Les marchands à l’attaque de l’Espace Numérique des Savoirs

mardi 19 avril 2005
mis à jour dimanche 4 septembre 2005

L’Espace Numérique des Savoirs est un panel de ressources en ligne (INSEE, AFP, Le Louvre...) mis à la disposition des enseignants. Ces ressources, souvent brutes, constituent une base de données de qualité pour préparer des cours ou travailler en salle multimédia avec des élèves. La recherche documentaire est plus pointue et ne se limite plus, comme on peut le déplorer souvent, à la seule encyclopédie Encarta. Mais déjà le projet
ENS II ouvre grand la porte aux appétits marchands.

L’objectif annoncé de l’ENS était le suivant : “L’Education nationale, dans sa mission de service public, doit œuvrer pour une démocratisation et une facilitation de l’usage des ressources numériques”. L’Education nationale a obtenu ainsi des tarifs préférentiels et l’accès à des sites de qualité a donc été facilité. Après une première expérimentation et un rapport démontrant le satisfecit des utilisateurs, une seconde phase d’expérimentation est mise en place en 2004-2005 : l’Espace Numérique des Savoirs II.
Mais l’ENS mute sournoisement vers un espace commercial où certains marchands peu scrupuleux se battent pour obtenir des parts de marché. Un marché juteux car les établissements retenus ont 1200 euros à dépenser (enveloppe allouée par l’Etat). Le pactole s’élève donc à environ 2 400 000 euros (expérimentation étendue à un plus grand nombre d’établissements) pour l’année scolaire 2004-2005.

Des GIE (Groupe d’Intérêt Economique) se sont constitués : KNE (Kiosque Numérique des Savoirs) et CNS (Canal Numérique des Savoirs). Courant septembre, ils ont envoyé leurs propositions. Comme par hasard, les packs réalisés, bien ficelés, correspondent exactement à la somme allouée par le ministère de l’Education nationale. Des offres alléchantes où des produits phares (des logiciels de langue habituellement onéreux, les dépêches AFP, des encyclopédies référencées...) attirent les potentiels clients : "Nous". En réalité, sous le miel est caché le fiel comme ces cours de soutien en ligne ou ces fameux logiciels de langue dont on obtient finalement que la version de... démonstration !

Des enseignants, correspondants ENS de leur établissement, crient au scandale car ils se sentent roulés. Ils ont vanté les mérites d’une telle opération mais ils doivent ensuite dire à leurs collègues : « Désolé, j’ai mal lu les consignes pour ce logiciel, dans le pack nous n’avons que le portail publicitaire ! Et en plus nous avons dépensé toute la subvention ! » D’autres, malgré leur rapidité à opter pour l’offre la plus complète, rencontrent d’énormes difficultés techniques pour rendre accessible aux enseignants les ressources et s’insurgent sur le fait qu’ils ne sont pas des techniciens en informatique. Certes, ils ont toujours défendu les TICE mais dans l’espoir d’un plus grand accès à des richesses culturelles pour des établissements localisés dans des milieux ruraux ou de petits établissements dont le budget est limité. Les TICE peuvent aussi mener à de nouvelles pratiques pédagogiques suscitant un intérêt particulier des élèves et satisfaisant davantage l’enseignant.

Des collègues scandalisés et peut-être plus procéduriers ont dénoncé le fait que se glissent des offres de soutien en ligne au moment même où on supprime de plus en plus d’heures dans leur dotation horaire. Certes, des élèves ont besoin aujourd’hui de soutien. Les classes surchargées empêchent une aide adaptée à leurs difficultés ponctuelles. Les professeurs devraient avoir les moyens pour apporter des remédiations, ce qui n’est plus possible. Le soutien humain semble pourtant contribuer pleinement à restaurer l’image de soi qui suffit bien souvent, à raccrocher les élèves. Est-ce que les « enseignants virtuels » apporteront la solution adéquate ?

L’espace virtuel est un nouvel outil pour les équipes, il ne peut être le seul. On se doit de préserver un équilibre entre les ressources numériques et les ressources papiers qui demeurent complémentaires. Mais que nous proposent aujourd’hui ces GIE via leurs services payants en ligne ? Quel est l’intérêt pédagogique de certaines de ces offres qui ont totalement dévié par rapport à l’objectif initial ? Quelle est dans ce contexte la place des enseignants ?

Voici les réponses qui nous viennent naturellement à l’esprit en bons parano anti libéraux de l’Education nationale :
- A nous enseignants, de trouver des clients pour ces boites privées, ces cours payants ; c’est vrai que nous sommes les mieux placés pour les fidéliser à ce type de service marchand.
- A nous enseignants, d’assurer la promotion de la disparition du service public en développant au sein même de nos établissements de telles pratiques.

C’est bien connu, les enseignants sont des idiots ; ils n’ont encore rien compris comme d’habitude !

- « C’est vrai enfin quelle est donc la différence entre les offres de Paraschool, Maxicours et des éditeurs de manuels scolaires ? Aucune voyons ! »

- « Pour nous, on veut faire disparaître des professeurs, oui encore ! Et ceci dans le cadre des suppressions programmées par M. le Ministre de la Fonction publique ».

- « Mais enfin, ils sont mauvais... La preuve, les élèves doivent de plus en plus prendre de cours supplémentaires ou d’heures de soutien. D’ailleurs certaines régions, conscientes très tôt du problème, avaient acheté des cours à ces sociétés qu’elles ont ensuite proposés en accès gratuit aux établissements publics ».

- « Oui, je m’en rappelle, c’était dans la région des Pays de la Loire. Mais comment il s’appelait le président déjà ? FILLON, peut être... Oui, oui, c’était lui. Mais là, déjà, des profs dénués de bon sens avaient refusé et dénoncé un tel gâchis de l’argent du contribuable ! »

- « Ces profs sont décidément irresponsables... Il faut les faire taire. Censurons-les ! »

Les enseignants sont rêveurs, ils pensent encore repousser les chantres du libéralisme. Ils pensent que le service public d’enseignement est laïc, gratuit et obligatoire ; que les marchands de toutes sortes ne sont pas autorisés dans leur pré carré !

La marchandisation de l’école est en marche mais ils résistent. Ils revendiquent que les Techniques d’information et de Communication soient un progrès et non un bien de consommation supplémentaire ; que l’accès au savoir reste un droit universel qu’il faut défendre et protéger.

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