Les Masters de l’économie déclarés hors-la-loi

Entreprises à l’Ecole, laïcité en péril
lundi 13 décembre 2004
mis à jour vendredi 11 février 2005

Un professeur de philosophie, Gilbert Molinier, a obtenu du Tribunal Administratif l’annulation du jeu concours "les Masters de l’économie" [1] organisé par un groupe bancaire en 2000 dans son lycée Auguste Blanqui de St-Ouen (93) et depuis plusieurs années dans des établissements scolaires et universitaires [2].

Ce tribunal, dans sa décision du 1er juillet 2004, considère "que ce jeu qui avait clairement des objectifs publicitaires et commerciaux pour la banque organisatrice" tombait sous le coup de la prohibition des initiatives de nature publicitaire, commerciale, politique ou confessionnelle figurant au règlement intérieur de l’établissement ; qu’il contrevenait également au principe de neutralité de l’école rappelé par de nombreuses circulaires et notes de service émanant du ministre de l’Education nationale ; qu’enfin, son organisation aurait dû être autorisée par le Conseil d’administration de l’établissement, qui, aux termes de l’article L. 421-4 du code de l’éducation, "règle, par ses délibérations, les affaires de l’établissement."

Même si le combat fut long et mené quasiment seul au tribunal administratif par Gilbert Molinier [3], voilà une bonne nouvelle pour la laïcité.
Le CIC a pris la décision de supprimer l’organisation de ce jeu mais il en organise un nouveau sous la forme d’une distribution de prix (chassez le naturel, il revient au galop !). Gilbert Molinier a déjà déposé un recours au TA. Affaire à suivre... et à soutenir par des actions collectives.

Parlons donc d’un sujet occulté, le coût de cette opération publicitaire menée par le Ministère de l’Education nationale au profit d’une banque, le CIC (d’ailleurs, Jack Lang n’avait-il pas supprimé cette "propagande économique") ?

A supposer que ce jeu se déroule en dehors des cours, lors de séances "périscolaires", l’enseignant "parrain" n’en demeure pas moins rémunéré. Selon Gilbert Molinier, "environ 30 000 élèves participent à ce jeu chaque année, ce qui constitue 7500 équipes (quatre élèves + 1 professeur ; parrain). Si l’on imagine que chaque professeur est payé en heures supplémentaires à raison de deux heures par semaine (HSE), à 25 euros l’HSE (estimation basse), cela représente une somme de 7500 X 24 X 25 = 4 500 000 euros (somme approximative)". Cette somme représente plus de 2 000 postes de personnels (administratifs, ouvriers, conseillers d’éducation, personnels de santé, enseignants, etc.).

Cet argent public détourné aurait pu servir à résorber des emplois précaires (dans l’attente de l’abolition de la précarité). Quand on se rappelle les diminutions drastiques de postes aux concours en 2004, il y a des baffes qui se perdent !

Sud éducation Vienne


[1"La banque CIC, depuis plusieurs années, offre aux élèves des établissements scolaires la possibilité de participer à un jeu concours sur Internet consistant à faire fructifier un portefeuille d’actions fictif, sous la responsabilité d’un parrain. Le portefeuille est fictif, certes, mais il fonctionne d’après des valeurs boursières et leurs fluctuations réelles" (Attac.org).

[2http://www.molinier.org/. Nous avons contacté Gilbert Molinier. Il nous a indiqué que nous étions le seul et le premier syndicat à s’intéresser à cette affaire, "ce qui est assez inquiétant" (sic). Nous le pensons aussi !

[3Selon Gilbert Molinier : "les élus SNES au Conseil d’administration (NDLR : de son lycée A. Blanqui) sont largement majoritaires, ceux-ci ont tout fait pour étouffer cette affaire comme les autres".

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