Les Roms de Zàmoly et l’Europe... Une première victoire

 mars 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

À la fin du mois de juillet 2000, un groupe de 45 Roms hongrois est arrivé à Strasbourg, originaire du village de Zàmoly. Les familles sont descendues de l’autocar devant le Conseil d’Europe et leur porte-parole a immédiatement déposé une requête devant la Cour européenne des droits de l’homme contre la Hongrie et une demande d’asile politique à la Préfecture... parce que, comme ils l’écrivaient : "le gouvernement hongrois ne peut pas et même ne veut pas empêcher la persécution des Roms.". Cela faisait trois ans qu’ils étaient l’objet d’attaques en Hongrie : maisons rasées au bulldozer, incendiées, agressions racistes...

Premières victimes du tri social

La chute du régime de Kadar ne signifiait pas pour les Roms hongrois l’arrivée de la démocratie. Ils ont été les premières victimes des privatisations : actuellement le taux de chômage des Roms est de 70% (dix fois supérieur à la moyenne nationale). Les enfants Roms sont systématiquement dirigés dans les classes dites de "rattrapage" pour déficients mentaux. Le pourcentage de Roms diplômés du second degré est de 1,6%, alors que, pour les non-Roms, ce pourcentage s’élève à 23,8%. Les Roms ayant un diplôme d’universitaire ne sont que 0,24 %, contre 9,45% pour les non-Roms. De plus, ils sont victimes d’agressions, de rafles quotidiennes par des bandes d’extrême droite et par la police...

Sept mois après leur arrivée, le 2 mars dernier, les Roms, invités par les députés Noël Mamère et Patrick Braouzec, tenaient une Conférence de presse à l’Assemblée nationale avec le soutien d’une trentaine d’organisations (SUD éducation, la Confédération CGT, la LDH, SUD-PTT...). Le mercredi 8 mars, deux familles recevaient une lettre de l’OFPRA leur accordant le droit d’asile politique.

Une victoire sans précédent

C’est un événement historique, qui commence à être largement commenté par les médias français (le Monde du12 mars, le 20 heures de France2, vendredi 9mars...)

En effet, c’est la première fois que des ressortissants d’un pays candidat à l’Union européenne, jusqu’ici considéré par le gouvernement français comme "sûr", obtiennent le droit d’asile politique de la part d’un pays déjà membre de l’UE. (Rappelons que selon la convention de Genève, pour être considéré comme réfugié, il faut prouver avoir été victime d’une persécution étatique.)

Pour les 800 000 Roms hongrois, et par extension pour les 8 millions de Roms d’Europe, il s’agit d’une victoire formidable. Persécutés depuis des siècles (la plupart de Roms hongrois sont arrivés dans le pays, il y a 500 ans !), leurs souffrances sont enfin reconnues grâce à une mobilisation d’organisations du mouvement ouvrier, d’organisations démocratiques et de centaines de personnalités, de 32 députés européens...

Si cette première victoire a pu être obtenue, si une telle campagne aussi large a pu être développée, le mérite avant tout en revient aux Roms de Zàmoly. Ils ont commencé par s’organiser eux-mêmes, en posant dès le début, au-delà de l’amélioration de leur propre sort, la question aux citoyens français : quelle Europe voulez-vous construire ? Voulez-vous vivre dans une Europe de rafles, de persécutions systématiques ? C’est cette approche qui, associée à leur courage et à leur dignité, a su mobiliser beaucoup de volontés militantes, dans une France où, il ne manque pas malheureusement, de victimes d’oppression et de discrimination à défendre.

Rester vigilants

Ce succès est d’autant plus remarquable que dès leur arrivée en France une campagne de propagande honteuse est orchestrée contre eux à partir de la Hongrie, et celle-ci est loin d’être finie. Ils ont été successivement accusés d’être des voleurs, des criminels fuyant la justice... et au lendemain de la conférence de presse au Palais Bourbon... d’être des agents du Kremlin qui seraient "manipulés par la Russie pour empêcher l’entrée de la Hongrie à l’Union Européenne" !

Cette campagne, digne des calomnies staliniennes de sinistre mémoire, nous rappelle que la lutte contre le racisme et la démocratie ne doit jamais s’arrêter. Les Roms de Zàmoly ont rendu service dans un sens à tous les démocrates.

Tous les Roms de Zàmoly réfugiés à Strasbourg n’ont pas encore reçu leurs papiers. Nous devons rester vigilants pour eux et pour ceux qui sont restés au pays.

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