Le LP, bilan et perspectives

vendredi 7 décembre 2012

Texte adopté aux journées complémentaires du VIème Congrès Fédéral des syndicats SUD éducation de mai 2012 à Montpellier, les 29 et 30 novembre 2012 à Créteil

Le LP, bilan et perspectives

La réforme du lycée professionnel qui a permis, sous l’impulsion de la RGPP, la suppression de 16.000 postes, est très éloignée de la valorisation annoncée.
La revendication par l’Association des Régions de France le 20 avril 2011 de se voir attribuer un pilotage complet de l’enseignement de la voie professionnelle et l’annonce, le 18 octobre, de Nicolas Sarkozy de rendre obligatoire l’alternance lors des dernières années de préparation au Bac pro et au CAP convergent dans le sens d’une remise en cause radicale de la voie professionnelle sous statut scolaire dans les LP et LPO au sein de l’Éducation Nationale.
Cette orientation risque de porter un coup fatal à la formation initiale qualifiante au profit d’une formation soumise aux impératifs économiques d’une demande locale à court terme.
A terme, elle signifie aussi la destruction du statut de fonctionnaire d’état et la remise en question des missions et temps travail qui en découlent.

Bac pro trois ans : les écueils

Une formation au rabais :
- La généralisation des Contrôle en Cours de Formation remet en question la valeur nationale du Bac pro et de la certification intermédiaire.
- La certification intermédiaire dont les épreuves s’échelonnent tout au long de la deuxième année ne peut en aucun cas prétendre à une reconnaissance équivalente à celle du BEP. Elle n’a d’ailleurs aucune valeur sur le marché du travail.
- Le coefficient élevé attribué à l’épreuve orale de rattrapage, soit 50 % de l’examen, conduit à rendre négligeables les différentes épreuves ponctuelles organisées en vue de l’obtention du Baccalauréat Professionnel.
- Le transfert de la formation aux entreprises par l’extension injustifiée des stages, soit 25% minimum du temps du cursus, sans aucune garantie réelle d’acquisition de connaissance en lien avec le référentiel, achèvent de discréditer le cursus bac professionnel. L’entreprise, soumise à des contraintes de rentabilité immédiate, aux aléas économiques, n’a pas vocation à être un lieu de formation pour des jeunes. Le postulat idéologique que les objectifs de l’entreprise puissent se confondre avec ceux de la formation est rarement vérifié. Faire porter une part croissante de la formation sur les entreprises constitue une prise de risque inacceptable à l’égard des lycéens. Au mieux, « occupés » à accomplir des taches qui n’ont rien à voir avec le référentiel de son cursus, au pire, utilisés comme main d’œuvre gratuite, le stagiaire ne se voit réellement formé que de façon extrêmement aléatoire. Dans certains champs professionnels, à haut degré de qualification notamment, il devient quasi impossible de parvenir à trouver une entreprise d’accueil pour l’ensemble des élèves des sections concernées par le cursus. Et pourtant, la note du stage attribuée est dotée d’un fort coefficient à l’examen.

Aggravation des conditions de travail
Sur le terrain les difficultés s’accumulent :
- Des élèves de plus en plus jeunes, n’ayant pas choisi leur orientation, affectés selon les critères obscures d’un système informatique incontournable, rendent difficile la gestion de classes de plus en plus hétérogènes.
- L’importance du temps consacré à la mise en œuvre des CCF sur les heures de cours et les nombreuses incohérences des nouveaux programmes en enseignement général conduisent au sentiment largement partagé d’une perte de sens des missions de l’enseignant. A fortiori quand il incombe à l’enseignant d’une classe d’élaborer les épreuves d’examen à l’intention de ses propres élèves avant d’en corriger lui-même les copies. Les textes afférents aux CCF précisent que l’évaluation doit avoir lieu « quand l’élève est prêt ». Préconisée officiellement, la gestion individuelle de l’évaluation est sur le plan pratique complètement impossible à mettre en œuvre. Par ailleurs, elle fait porter sur l’enseignant toute la responsabilité de la progression des élèves.

- La faible indemnité octroyée ne compense par la charge de travail généré par la mise en place des CCF généralisés maintenant à l’ensemble des diplômes de la voix professionnelle.

- La responsabilité de la gestion des stages qui pèse maintenant sur l’ensemble de l’équipe pédagogique entraîne une surcharge de travail conséquente sans que pour autant les enseignants ne disposent des moyens de s’assurer que la formation attendue soit véritablement mise en œuvre dans l’entreprise où chaque élève se trouve. L’objectif étant de « caser » les élèves à n’importe quel prix afin qu’ils puissent valider la formation en fin de cursus.

- L’application des horaires globalisés et tri-annualisés et la mise en place des heures d’accompagnement personnalisée se soldent par une extrême diversité des situations entre les établissements créant un climat propice à la division.

Le développement de l’apprentissage
Récemment le Président de la République s’est fixé l’objectif d’atteindre 800 000 voire un million d’apprentis pour 450 000 aujourd’hui. Avec pour conséquence :

- Des milliers de suppression de postes d’enseignants remplacés par des formateurs de CFA payés par les Régions.

- Le mélange des publics apprentis et de lycéens sous statut scolaire au sein des mêmes classes avec toutes les frictions et les incohérences pédagogiques que cela entraîne. Mixité déjà imposée en local dans nombre de lycées et au programme des orientations nationales 2012-2013.

- La remise en question d’un enseignement professionnel émancipateur, indissociable d’une culture humaniste et artistique au profit d’un enseignement formaté au service de l’entreprise.

- La condamnation des enfants des classes défavorisées à suivre des formations au rabais au service d’une rentabilité à court terme plutôt que d’être formés à un métier ou une famille de métier impliquant une latitude de reclassement potentiel beaucoup plus large.

L’égalité d’accès à une formation qualifiante est remise en question : ’essor de l’apprentissage correspond à une reprise en main du patronat sur l’enseignement professionnel, soumettant le droit à une formation professionnelle qualifiante à la possibilité, ou non, de faire signer un contrat d’apprentissage auprès d’un employeur avec les pratiques discriminantes inhérentes.

- Avec La loi d’Orientation et Formation Professionnelle Tout au Long de la Vie, il n’est plus question de délivrer des diplômes mais simplement d’identifier et répertorier des compétences acquises pour offrir des certifications que le salarié négociera individuellement en lieu et place de diplômes nationaux reconnus dans les conventions collectives des différentes branches professionnelles déterminant une grille indiciaire de salaire.

Le projet de régionalisation de la voie professionnelle
Après l’enseignement supérieur, les agents des lycées et collèges anciennement TOS, c’est au tour de la formation et de l’orientation d’être concernées par la décentralisation. Ce transfert ne serait pas sans conséquence sur le contenu de la formation et le statut des personnels enseignants.

La formation
- En revendiquant « la maîtrise de la carte des formations techniques et professionnelles », l’ARF marque clairement la volonté d’utiliser l’école pour répondre aux besoins locaux de formation des entreprises au détriment d’une politique cohérente nationale à long terme.
- La décentralisation de la formation professionnelle verrait se multiplier les unités d’apprentissage par des Régions soucieuses de fournir la main d’œuvre nécessaire aux entreprises du bassin économique qu’elle administre, si possible à bas prix.

Le statut des enseignants
Dans le communiqué de presse Des régions plus forte pour une France plus efficace, l’ARF ne laisse planer aucune ambiguïté sur le sort qui attend les personnels enseignants : « Le transfert des compétences aux Régions suppose bien entendu celui des effectifs et ressources des directions déconcentrées » avec pour conséquences :
- Perte du statut de fonctionnaire d’état
- Perte du statut de PLP donc d’enseignant
- Annualisation du temps de travail comme les personnel TOS
- Remise en question du temps de travail (maximas horaires de service ou semaines de congés)
- Recrutement local et disparition des concours nationaux
- Suppressions massives de postes au profit de contractuels et de vacataires sous-payés

Quelle résistance ? Pour quelle école ?

Le maintien de la voie professionnelle au sein de l’Education Nationale
Le lycée professionnel doit demeurer un service public d’éducation nationale et constituer un élément à part entière de la formation pluri-culturelle de l’enseignement secondaire. Nous refusons catégoriquement l’éventualité d’un transfert des personnels enseignants de la voie professionnelle vers les régions.

Le maintien et le développement de l’enseignement professionnel public sous statut scolaire.
Nous nous opposons à tout projet qui viserait à rendre obligatoire l’apprentissage remettant en question l’égalité d’accès à la formation professionnelle et réclamons le rééquilibrage du versement de la taxe d’apprentissage au profit des lycées professionnels et de la formation initiale sous-statut scolaire.

Une formation de qualité validée par des diplômes nationaux qualifiants
Le retour aux diplômes nationaux pour sanctionner les cursus de la voie professionnelle est au centre des revendications de Sud Éducation, qui revendique le retrait du CCF sous sa forme actuelle.

La diminution des périodes de formation en entreprise
Il est temps de pointer tous les dysfonctionnements liés aux stages en entreprise et de replacer l’école et les enseignants au centre de la formation professionnel. Il est par ailleurs inacceptable de faire porter aux équipes pédagogiques la responsabilité de trouver une entreprise d’accueil et de s’assurer que les objectifs en matière de formation soient atteints. De quels moyens et de quels pouvoirs disposeraient les enseignants qui leur permettent d’imposer quoi que ce soit aux entreprises ?

Des moyens
Nous exigeons le rétablissement des milliers de postes supprimés ces dernières années, indispensables à une véritable rénovation de la voie professionnelle initiale sous statut scolaire à de façon à ce que les lycéens puissent avoir accès à un enseignement pluri-culturel véritablement émancipateur.

Il nous paraît urgent que soit redéfinie, en concertation avec les personnels enseignants, une politique éducative qui place les intérêts de l’élève au centre des objectifs de formation et préserve l’indépendance du lycée professionnel face à l’intrusion de plus en plus prégnante des entreprises locales au détriment d’une politique de formation nationale cohérente à long terme.

Documents joints

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