La vérité sort de la bouche de la police

lundi 17 octobre 2005
mis à jour samedi 21 janvier 2006

Le 22 septembre, nous étions nombreux au Tribunal de grande instance de Paris, pour soutenir Antoine Bérard inculpé pour outrages à agents, violences et rébellion. Beaucoup d’entre nous se rappelaient qu’au soir de la manifestation lycéenne du 13 avril, nous cherchions à avoir des nouvelles d’un jeune homme, interpellé par les forces de l’ordre avec une violence insupportable : gazé, plaqué au sol, traîné par les cheveux, roué de coups. Or c’est ce même jeune homme qui se retrouvait au banc des accusés, désigné comme coupable de violences ce jour là.

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Lors d’une première audience, le 23 mai, son avocate, Irène Terrel, avait soulevé un problème majeur : le procès verbal des policiers faisait état d’une interpellation rue Thénard. Or un reportage de France 2, des photos prises par un photographe amateur, les témoignages de cinq manifestants et de l’employée d’une librairie voisine, attestaient que l’interpellation avait eu lieu rue Saint-Victor, située à plusieurs centaines de mètres. La juge avait donc estimé qu’elle n’était pas en mesure de se prononcer sur les faits, et le procès avait été renvoyé au 22 septembre, pour une nouvelle audience, en présence cette fois-ci de trois juges au lieu d’un.

Le 22 septembre, dès le début de l’audience, l’avocate demande un complément d’enquête : en effet, malgré l’erreur du procès-verbal de police sur leur localisation, aucune enquête n’a eu lieu sur les faits eux-mêmes. Or elle apporte un certain nombre d’éléments matériels importants : films, photos, témoignages. Elle souhaite donc une reconstitution sur place de l’arrestation. Sa demande est rejetée. Ce sera la parole d’Antoine contre celle des policiers. Selon le procès verbal de police, rue Thénard, Antoine se serait avancé vers deux policiers qu’il aurait violemment frappés et insultés, les traitant de CRS/SS. Il leur aurait également lancé une bouteille en verre, qui aurait atterri aux pieds de l’un d’entre eux. Les deux hommes ont porté plainte, mais aucun d’eux ne fait état d’un arrêt de travail consécutif aux coups qu’ils auraient reçus.

Un seul des plaignants est présent. Le policier qui avait accusé Antoine du jet d’une bouteille est en arrêt de travail. Son collègue reconnaissant n’avoir rien vu à ce sujet, il n’en sera plus question. Ce policier a du mal à expliquer pourquoi le rapport mentionne la rue Thénard. Son avocate a demandé que soit entendu son supérieur hiérarchique. Celui-ci explique que « les lieux cités dans le procès verbal correspondent à ceux où l’ordre a été donné d’isoler ce jeune homme désigné comme un élément perturbateur. » C’est rue Thénard que l’ordre aurait été donné « d’extraire » Antoine de la manifestation.

Rue Saint-Victor, les policiers auraient seulement exécuté l’ordre donné. Tous les témoins cités sont pourtant d’accord pour dire qu’avant l’arrestation d’Antoine, il n’y avait eu aucun heurt violent sur le parcours de la manifestation. « On ne peut pas accuser n’importe qui de n’importe quoi ! », souligne l’avocate.

Les témoins sont tous d’accord sur les faits : ce jour là, en tentant de rejoindre la rue des Ecoles par la rue Saint-Victor, le cortège se retrouve face à un cordon de CRS qui, craignant d’être débordés, utilisent les gaz lacrymogènes. Antoine s’était mis en première ligne pour contenir le cortège. Il reçoit le gaz en pleine figure. Il se retrouve, poussé par la foule, de l’autre côté du cordon de police. C’est alors qu’il est plaqué au sol, traîné par les cheveux et roué de coups. La scène est si violente que les employées d’une librairie voisine protestent. « Un homme en civil qui accompagnait les policiers » donne de grands coups dans la porte du magasin pour les faire taire, décrit l’un des témoins. A aucun moment Antoine ne s’est débattu, il était extrêmement choqué, et incapable de réagir.

Cette violence, que le film de France 2 et les photos prouvent sans équivoque, les policiers et la procureure la justifient : « C’est extrêmement violent, une interpellation », et elle explique aux témoins qu’ils n’ont pas vu les violences auxquelles Antoine se serait livré (et que les policiers sont les seuls à avoir vues). La présidente du tribunal va plus loin et les interpelle : « Puisque vous étiez si choqués, pourquoi n’être pas allés le soir même dans un commissariat pour porter plainte ? » remous dans la salle !

La procureure ne doute pas de la parole des policiers : « Cet élément perturbateur devait être extrait de la manifestation ». Elle requiert 3 mois de prison avec sursis. L’avocate des policiers a quant à elle demandé 460 euros de dommages et intérêts pour chacun des deux policiers. Le 6 octobre Antoine a finalement été condamné à 3 mois de prison avec sursis et à 1400 euros de dommages et intérrêts.

Commission fédérale anti-répression syndicale

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