La poussière retombe sur les ruines.

Communiqué du Conseil Fédéral de Sud Education du 21 septembre 2001
 septembre 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Petit à petit, l’effet de sidération s’estompe et l’on recommence à réfléchir.

Des milliers d’êtres humains ont été broyés sous les gravats. Des milliers de rescapés vivront cet enfer toute leur vie durant.

Non : les maîtres du monde et de la finance (Américains, certainement, mais aussi Français ou... Arabes) n’ont pas été frappés. Ils gagneront de nouveaux milliards dans la reconstruction de Manhattan et dans l’industrie de guerre.
Ceux qui sont morts étaient serveurs, employé(e)s de bureaux, liftiers ou serviteurs de luxe, traders et spécialistes des marchés.

Le million d’Irakiens tués dans la guerre du Golfe et depuis par la famine organisée ou sous les raids incessants des aviations américaine et britannique sont également des innocents. Saddam Hussein, parfois allié, parfois diabolisé, dort tranquillement dans son palais.

Milosevic regarde lui aussi tranquillement la télévision dans sa cellule hollandaise bien proprette. Ce sont les peuples des Balkans qui ont péri par le fer et le feu.
Syndicalistes, nous sommes spontanément, non pas « tous américains », mais du côté de l’humanité et de la fraternité, qui n’ont pas de frontière.

Syndicalistes, nous combattons sans relâche un système qui « porte la guerre comme la nuée porte l’orage ». Et à ce système appartiennent ensemble Bush, les profiteurs capitalistes du monde entier, mais aussi « notre » Etat français, les émirats du Golfe, Saddam Hussein, Milosevic et Poutine, mais aussi l’ancien agent de la CIA Ben Laden.

Système. Nul machiavélisme dans ses choix et ses actes : sa « boussole » l’oriente inexorablement vers la recherche par tous les moyens du profit pour les possédants ; elle l’oriente vers la violence quotidienne : ravages dans le corps et l’esprit de ceux que l’on chasse de leur emploi, déstabilisation de ceux qui sont précarisés, terreur et souffrance de ceux qui sont victimes de sa lutte incessante pour le profit, à coup de guerres, à coup de famines ou de privation de soins.

Les nuages horribles du massacre de New York vont momentanément offrir un abri aux possédants.

En même temps que l’on va tenter d’exacerber la division chez les sans-privilèges en matraquant l’équation Arabe = islamiste = terroriste = ennemi à abattre (que l’on ne compte pas sur nous pour cautionner, en une quelconque « union sacrée », les opérations militaires de représailles annoncées par le gouvernement des Etats-Unis soutenu par ses alliés ; une guerre contre les populations civiles !), d’autres incitations ou suggestions ont commencé à être distillées dans les esprits :

On nous dit : « Devant le “vrai” malheur, faisons un temps un trait sur nos différends. Grèves contre des licenciements ; défense des conditions de vie et de travail : que pèsent ces détails quand le sort de la planète se joue dans le conflit du Bien et du Mal ? »

Mais aussi, « les antimondialisations n’ont-ils pas, en désignant sans cesse les Etats-Unis et les grandes puissances occidentales comme le grand coupable, nourri la haine et couvert, justifié, à leur manière fomenté l’horreur de Manhattan ? »

Nous ne marcherons pas dans cette combine cousue de gros fil blanc.

Syndicalistes, nous ressentons l’horreur quotidienne de ce système dans toutes ses dimensions.

« Pour une autre société, pour une autre école » n’est pas une coquetterie, un vain mot.

C’est aussi pourquoi SUD éducation continuera de s’inscrire dans la contestation de la mondialisation capitaliste, et, après Gênes, prendra des initiatives pour qu’à l’échelle européenne en particulier se lèvent tous ceux qui ne veulent pas que l’homme soit définitivement traité comme une marchandise.

C’est enfin la raison pour laquelle SUD éducation prendra toute sa place dans les Assises ouvrières convoquées en octobre par les salariés et l’intersyndicale de LU-Danone, pour prolonger et amplifier la mobilisation d’« en bas ».
Parce que, au total, seules les forces de l’humanité exploitée et des sans-privilèges peuvent faire échec à la barbarie.