Les Contrats Educatifs Locaux (CEL)

Approche globale des individus et gestion financière
lundi 13 décembre 2004
mis à jour vendredi 11 février 2005

Les CEL ont été créés en 1998 par une circulaire interministérielle avec l’ambition de mettre en cohérence tous les temps de l’enfant : scolaire, péri-scolaire et extra-scolaire. Il s’agissait d’aborder l’éducation dans sa globalité, avec l’ensemble des partenaires concernés par ce qui était désormais défini comme une mission partagée entre familles, Etat, enseignants, milieu associatif et collectivités locales.

Ce partage est d’autant plus nécessaire, semble-t-il, dès lors qu’on s’intéresse aux enfants des milieux défavorisés. Ainsi un diagnostic « partagé des besoins sociaux » invite à la construction d’un CEL sur le territoire observé. Chaque projet est validé par un groupe départemental de pilotage qui a lui-même établi le cahier des charges. Ensuite les élus présents dans les conseils d’école (et les conseils d’administration des collèges) promeuvent la politique de la ville.

C’est ainsi que dans le Cher, lors d’un conseil d’école primaire classée Zone d’Education Prioritaire, la directrice de la maternelle du groupe scolaire qui a, au préalable, participé volontairement hors temps de classe, à des ateliers organisés par le Maire, présente le CEL de la ville et demande alors au conseil d’école de l’approuver.
Devant les réticences des enseignants, la directrice propose de moduler le vote en : qui approuve, qui souhaite plus d’informations, et toujours à la traîne... qui s’abstient. Au final, suite à l’intervention de l’élue « de toute façon, ça a déjà commencé », le résultat du vote est : 15 approuvent, 11 demandent des compléments d’information et 3 s’abstiennent. Pour certains collègues approuver signifie éviter une réunion supplémentaire mais aussi « puisque ça ne change rien », pas de quoi entrer en conflit.

Concrètement, les trois exemples cités comme actions étaient le carnaval, l’exposition sapin de Noël (qui s’organise déjà « avec peu de cohérence » depuis des années) et une exposition à la médiathèque destinée à la petite enfance qui, cette fois, associe plus d’intervenants car elle bénéficie d’un budget communal.

Au cours de ce conseil, il est à nouveau question du CEL quand il s’agit d’aborder l’aide aux devoirs. L’élu nous explique que l’ancienne aide aux devoirs dorénavant intitulée « accompagnement scolaire », issu d’une longue réflexion menée dans le cadre du CEL, permet aux enfants qui décrochent à l’école de les aider à faire leurs devoirs, de leur apprendre la citoyenneté et de les ouvrir culturellement. Il nous propose, droit dans ses bottes, d’orienter les enfants dans cet atelier et de discuter de leurs difficultés avec les animateurs de ce groupe.
Nous, les enseignants, lui rappelons que les enfants ont un tuteur légal et qu’il est hors de question que nous communiquions ces informations à des quidams non compétents. Nous avons oublié de lui dire aussi que nous ne comprenons pas bien qu’un élu nous dise ce que nous avons à faire avec nos élèves.

L’élu n’est pas le seul à vouloir orienter ces enfants dans « sa » structure puisque la psychologue scolaire et la directrice « VRP de la municipalité » nous le proposent également.

Cet atelier mis en place difficilement, avec des animateurs recrutés au niveau bac, utilise les locaux de l’école, porte le nom de l’école et non celui du quartier. Il se déroule sur un temps déjà pourvu par une étude surveillée avec des enseignants. Mais appréhender l’échec scolaire ne nécessite pas de formation !

Tout est fait pour introduire la confusion entre l’école et les « animations, accompagnements, etc. ». C’est ainsi que des « formations professionnelles » sont proposées par la Mairie, dans le cadre de la petite enfance, à des assistantes maternelles, auxiliaires de puériculture et des enseignants sur la base du volontariat : comment associer les différents « partenaires » pour qu’au final, sous couvert d’échanges de pratiques, ne conserver que le plus économique. On ne s’étonnera pas, après coup, de la disparition de fait de l’école maternelle.

Enfin, quand est abordé le problème du coût des sorties scolaires, l’élu nous oriente sur le budget culture du CEL qui prendrait en charge un projet Education nationale. Sur quels critères, quelle école de la ville, (de l’EPCI le cas échéant), quel projet sera choisi entre ceux présentés ? Celui de l’instit membre du conseil municipal, celui qui invite nos élèves à consommer la politique socio-machin-truc de la ville ?

Le CEL peut être vu comme un terrain d’expérimentation à la future gestion des missions de l’Etat par
les collectivités locales, les associations, les bénévoles...

Le Contrat Educatif Local n’a rien inventé pédagogiquement, il n’affiche que des intentions louables : en « créant des passerelles entre les différents services », il s’agit de gérer les difficultés de quartier. Où est le danger ? Il découle en droite ligne du projet Borloo : globaliser l’individu.

Tu vis dans une cité donc t’es pauvre, donc t’as des difficultés scolaires, donc t’es idiot donc quand t’iras au collège, on t’orientera facilement ; quand t’auras un problème avec la justice on aura déjà ton dossier ; tu seras fiché à la mairie, au service enfance, à l’école, au service social : voilà à quoi servent les passerelles ! Voilà à quoi servent les CEL !

Sud éducation Cher

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