Le maul, la tortue et le super-héros

vendredi 27 mai 2011

Cyndie et Farid avaient prévu de se marier le 25 octobre 2010 à Aspres-sur-Buëch (05). Cyndie était enceinte de 3 mois. Farid est algérien sans titre de séjour. Prévenu, le procureur avait donné son accord. Le jour du mariage, des policiers de la PAF se présentent au domicile du couple pour arrêter le futur marié. Très vite, RESF est alerté, une mobilisation pacifique se met en place et Farid parvient à s’échapper par le toit. Le mariage est reporté au 10 novembre. Pendant deux semaines, Farid vit caché chez des citoyens solidaires loin de sa future femme.

Le « second » mariage est de nouveau prévu à Aspres, commune de 780 habitants. Le 10 novembre, toutes les entrées du village sont bouclées par les gendarmes. À l’intérieur de la zone sous haute surveillance, une soixantaine de personnes se rassemblent malgré tout. Lorsque les futurs mariés apparaissent, le groupe s’organise rapidement en cercles concentriques autour d’eux. La technique employée est une combinaison de la tortue romaine et du maul pénétrant. La mêlée se heurte aux policiers qui n’hésitent pas à utiliser du gaz lacrymogène pour essayer de désintégrer la tortue. Le chef des agents s’affole : « rendez-moi mes hommes ! ». La tortue continue son chemin, tourne sur elle-même et permet au couple de pénétrer dans la mairie. Le mariage est célébré pendant que dehors, des militants pleurent, mais pas de joie : les larmes sont dues au gaz lacrymogène ; certains finiront par vomir.

Sur les 60 personnes présentes le jour de ce mariage pacifique mais déterminé, 2 sont convoqués 4 mois après à la brigade de gendarmerie de Gap pour « outrages, menaces et violences à agents de la force publique ». Il s’agit du grand-père de la mariée et d’un militant de RESF et de Sud éducation 05 bien connu, Joël. Pendant plus de deux heures, on les interroge, on prend leurs empreintes, on les photographie tandis qu’une soixantaine de personnes crient à l’extérieur du bâtiment que la solidarité n’est pas un délit. Les trois policiers qui portent plainte sont unanimes : Joël, qui a le don d’ubiquité, les a sauvagement attaqués, tous en même temps mais à des endroits différents et à travers leurs gilets pare-balles. Les gendarmes présents se sont bien gardés d’intervenir. Pour Joël, la peine encourue pourrait aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

On comprend mieux pourquoi l’État se donne tant de mal pour récupérer l’ADN de ce super-héros... qui a refusé un tel prélèvement, ce qui lui donne encore plus de valeur à ses yeux : son refus l’expose à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

À l’heure où nous écrivons, le procureur n’a pas donné suite. Un collectif s’est immédiatement créé et une pétition de soutien intitulée « la solidarité ne doit pas devenir un délit ! » a été lancée. Elle a déjà récolté plus de 3400 signatures.

Sud éducation Hautes-Alpes

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