La réforme de la formation ou l’avènement de la « prof-académie »

Expression de Sud Éducation Ille-et-Vilaine
lundi 22 mars 2010

Jamais les conditions d’entrée dans le métier n’auront été aussi cauchemardesques que celles qui s’annoncent à partir de la rentrée de septembre 2010. La soit disante réforme de la formation des enseignants suit son cours implacablement. Elle va conduire les jeunes collègues stagiaires à enseigner à plein temps dès la rentrée ou quasiment. Nul doute que cela va se traduire par de la détresse de toute part.

Le compagnonnage porté par un seul titulaire va être la clé de voûte de cette nouvelle forme de formation qui ressemble davantage à du bizutage.

Les stagiaires devront attendre le second trimestre pour pouvoir bénéficier d’une formation en dehors du lieu d’exercice, jusque là ils n’auront vu qu’un seul interlocuteur le compagnon.

Et les élèves dans tout ça, ils devront faire les frais de cette nouvelle formation bricolée à coups de restrictions budgétaires et de suppressions de postes.

Le secrétariat du ministère de l’Éducation Nationale a publié une lettre de cadrage le 25 février en attendant l’arrêté portant cahier des charges de la formation attendu pour la fin du mois de mars et dont un projet circule. La teneur de cette lettre de cadrage témoigne de la lâcheté avec laquelle le ministère traite la question, se défaussant sur les rectorats et les inspections d’Académie où ils savent trouver les relais zélés de leurs choix idéologiques contestables. En effet, à chaque paragraphe, il est question de : « en tenant compte de vos spécificités [...] l’accueil pourra être mis en place dans les jours qui précèdent la rentrée [...] d’autres formes d’accompagnement que vous jugerez utiles [...] l’acquisition des connaissances non maîtrisées [réduites à] l’apprentissage de la lecture et du calcul [...] dans toute la mesure du possible les PE stagiaires [...] devront pouvoir faire classe jusqu’aux vacances de toussaint en présence d’enseignants expérimentés [...] il est vivement souhaitable de [...] en fonction des personnels ressources dont vous disposerez [...] formations [...] sous des formes adaptées aux spécificités de votre académie [...] vous pourrez aussi faire appel utilement à d’autres enseignants [...] vous éviterez autant que faire ce peut les établissements difficiles [...] ainsi que le cas échéant d’autres types d’actions d’accompagnement [...] vous pourrez vous appuyer sur votre potentiel de remplacement que vous vous appliquerez à diversifier [...] les stagiaires pourront à titre individuel s’inscrire à des stages offerts dans le cadre du PAF [...] le tuteur devra être dans un établissement le plus proche possible [...] les emplois du temps du stagiaire et de son tuteur devront, dans toute la mesure du possible, être compatibles ».

Le comble du cynisme est atteint quand le ministère prétend de la sorte : « mieux les accueillir et de mieux les former ».

La voici la formation sur le tas, prônée depuis des années par les hommes politiques les plus réactionnaires : il suffit de regarder un enseignant expérimenté faire la classe pour savoir la faire à son tour.

Quelques comparaisons pour comprendre de quoi il s’agit : « j’aurais bien envie de devenir grand cuisinier, je vais regarder un grand nom étoilé faire la cuisine et à coup sûr je peux ouvrir mon restaurant en reproduisant son tour de main » ou pourquoi pas « bien installé dans mon canapé regardant mon programme sportif préféré et hop je deviens dès que je m’y mets un champion ». Pour devenir enseignant, voici donc venu le temps de la « prof-académie ». Pas besoin de compétences professionnelles, un peu de coaching sur le tas suffirait mais attention aux coups, aux pleurs, aux désillusions. Et au final, pas de vote du public, il n’y aura qu’une seule personne pour décider du droit de continuer, l’inspecteur.

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