Laïcité

vendredi 7 décembre 2012
mis à jour dimanche 6 janvier 2013

Texte adopté aux journées complémentaires du VIème Congrès Fédéral des syndicats SUD éducation de mai 2012 à Montpellier, les 29 et 30 novembre 2012 à Créteil

Laïcité

Comme « la démocratie » la laïcité est posée comme une évidence incontournable dans le discours politique actuel… Mais la laïcité est dénaturée ou détournée dans les faits.
- Tentative de dénaturation : l’extrême droite et la droite extrême se drapent dans la laïcité pour habiller leur racisme brutal à l’égard des populations issues de l’immigration.
- Contournement : les syndicats, les associations… et les partis de la« gauche » de gouvernement, censés défendre la laïcité, proclament qu’on est parvenu à la paix scolaire et qu’il ne faudrait surtout pas rallumer la « guerre ». Voilà pourquoi il serait urgent de se satisfaire lâchement d’un statu quo qui ne cesse pourtant de se dégrader pour l’enseignement laïque.

La laïcité est-elle une question dépassée ?
… voire une fausse « valeur », juste bonne à être invoquée par ce qu’il y a de plus réactionnaire dans l’opinion ? Et pourtant…tirant profit de la politique suivie lors du quinquennat Chirac, puis de celui de Sarkozy, le lobby de l’enseignement privé confessionnel se déchaîne : ainsi la loi Carle, imposant le financement des écoles privées par des communes extérieures ; ainsi également le lobby parlementaire mobilisé par Mme Boyer, et les amendements de dernière minute au budget détournant des crédits de l’enseignement public vers l’enseignement confessionnel.

La laïcité contre l’ingérence des religions dans la vie de la cité
Bref retour sur l’histoire : la laïcité est une conquête pour la démocratie et le rationalisme. C’est une conquête fondée sur un recul du cléricalisme, c’est-à-dire l’association du pouvoir politique et d’une religion : la laïcité est anticléricale. Elle n’a été imposée légalement en 1905 qu’au prix d’une violence faite aux religions alors instituées dans la France de l’époque (amputée de l’Alsace et de la Moselle). Violence non seulement symbolique mais « physique », particulièrement dans une région comme la Bretagne… La laïcité procède de renoncements imposés aux cultes, en raison de la propension des religions à vouloir régir la totalité de la vie des sociétés. Le mouvement ouvrier et syndical menant la lutte pour l’émancipation des travailleurs a hérité des luttes rationalistes des Lumières.
Contrairement à ce que veulent faire croire les tenants d’une laïcité autoproclamée « ouverte », la laïcité n’est pas destinée prioritairement à assurer une égalité de traitement entre les cultes dans la société. Liberté de culte certes, mais surtout liberté de conscience. Partant de là, la laïcité garantit aussi le droit de ne pas croire, l’agnosticisme, l’athéisme. Elle a été imposée pour séparer l’État de toute religion instituée, de tout dogme d’État. Elle limite l’exercice des cultes en fonction de l’intérêt général, elle s’oppose aux manifestations religieuses attentatoires aux droits des personnes ou génératrices de troubles [1]. La liberté de conscience est une conquête démocratique, dans le domaine religieux comme dans les autres. Dans une société démocratique, les croyances religieuses, fondées sur des « vérités » transcendantes, à caractère sacré, n’ont pas vocation à intervenir dans la gestion des affaires de la cité.

Le prosélytisme religieux est inacceptable à l’école, incompatible avec un processus de formation d’esprits libres ; la présence de signes d’appartenance confessionnelle (croix, kippa, foulard ou voile, turban…) est incompatible avec la laïcité à l’école.

Ingérences religieuses, ingérences économiques ou politiques et laïcité
Sud Éducation combat toutes ces ingérences qui se font nécessairement au détriment de la qualité de l’enseignement, de l’intérêt bien compris des élèves, et des droits et libertés des personnels [2]. Nous refusons la marchandisation de l’éducation, voulue par le capital européen et mondial : c’est pourquoi aussi nous défendons le service public. Nous combattons les officines de cours privé (non confessionnelles…) qui spéculent sur l’inquiétude des parents. Nous revendiquons la suppression des niches fiscales dont bénéficient Acadomia et consorts. Ces niches fiscales leur permettent d’exister ; elles détournent les parents des revendications concernant la casse du système public d’éducation. Nous dénonçons tous les établissements privés qui profitent des imperfections de l’offre de formation publique pour rançonner les familles et leur faire miroiter une meilleure réussite scolaire ou insertion professionnelle.
Ces ingérences ne sont pas de même nature que les ingérences religieuses, qui relèvent de la laïcité.

C’est à l’école que l’enjeu de la laïcité est le plus direct.
Sans revenir sur les lois anti-laïques que nos luttes visent à abroger, depuis la loi Astier sur l’enseignement professionnel au lendemain de 14-18 jusqu’à la loi Carle de 2009, en passant par les lois Marie-Barangé, Debré, Guermeur, les accords Lang-Cloupet, l’action syndicale quotidienne est confrontée aux conséquences de ces lois : le ministère et l’administration de l’éducation nationale gèrent parallèlement les « deux réseaux » de scolarisation, comme ils disent. Et le privé est gagnant sur tous les plans :
* Il bénéficie des financements publics et de financements supplémentaires, notamment le financement du diocèse, celui d’associations diverses et, pour toutes les sections ayant un débouché professionnel, de la taxe d’apprentissage. Il crée des sections attractives, tant pour les langues que, dès la classe de quatrième, pour les spécialités techniques alors qu’elles sont refusées à l’enseignement public.
* Les modes de gestion et l’idéologie du privé sont continuellement étendus à l’enseignement public : l’autonomie des établissements permet la mise en concurrence de ceux-ci, puis des personnels entre eux, la mise sous tutelle des entreprises et des potentats politiques locaux, le pouvoir renforcé du chef d’établissement, les méthodes managériales de gestion des personnels… L’enseignement privé confessionnel a servi de laboratoire à la dénaturation de l’école publique. Le privé n’a aucunement une « mission de service public », mais une mission de destruction de l’école publique.

Contre les discriminations à et par l’école, refusons le dualisme scolaire.
L’enseignement privé fonde sa publicité sur l’élitisme, de prétendus résultats supérieurs à ceux du public, alors qu’il trie ses élèves : pour l’essentiel leur origine sociale est globalement différente de celle des établissements publics, surtout ceux des quartiers populaires - pour ne rien dire des ZEP. Cela met en lumière la fonction essentielle du privé, qui n’est pas religieuse : la discrimination sociale.
Nous luttons pour une seule école, assurant une formation complète, intellectuelle, technologique, sociale et politique, éthique, artistique, corporelle. Une école laïque, formant à la coopération et non à la concurrence, une école émancipatrice. Nous combattons l’ingérence dans les programmes scolaires de toutes les tutelles aliénantes qui prétendent imposer leurs dogmes : en SVT, en histoire, en SES, en STMG où le patronat et ses idéologues néolibéraux veulent normaliser les contenus d’enseignement…

Un combat permanent
Sud Éducation considère que les lois existantes, celles qui assurent certaines garanties laïques comme celles qui les remettent en cause, ne sont pas intangibles : la lutte laïque doit les faire progresser. Ainsi l’existence des aumôneries dans les établissements scolaires et dans les services publics est une atteinte à la laïcité, quand bien même elle figure dans la loi de 1905.

SUD Éducation dénonce :
* Le pouvoir sarkozien qui célèbre les « racines chrétiennes » de l’Europe…
* L’enseignement du « fait religieux » : celui-ci ne doit pas faire l’objet d’un enseignement spécifique. Les contenus d’enseignement concernant la religion doivent répondre à des méthodes critiques et scientifiques.
* Dans l’école, la présence de signes d’appartenance confessionnelle, incompatibles avec la laïcité.
Pour en finir avec le dualisme scolaire, Sud éducation revendique la nationalisation sans indemnité ni rachat de toutes les écoles confessionnelles ou patronales, avec intégration des personnels laïcs qui le souhaitent dans la Fonction Publique.

SUD Éducation revendique :
* l’abrogation de toutes les lois anti-laïques qui assurent un financement public de l’école privée : entretien des locaux, fonctionnement, salaire des enseignants…
* l’abrogation du statut concordataire d’Alsace-Moselle, qui s’applique aussi dans certains départements outre-mer (Guyane, Mayotte …).
* la fermeture de toutes les aumôneries.
* le respect du monopole de la collation des grades dévolu à l’enseignement public, c’est à dire de la délivrance et de la certification des diplômes
* la passation des les examens dans les établissements publics, les examens devant être surveillés et corrigés par des enseignants du public.
* la participation de chaque commune au financement d’une école publique.
Tous les fonds publics destinés à l’enseignement doivent être attribués à l’enseignement public.


1- Loi de 1905 : Titre V – article 26 : « Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte. »
Art 27 : « les sonneries des cloches seront réglées par arrêté municipal »
Art. 28 : « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit »…
2- D’ailleurs le Code de l’éducation, dans son article L. 141-6, relatif à l’enseignement supérieur, comporte une disposition qui semble justifier notre combat tant contre les emprises religieuses que contre les emprises économiques ou politiques : « Le service public de l’enseignement supérieur est laïque et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique »

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