Le "droit de retrait"

au Lycée Professionnel La Tournelle de La Garennes Colombes...
 mars 2003
mis à jour vendredi 14 janvier 2005

Suite à l’agression à l’arme blanche d’une collègue le 7 janvier, le personnel du lycée La Tournelle a décidé de ne plus assurer de cours. Le contexte dans lequel évoluait l’établissement laissait présager ce geste intolérable qui aurait pu coûter la vie à notre collègue, frappée à la jambe. Le développement d’un processus de violence (incendies, échanges de coups de poignard entre élèves, passage à tabac à la sortie de l’établissement) n’a pas été désamorcé suffisamment tôt. L’ensemble du personnel s’est fortement mobilisé. Un comité s’est crée, chargé de représenter les revendications de la base, selon la plate-forme votée en AG journalière. Des groupes de travail se sont mis en place et ont produit les documents remis lors des délégations consécutives à l’Inspection académique, au rectorat puis au ; ministère afin d’obtenir des moyens humains et matériels pérennes.

Le collectif des personnels du lycée a opté pour le droit de retrait et cela tout au long d’une mobilisation d’un mois. Toute démarche individuelle renvoie à un acte isolé, ce qui laisse à l’administration le soin de gérer de manière discrétionnaire le conflit et de choisir une visée "sécuritaire". A l’inverse, le droit de retrait renvoie au collectif. La responsabilité échoie à l’administration, oblige l’institution à garantir la qualité des conditions de travail du personnel et à réfléchir aux problèmes de fond. Cette maintenance du droit de retrait a mobilisé le personnel qui travaillait par équipe tous les jours, y compris pendant le congé hebdomadaire.

Cela a eu pour incidence la production de documents rigoureux sur un diagnostic d’état des lieux nécessaire ; des possibilités de restructuration ont été proposées lors des entretiens successifs. Les médias ont soutenu notre démarche. Soucieux d’éviter toute dérive sensationnelle ou récupération politique, nous avons accepté tout dialogue, mais avec vigilance. Seuls les membres du lycée ont été reçus en délégation, car porteurs des revendications de la base et conscients des difficultés inhérentes au terrain. Afin d’associer à notre mobilisation les élèves et leurs parents qui déploraient l’absence de médiation, nous avons organisé une marche "Stop à la violence" et un rassemblement devant le lycée, démarche soutenue par l’ intersyndicale CGT, FO, Snetaa, Snes, Snuep, SUD...

Malgré la réticence de l’institution à reconnaître le droit de retrait, pourtant légitimé par une liste non exhaustive de faits graves (remise au ministère) et le non-classement en ZEP, des moyens supplémentaires ont été accordés ainsi qu’un classement en "lycée pilote expérimental de lutte contre la violence" avec moyens dérogatoires, innovateurs sur 3 ans... Cet établissement est destiné à servir de relais entre établissements analogues à plus long terme. Nous avons obtenu un poste atoss, un aide-éducateur destiné à animer le foyer, un enseignant en espagnol (poste vacant depuis la rentrée), le remplacement de la collègue poignardée, 2 surveillants dont un contractualisé jusqu’à la fin de l’année, des heures de Dotation Horaire Globale pour d’éventuels dédoublements... Il manque les heures de concertation et les bonifications dont bénéficient les établissements ZEP afin de fidéliser les équipes enseignantes, dont le renouvellement est conséquent chaque année, notamment avec de nombreux sortant(e)s d’IUFM peu préparés à affronter ce type de situation et non encadrés. Nous avons créé un comité de pilotage qui rendra compte à la cellule d’aide et d’écoute aux établissements dans l’académie de Versailles de l’évolution des travaux de groupes ; de même, un comité de vigilance maintiendra le contact avec le rectorat afin que les moyens alloués soient reconduits d’une année sur l’autre et que l’intégralité de ce qui a été octroyé devienne effective (heures de DHG, par exemple).

Des oppositions apparaissent !

Nous sommes prêts à poursuivre les objectifs d’innovation avec de réels projets pédagogiques : activités péri-éducatives dont un atelier-théâtre, un projet intitulé "la vie des femmes" animé par une surveillante et axé sur la lutte contre les ghettos et pour l’égalité, des classes-relais, des références expérimentales à des groupes de travail d’enseignants dans la lutte contre la violence à des travaux divers de sociologues, des aménagements sur le plan pédagogique, la mise en place de synergie entre disciplines... Le rectorat semble prêt à donner des moyens, à partir d’un constat d’écoute des enseignants et de la direction, préconisations listées et actées. Ce contexte de propositions rentre dans un projet contractuel. Le comité devra effectuer des évaluations pour apporter des modifications éventuelles. Reste à savoir si la CAAEE permettra à chaque équipe de formaliser ses pratiques et d’apporter une aide. Des oppositions commencent à apparaître en ce qui concerne les propositions de cette antenne rectorale. Nous sommes, par exemple, opposés à la transformation des classes de 2nde "à problèmes" en filières en alternance (apprentissage) dans les semaines qui viennent. Les élèves évoluent avec l’âge et acquièrent un savoir qui restera leur seul bagage à vie. Outre la dérive qui menace de transformer ce lycée en Centre de Formation pour Adultes à long terme ou en "lycée des métiers", il est inenvisageable de réduire la scolarité des jeunes, dès la 2nde, en amputant la formation initiale, notamment en ce qui concerne les matières générales. Nous refusons de contribuer à former des futurs citoyens illettrés dont la formation intellectuelle s’achèvera à 14 ans.

Section SUD LP La Tournelle

... et au LP Romain Rolland à Goussainville !

Dans les médias, le retrait mis en place au lycée Romain Rolland de Goussainville est apparu comme une continuation de la lutte lancée par celui de La Garenne Colombes. Si nous étions en contact avec nos camarades de La Tournelle, si le moyen d’action et les causes étaient semblables, les 2 mouvements ont cependant eu du mal à converger. Il faut dire que le lycée de Goussainville était confronté à une situation bien particulière. Beaucoup de nos élèves sont relativement difficiles, parfois fauteurs de troubles graves et de violences. Mais, depuis la rentrée de janvier, c’était avant tout à des bandes d’individus extérieurs que personnels et élèves avaient affaire. Vols, rackets, agressions et menaces collectives ont pris des proportions inquiétantes jusqu’au 23 janvier, date à laquelle les personnels ont exercé leur droit d’alerte et se sont mis en retrait. Un surveillant avait été frappé pour la 3ème fois dans l’année et des menaces collectives venaient d’être proférées à l’encontre de tous ses collègues.

Lorsque les surveillants (unanimité), les profs (80% des 150 enseignants) et TOS (la moitié) se sont mis en retrait, c’était avant tout pour obliger l’administration à assurer leur sécurité physique et à les protéger contre les bandes (jusqu’à 40 intrus par jours) qui paradaient et sévissaient dans les couloirs de l’établissement. Dès la 1ère AG, les débats ont porté sur nos revendications. Les militants de la liste "indépendante" et de FO ont choisi de n’en rester qu’à des questions de sécurité immédiate en évacuant toute revendication matérielle et réflexion sur l’aspect social de la violence issue de quartiers en déperdition. Pour faire l’unité, la section SUD a du laisser de côté la plate-forme revendicative qui avait été votée un mois auparavant lorsque le lycée était confronté à des violences internes. Par contre les partisans du droit de retrait se retrouvèrent sur un même refus de devoir gérer la violence au nom de la "nécessaire évolution des métiers éducatifs". Ce conflit fut l’occasion d’un débat de fond avec M. Darcos sur l’évolution des métiers dans l’Education nationale, le ministre délégué choisissant d’assumer publiquement la politique qui est menée dans ce domaine depuis plusieurs années. La question de la polyvalence et de la déqualification de nos métiers a été posée par le ministère, et rejetée par l’AG du personnel dans un communiqué de presse et une lettre à destination de tous les salariés de l’EN.

Après 12 jours de retrait, nous avons obtenu des garanties en ce qui concerne la protection des personnels et des élèves. Le rectorat a du reconnaître la situation de crise grave et faire pression sur les institutions compétentes (police et justice) pour que le suivi des jeunes agresseurs soit assuré. La lutte a aussi été l’occasion de faire reconnaître et appliquer pour la 1ère fois, ce qui était refusé au départ par la police et l’administration, le dépôt d’une plainte par l’établissement en cas d’agression sur un personnel (jugement du Conseil d’Etat de juillet 2001). Les salariés seront désormais couverts par l’administration sans la crainte d’un règlement de compte ou d’une vengeance personnelle comme cela aurait pu l’être au cas où la plainte aurait été déposée individuellement. La lutte continue en ce qui concerne la reconnaissance du droit de retrait. A 2 reprises depuis 1998, nous avons utilisé cette procédure sans qu’il n’y ait ni reconnaissance officielle, ni prélèvement sur salaire. Cela revenait de fait à reconnaître une légitimité à cette forme d’action. Pourtant, l’attitude de l’administration est plus agressive aujourd’hui. Nos camarades de La Garenne Colombes sont menacés de 2 jours de prélèvement, ce qui invalide la procédure de retrait et fait passer le mouvement de protestation pour une grève. Quant à nous, un relevé individuel des "services non effectués" a été envoyé à chaque salarié pendant les vacances. Nous invitons l’ensemble des personnels à signer la pétition de SUD Education Val d’Oise qui soutient notre démarche de reconnaissance de ce droit, véritable acquis pour les salariés travaillant dans des établissements difficiles. Enfin, maintenant que les conditions de travail ont été améliorées, il reste à s’attaquer aux sources de la violence scolaire et sociale.

Section SUD LPO Goussainville

Dernière minute : les personnels enseignants et non enseignants du collège H. Dunant de Colombes (92) ont cessé le travail et ont opté pour le droit de retrait à compter du lundi 10 mars.

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