La réforme Lang - European Credit Transfer System (ECTS) et système Licence Master Doctorat (LMD)

ou la libéralisation programmée du système universitaire !
 janvier 2003
mis à jour samedi 15 janvier 2005

La réforme des universités a été lancée au niveau national par les décrets Lang d’avril 2002, et son application est aujourd’hui prise en charge par Luc Ferry. La première vague d’application de la réforme (dite "vague A") comprend les universités de Bordeaux, Dijon, Grenoble, Lyon, Montpellier, Poitiers et Toulouse. Le fait que les universités ne se trouvent pas toutes dans la première vague (par exemple, beaucoup d’universités parisiennes ne seront pas concernées avant 2006) contribue au manque d’information sur la question et rend difficile une mobilisation unitaire, alors même que cette réforme est une attaque grave contre le système d’enseignement public. Sous couvert d’harmonisation européenne (habillage séduisant), ces réformes donnent en effet à l’Etat un nouveau prétexte pour se désengager encore davantage des formations généralistes qui ne sont pas immédiatement rentables.

Le système 3-5-8 (récemment rebaptisé système LMD : Licence-Master-Doctorat) : dans ce système, seuls existeront les diplômes à bac+3 (Licence), Bac+5 (Master) et Bac+8 (Doctorat). Le nouveau diplôme de Master entraîne à terme la disparition des Maîtrises, des DEA et des DESS.

ECTS : le diplôme à points. Le système ECTS (European Credits Transfer System) revient à mettre en place des diplômes à points (appelés " crédits "). Il faudra accumuler 180 crédits pour obtenir une Licence, 300 crédits pour un Master et 480 crédits pour un Doctorat.
Le premier cycle est menacé : cette accumulation de crédits risque de mener à la casse des enseignements de premier cycle : à une licence généraliste où les connaissances ne seraient jamais approfondies et qui pourrait devenir un diplôme sans valeur réelle. En effet, ces crédits ECTS ne seront pas attribués dans le seul cadre des enseignements : "des stages, des mémoires, des projets et d’autres activités" (article 5 du décret du 8 avril 2002) pourront également donner droit à l’attribution de crédits. Les enseignements sont de ce fait mis sur le même plan que des activités qui sont sans rapport avec une formation universitaire (soutien scolaire, participation à la vie associative, etc.) et qui, du point de vue du Ministère, auront l’avantage de ne rien coûter à l’Etat, à la différence des cours. Par ailleurs, nous n’avons aucune garantie que les équipes pédagogiques auront la maîtrise du système ECTS, et qu’elles puissent faire autre chose que valider automatiquement des crédits obtenus ailleurs : à terme, c’est l’avenir des disciplines, leur cohérence, leur lien avec la recherche qui est en jeu. Dans le discours du Ministre, la "lutte contre l’échec" est le maître mot, mais il masque une hypocrisie monumentale. Avec l’accumulation des crédits ECTS, les gestionnaires qui nous gouvernent pourront faire en sorte que l’étudiant soit "toujours en progression", dans "un système où le redoublement est impossible" (selon les termes employés dans un compte-rendu de la fac pilote de Valenciennes). En progression, oui mais comment ? Dans les statistiques ? S’agira-t-il d’accumuler des points sans recevoir pour autant de formation cohérente ?

Les masters : le règne de la concurrence entre les filières et entre les universités.

Dans les campagnes d’habilitation des nouvelles maquettes "LMD", c’est une commission nationale d’évaluation nommée par le Ministère qui décidera de la capacité ou de l’incapacité d’un établissement à délivrer des masters (niveau maîtrise + DEA). Cette commission comportera des acteurs extérieurs à l’université, notamment des représentants des entreprises correspondant au bassin d’emploi local, ce qui pose le problème de la pression accrue des entreprises qui aimeraient se fabriquer des diplômes sur mesure. De plus, il n’existe strictement aucune garantie que dans un établissement donné, toutes les disciplines puissent survivre au delà du niveau de la licence (cf conférence de presse de Luc Ferry, qui évoque la "capacité des établissements à faire"). Ce qui signifie que certaines disciplines à faibles effectifs pourraient perdre la maîtrise, surtout si elles sont dites "non rentables". Avec l’instauration de "pôles d’excellence", il devient envisageable de supprimer certaines formations pour concentrer les moyens sur quelques universités. Le master d’espagnol à Toulouse, d’accord, mais pour l’italien, allez à Bordeaux ! La mobilité est une belle idée, mais la mobilité forcée ? Les étudiants ont-ils tous les moyens de changer de ville pour poursuivre leurs études ? Ici également, le danger est grand d’une rupture entre premier cycle et master, entre les enseignements de licence et les activités de recherche.

L’harmonisation européenne. Les politiques qui s’appliquent actuellement en France sont définies par le "processus de Bologne" (1999), qui désigne le cycle de rencontres des ministres de l’éducation au niveau européen. Dans ce cadre, l’ordre est donné aux universités de "relever les défis pour être plus lisibles, plus attrayantes, plus compétitives à l’échelle nationale, européenne et mondiale" (déclaration de Salamanque, mars 2001). Les décrets Lang ne sont que l’application française de cette nouvelle politique européenne de l’enseignement. En Italie la réforme Zecchino, et en Espagne la loi d’Orientation Universitaire (LOU) ont été à l’origine de fortes mobilisations étudiantes, axées contre la casse du service public et contre l’institutionnalisation des inégalités entre les universités.

Des attaques sur tous les fronts : depuis que les accords de l’Organisation Mondiale du Commerce concernent les services d’éducation (dans le cadre de l’AGCS : l’Accord Général sur le Commerce des Services), les universités risquent de voir leur fonction entièrement détournée, de ne plus avoir pour but la création et la transmission du savoir, mais la formation d’une main d’œuvre directement employable, taillée sur mesure pour les intérêts à court terme des employeurs.

Dans un tel contexte, le service public d’éducation ne pourra être défendu que si nous présentons un front uni, au niveau local, au niveau national, et au niveau européen. A l’Université de sciences humaines de Toulouse (Toulouse II), les étudiants ont déclenché un mouvement de grève contre ces réformes au début du mois de novembre 2002. A la fin du mois de novembre, le conseil d’administration de Toulouse II, en partie sous la pression du mouvement étudiant, a décidé le report de l’application des décrets Lang, au moins jusqu’à la rentrée 2004. Dans d’autres universités également, le débat a été lancé. Ne restons pas passifs devant cette casse programmée du service public et devant sa transformation en supermarché des formations au service des entreprises !
Section SUD de l’Université Toulouse-Le Mirail

Les textes cités sont consultables sur les sites suivants :
- Décrets Lang du 8 avril 200 (Licence-Master-Doctorat) : www.cpu.fr
- Conférence de presse de Luc Ferry du 7 octobre :
www.education.gouv.fr/presse/2002/rentreesupdp.htm
- Vidéo d’une rencontre de novembre 2002 des représentants des universités avec les chargés de mission du ministère :
http://argon.u-strasbg.fr/applicatifs/canalunew/video.asp?idSess=775
- Sur l’AGCS :
http://www.france.attac.org/site/page.php?idpage=939&langue=

Navigation

Mots-clés de l'article

Agenda

<<

2019

>>

<<

Octobre

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
30123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031123