Le remplaçant nouveau est arrivé !

samedi 19 mars 2011

Le BO nº 37 du 14 octobre 2010 présente un texte qui a pour titre : « Amélioration du dispositif de remplacement des personnels enseignants dans les établissements d’enseignement du second degré ». Il fait état de progrès importants en ce domaine mais propose tout de même d’ « améliorer » le dispositif en désignant un référent dans chaque académie et un autre dans chaque établissement, et en augmentant la fluidité entre remplacements de courte ou de plus longue durée. Cette prétendue amélioration se traduira par la mise en place d’une charte de qualité de service.

Augmenter la fluidité, un prétexte pour aggraver les conditions de travail

L’augmentation de ladite fluidité nécessite, suivant ce texte, la désignation des fameux référents ; la programmation des absences prévisibles (sorties scolaires, stages, voyages, réunions académiques, etc.) ; pour les absences imprévisibles, la prévision de solutions de remplacement dans la même discipline et, dans la mesure du possible, au sein même de chaque établissement (l’ENT deviendrait ainsi une banque de données alimentée par les enseignants) ; l’établissement de modalités de rattrapage des heures non assurées, même quand des activités d’accompagnement et de soutien ont été mises en place ; le rappel des « dispositions réglementaires en matière d’autorisations d’absence de droit ou facultatives » ; et l’utilisation de moyens extérieurs à l’établissement :

- utilisation des TZR, éventuellement dans des « disciplines connexes » ;

- emploi d’enseignants non titulaires, d’étudiants en master 2 ;

- mise en place de zones de remplacement se recoupant partiellement pour augmenter artificiellement le nombre des remplaçants dans chaque secteur ;

- mobilisation des personnels indépendamment de leur corps ou de leur catégorie ;

- établissement de partenariats visant à constituer un vivier de remplaçants contractuels avec Pôle emploi ou avec les universités ;

- constitution de semblables viviers interacadémiques (remplacements dans deux académies frontalières).

Nous n’avons pas le don d’ubiquité !

Ce texte appelle d’emblée une mise au point sur la signification du terme « absence », car la seule véritable « absence au travail » est le congé de maladie, lequel est strictement réglementé et autorisé dans les limites de la loi. Un enseignant est ainsi très rarement « absent au travail », mais il est souvent appelé à remplir d’autres missions que celle d’enseigner à des élèves rassemblés dans une salle de classe : être accompagnateur lors de sorties (dans la nature, au cinéma, au théâtre, au musée, etc.), de voyages scolaires, d’échanges linguistiques ou de rencontres (avec des écrivains, des acteurs, etc.) empêche par exemple le professeur d’assurer les cours qui devraient avoir lieu pendant ce temps-là, mais celui-ci n’est pas « absent au travail » ; pas davantage, d’ailleurs, que lorsqu’il est convoqué par son administration pour choisir ou construire les sujets d’un examen, pour en surveiller le déroulement, pour en corriger les copies, pour participer au jury de celui-ci ou à quelque VAE ; et ce n’est pas non plus une « absence au travail » que de représenter les salariés aux instances académiques ou rectorales ou d’assister à des réunions syndicales dans les limites prescrites par le législateur. Décrire ces missions de l’enseignant comme des « absences » (avec tous les sous-entendus suspicieux qu’implique ce terme) est mensonger et calomnieux : on cherche ainsi à discréditer les professeurs et à ternir leur image aux yeux de la population. Il est inacceptable que des professeurs qui accomplissent leur mission ailleurs que dans leur classe voient leur charge de travail s’accroître par l’obligation de mettre en ligne des exercices destinés à des remplaçants improvisés ou de rattraper les heures de cours que des nécessités de service les ont empêchés d’assurer : les enseignants ne sont pas corvéables à merci !

Préfet des études

Envisager le remplacement d’un professeur par un collègue de son établissement, c’est faire comme si ce dernier ne travaillait pas déjà à temps complet : or faire classe, préparer des cours, corriger des copies, concevoir des sujets de devoirs, se tenir au courant de l’évolution de sa discipline et des progrès de la pédagogie sont des activités qui suffisent largement à occuper la semaine de travail des enseignants. Le référent qui devra être désigné dans chaque établissement pour recruter les nouveaux remplaçants sera non seulement un petit chef de plus (la caporalisation se poursuit après la mise en place du conseil pédagogique et du Préfet des études dans les établissements CLAIR), mais ce sera très probablement aussi un membre de la communauté éducative qui devra s’acquitter de cette charge en plus de son propre travail. Et ce travail lui-même — les cours des professeurs — qu’on voudrait les voir généreusement divulguer sur la toile, on oublie un peu vite qu’il est leur propriété intellectuelle et que c’est à eux seuls de décider à qui ils souhaitent en concéder l’usage.

L’école n’est pas une garderie !

Quant à ces exercices qu’ils sont censés mettre en ligne pour faciliter le travail de leurs remplaçants, ils ne constituent qu’un simple expédient visant à occuper les élèves et à cacher aux parents l’annulation des cours, quels qu’en soient les motifs : ils ne sauraient permettre d’assurer une continuité pédagogique ni de mettre sur pied une pédagogie de la réussite. Les établissements peuvent bien se pourvoir d’ouvrages pédagogiques regorgeant de tels exercices : la lecture de ces manuels n’a jamais transformé un individu en enseignant ! Quelle valeur, quelle efficacité pourra bien avoir un enseignement ponctuel, délivré par un étudiant (ou un travailleur précaire) qui n’aura reçu aucune formation préalable et ignorera tout d’une profession qu’il n’exercera que par intermittence ? Et quelle image les étudiants se feront-ils du beau métier d’enseignant, quand ils n’auront tâté que de l’ingrate tâche de répétiteur ? Il y a fort à penser qu’ils fuiront vers d’autres horizons professionnels, comme c’est déjà le cas pour les nouveaux stagiaires ou les jeunes enseignants, qui sont de plus en plus nombreux à démissionner en raison des conditions dans lesquelles ils entrent dans la profession (absence de formation, nomination sur les postes restés vacants, qui sont souvent les plus difficiles, etc.). Mais le comble est atteint, quand on envisage de remplacer un enseignant par un collègue d’une autre matière. Demander à un philosophe d’aider à la rédaction d’un devoir de mathématiques ou à un scientifique de guider les élèves dans celle d’une dissertation littéraire, cela ne paraît pas choquer le ministère, qui se satisfait de la présence de n’importe quel adulte dans une classe : c’est cependant le déni de la compétence de chaque enseignant dans sa propre discipline... Là encore, la seule justification d’un tel projet, c’est le gardiennage pour enfants !

Sud éducation refuse ce nouveau système de remplacement qui nuit à la continuité et à l’efficacité pédagogique, dénature et déprécie le métier d’enseignant et ne vise qu’à la précarisation des salariés de l’éducation et à la diminution du nombre des fonctionnaires. Sud éducation revendique, au contraire, la mise en place d’un service de remplacement compétent et efficace, fondé sur la définition de zones de remplacement de taille raisonnable (un BEC, Bassin d’Éducation Concertée — ou secteur de base — au maximum) et le recrutement de TZR formés au travail spécifique d’enseignants remplaçants et habilités à s’organiser en brigades. Il y a là un véritable enjeu de société : on ne peut laisser détruire, étage par étage, l’édifice du service public d’éducation et voir ainsi s’accroître l’inégalité sociale !

Sud éducation Ain
et
Sud éducation Calvados

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