des porte-voix permettant d’envoyer au loin notre parole et pour écouter celle de ceux qui sont au loin ») : Oventik, La Garrucha, Morelia, Roberto Barrios et La Realidad. Les Conseils de Bon Gouvernement (appelée ainsi « pour se distinguer du mauvais gouvernement ») nous y ont fait partager les importantes avancées de leur lutte, qui a su convertir la résistance au capitalisme en une école, l’école de leur liberté.

Une organisation politique autonome en trois niveaux a été mise en place : la communauté, les Communes Autonomes Rebelles Zapatistes (MAREZ) et les 5 régions qui fonctionnent sur la base d’assemblées et de mandats généralement de 3 ans. Le principe est celui du « mandar obedeciendo » (gouverner en obéissant). Les charges sont des responsabilités qui n’impliquent aucun privilège ni salaire, seulement un devoir envers la communauté et sont donc rotatoires (entre 8 à 15 jours par mois).

L’éducation est considérée comme un des axes essentiels pour s’émanciper.

L’éducation est considérée comme un des axes essentiels pour s’émanciper. « Obligatoire jusqu’à la vieillesse », c’est un processus dont l’école fait partie, comme la vie en collectivité ou les activités dans la communauté tout au long de la vie. Les « promoteurs » sont nommés par les communautés pour mener à bien les enseignements primaire et secondaire qui se développent de façons différentes et à des rythmes variables selon les régions.

Les femmes ont très tôt participé au projet politique, notamment depuis 1993 avec la Loi Révolutionnaire des Femmes qui revendique l’égalité et la liberté à travers l’émancipation. Depuis, elles participent de plus en plus aux différentes charges collectives et la planification familiale se développe. La Clinique de la Femme « Comandanta Ramona » à la Garrucha, dédiée à la « santé sexuelle et reproductive » (planification et gynécologie) en est le symbole.

Les systèmes de santé mis en place ont permis de réduire la mortalité infantile et d’avancer dans la prévention. Beaucoup d’importance est donnée à la récupération de la médecine traditionnelle sans pour autant écarter l’allopathie. Les soins et la prévention se font dans les centres de santé et les cliniques dont certaines ont un laboratoire d’analyse, un cabinet dentaire, une structure de chirurgie légère...

La terre et le territoire sont la base de l’autonomie (là c’est sûr, vous le savez, Zapata disait déjà en 1910 « la terre est à ceux qui la travaillent ») : ainsi, les zapatistes travaillent les terres qu’ils ont récupérées par la lutte contre les grands propriétaires en 1994. Ils y cultivent le maïs et le haricot rouge, bases de leur alimentation et de leur culture. La production de café permet de financer des projets à travers les coopératives (au fait, vous pouvez en commander) et l’agroécologie est devenue une préoccupation centrale.

Des textes, des enregistrements audio et vidéo ont été réalisés tout au long de cette brigade afin de faire connaître davantage les avancées de cette lutte digne et discrète (surtout depuis que le sous-commandant Marcos n’apparaît plus dans les médias). La construction de l’autonomie se poursuit et nous avons beaucoup à en apprendre et à comprendre.

Sud éducation Créteil propose un stage pour prendre le temps d’en discuter le vendredi 1er avril en prévision d’un éventuel stage sur l’éducation autonome au Chiapas cet été...

Ça dépendra surtout de vous !