Le décret qui organise la régression

Collège
 septembre 2004
mis à jour jeudi 25 novembre 2004

Le collège unique proclamé en 1975 n’a jamais existé, tant étaient nombreuses les classes particulières, les filières déguisées par le jeu des options, les formations dérogatoires. Du moins était-il inscrit dans les textes, ce qui nous aidait à lutter dans le sens d’une scolarité commune -sans être uniforme- jusqu’à seize ans au moins. Aujourd’hui, l’association du libéralisme conquérant à un gouvernement conservateur est en train de nous faire régresser radicalement... et vite !

“Dis, tu choisis grec ancien ou découverte professionnelle ?”

Les classes de 4e par alternance instaurées par Lang puis Ferry étaient dérogatoires et expérimentales ; les 3e “d’insertion” étaient présentées comme des dispositifs pour élèves en difficultés. Dans la “nouvelle 3e” concoctée par Fillon : il ne s’agit plus de créer, à côté du cursus dit “normal”, des structures dérogatoires et toujours présentées comme exceptionnelles pour les élèves dits “en difficulté”. Il s’agit désormais de créer des enseignements socialement différenciés au sein même du cursus “normal”.

Amendé par le Snes au Conseil Supérieur de l’Education du 24 juin, l’arrêté définitif a été publié au Journal Officiel le 6 juillet, et sera appliqué à la rentrée 2005. Son article 2 stipule que “dans le cadre des enseignements facultatifs, les élèves peuvent suivre un enseignement de trois heures soit de langue vivante étrangère ou régionale, soit de latin, soit de grec, soit de découverte professionnelle.” Même si le texte précise plus loin que “ce module est ouvert à tous les élèves”, il s’agit bien d’un “choix” socialement discriminant qui ne trompe personne. Il y a dix ans déjà, Bayrou donnait le “choix” entre options technologie et grec ! Aujourd’hui, ce n’est même plus de “technologique” dont il s’agit, mais de “professionnel”. La nuance n’est pas mince, la régression non plus.

“Le professionnel, c’est pour les nuls !”

Mais il y a plus dans ce même article 2 : “A titre transitoire, ce module peut être porté à six heures pour les élèves en grande difficulté repérés en voie de décrochage scolaire à la fin du cycle central [...]. Dans ce cas, les élèves ne suivent pas, à titre dérogatoire, l’enseignement obligatoire de langue vivante 2”. Il ne s’agit plus là d’options facultatives, mais de l’amputation d’un enseignement obligatoire... et nécessaire pour suivre des études en lycée général ou technologique. Il s’agit donc bien d’une orientation précoce, et d’une orientation par l’échec.

Le fin du fin, c’est que cette sélection sociale est prise en charge par les élèves eux-mêmes, et leurs familles, à travers leur “projet d’orientation” (article 2) puisque “le choix de la scolarisation d’un élève dans une telle classe de troisième implantée en lycée professionnel incombe aux parents ou au responsable légal” (article 3).

Vers les “bassins de formation”

Enfin, marquant la rupture avec le collège unique, l’article 3 expose que “les élèves inscrits dans un module de découverte professionnelle peuvent recevoir tout ou partie de cet enseignement en lycée professionnel”. Le projet initial évoquait “la construction de compétences et de connaissances à partir d’expériences concrètes, en contact le plus étroit avec le monde professionnel” et expliquait clairement que “la découverte professionnelle tient compte de l’offre de formation académique et des possibilités d’insertion”. En clair : on prépare la main-d’œuvre des entreprises locales.

Est-ce vraiment un hasard si exactement au même moment, le 30 juin, le Plan de cohésion sociale présenté par Borloo annonçait qu’à partir “de l’âge de quatorze ans, les adolescents pourront travailler en alternance ou effectuer des stages d’observation en entreprise ; à partir de quinze ans, ils pourront être en pré-apprentissage” ?

Il y avait le prétendu “collège unique” et, à côté, des structures particulières fort contestables. Mais ce qui se met peu à peu en place, ce sont des “bassins de formation” composés de collèges, de lycées professionnels -pardon, “lycées des métiers”- et... d’entreprises, au sein desquels s’effectue une adaptation de la formation aux besoins du patronat local. C’est une régression de trente ans au moins dans la conception du modèle éducatif qui ouvre la porte à d’autres attaques. Organisons dès la rentrée la résistance à la ségrégation sociale, et promouvons notre conception, ouverte et égalitaire, d’un service public d’éducation pour tou-te-s.

Sud éducation Clermont-Ferrand

Navigation

Agenda

<<

2019

 

<<

Juin

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
272829303112
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930