Les 5000 précaires de Darcos

jeudi 12 mars 2009

La création des « médiateurs scolaires » constitue une agression très grave
contre la vie scolaire et le service social. dans le grand projet gouvernemental de démantèlement du service public, une nouvelle étape vient d’être franchie.

Avec l’annonce mercredi 21
janvier 2009 du « recrutement
de 5000 agents, en emploi aidé
pour prévenir les familles de l’absence
de leurs enfants », M. Darcos affiche
son mépris pour les Conseillers principaux d’éducation, chargés au quotidien du suivi des élèves et du
contrôle des absences.

Le Ministre découvre que
« l’absentéisme mène au décrochage,
qui conduit à l’échec scolaire, lequel
mine l’insertion professionnelle et
sociale des jeunes ». On s’étonnera
d’une telle déclaration ! C’est en
effet à des centaines de suppressions de postes de CPE et à la baisse
drastique des postes aux concours
qu’il se livre depuis qu’il est aux
affaires. Or ces personnels, recrutés après un concours particulièrement exigeant, sont justement formés à la délicate mission de prévenir
le fléau de l’absentéisme dont M.
Darcos fait mine de s’émouvoir.

En précisant que « les solutions
actuelles pour y remédier ne fonctionnent pas », il dénigre le travail quotidien des Vies scolaires et des Services sociaux scolaires. Il dissimule,
sous ce mépris dont il est coutumier, les innombrables réussites
obtenues auprès des élèves en difficulté, dans des conditions de travail
pourtant sans cesse dégradées.

La création d’un nouvel
emploi précaire, recruté sur critères
sociaux, payé 400 euros mensuels
pour une période de 6 mois, n’est
en aucune façon une réponse adaptée à la situation. Ou bien c’est affirmer que les métiers de l’éducation
ne nécessitent, ni ne méritent de
qualification particulière ! Pourtant
même un contact téléphonique
avec des familles n’a rien d’anodin.
C’est un acte professionnel nécessitant la mise en œuvre de connaissances, de qualités d’analyse et de
propositions et naturellement fondé
sur l’établissement d’une relation
durable avec les familles.

La Vie scolaire n’est pas une
plate-forme téléphonique ni un
centre d’appel, nouveaux modèles
semble-t-il du Ministre de la Démolition nationale. Et, nouveau scandale, les « médiateurs » seront les
seuls, avec l’assistante sociale
scolaire
, à pouvoir se rendre au
domicile des familles !

Le Ministre prévoit pourtant
dans sa grande lucidité que ces
« médiateurs (...) seront opérationnels
dès le mois de mars ». Compte-t-il
également organiser des stages tous
les six mois afin de former des personnes dont les acquis ne seront
pas transférables ailleurs ?

Les procédures de ce type,
mises en place notamment dans les
Hauts-de-Seine, n’ont abouti qu’à
la désorganisation et à la multiplication du nombre d’interlocuteurs
rendant plus difficile la communication avec les parents.

L’Éducation nationale est
pourtant dotée, en principe, de tous
les personnels, compétents et formés (assistantes sociales, mais aussi
infirmières, médecins, conseillers
d’orientation-psychologues...). Mais
le tandem Sarkozy-Darcos les supprime peu à peu du paysage scolaire.

Depuis l’an dernier, de nombreux établissements sont entrés
en lutte pour préserver ou obtenir
des postes de CPE et d’assistants
d’éducation. Récemment encore,
au collège Paul Langevin de
Drancy, les parents, inquiets pour
la sécurité des élèves, ont mené
une opération « collège désert » afin
d’obtenir un deuxième CPE. L’Inspection académique fait preuve de
tout autant de dédain à leur égard
qu’à celui de ses personnels en
déclarant que « la revendication est
totalement démesurée » ! Et, plutôt
qu’un poste de CPE, veut imposer
un audit de la Vie scolaire !

Cette mesure s’inscrit clairement dans la stigmatisation des
familles des quartiers populaires,
sans que la misère économique et
sociale ne soit le moins du monde
évoquée comme cause des difficultés des élèves.

Rappelons, enfin, que la tactique gouvernementale de démantèlement se fait par catégorie. La
décentralisation des personnels TOS
(effective depuis janvier), la destruction des MI-SE, remplacés par
les Assistants d’éducation (précarisés), l’attaque sur le lycée profes-
sionnel, la disparition des RASED en
primaire correspondant avec les
nouvelles interventions d’assistants
pédagogiques (emploi précaire pour
une qualification au niveau licence)
pour s’occuper des élèves en difficulté du primaire, les primes allouées
aux enseignants ayant accepté les
heures supplémentaires...

Ça suffit ! Nous ne
sommes pas dupes et nous
allons nous battre ! Nous
revendiquons :

- un métier centré sur le suivi individuel et collectif de l’élève, une Vie
Scolaire qui puisse lutter efficacement contre les ruptures et l’exclusion scolaire et sociale ;
- des moyens humains augmentés : recrutement massif de CPE,
aucun établissement sans CPE, un
poste pour 200 élèves ;
- une formation initiale et continue
ambitieuse et autogérée pour tous
les personnels de la Vie Scolaire ;
- des équipes d’étudiants-surveillants en nombre suffisant et
exerçant dans des conditions de travail et de rémunération améliorées.
u du temps de concertation interne,
mais aussi avec les autres personnels (enseignants, médico-sociaux,
COP...) dans des réunions de synthèse formalisées ;
- l’arrêt de toutes les mesures sécuritaires à l’école (collaboration avec
les services de répression, video-surveillance, fichage des élèves...) ;
- Sud éducation appelle au refus
des 5000 précaires Darcos. Nous
appelons les collègues à se réunir
par établissements, villes, départements pour débattre de la réplique
collective à cette agression caractérisée contre notre métier et contre
le Service public d’éducation.

Sud éducation Loiret

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