Les religions, facteur fondamental de l’oppression des femmes

vendredi 2 juin 2006

Isabelle Daniellou dresse pour nous un tableau édifiant de la place dans laquelle sont tenues les femmes dans quatre religions : le catholicisme, l’islam, le judaïsme et le bouddhisme. Il n’est pas étonnant que les luttes des femmes pour leur émancipation aient dû - et doivent encore - se mener contre les religions. Pour secouer le joug du système patriarcal et de la domination masculine qu’elles leur imposent toutes, la laïcité est un point d’appui important car elle exige que les Eglises renoncent à intervenir dans l’exercice de la vie publique démocratique.

L’analyse du rôle qui est imparti aux femmes dans toutes les religions démontre que les femmes ont tout à perdre à s’aliéner à une religion, quelle qu’elle soit.

Soumises à l’homme puis à Dieu dans le catholicisme

Quelques souvenirs d’enfance : le port des mantilles religieuses ou chapeaux pour les femmes à l’église, la lecture à l’adolescence d’un livre sur la sexualité où il était écrit qu’une femme se devait d’être disponible pour son époux, celui-ci n’ayant d’autres ressources pour lui prouver son amour que la sexualité hétéro-normée, évidemment selon son bon vouloir.

La lecture des Epîtres de Saint-Paul était aussi édifiante (j’ai eu un parcours religieux exemplaire, j’ai fait ma communion solennelle et ai donc eu droit à une bible dans laquelle j’ai puisé ces extraits) :
"Il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme..." [1]
"Le chef de tout homme, c’est le christ ; le chef de la femme, c’est l’homme..."
"Si donc une femme ne met pas de voile, alors qu’elle se coupe les cheveux ! Mais si c’est une honte pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou tondus, qu’elle mette un voile..."
"Ce n’est pas l’homme en effet qui a été tiré de la femme mais la femme de l’homme et ce n’est pas l’homme bien sûr qui a été créé par la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion à cause des anges..." [2]
"Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de dominer l’homme. Qu’elle se tienne donc en silence. C’est Adam, en effet, qui fut formé le premier. Eve ensuite. Et ce n’est pas Adam qui fut séduit, c’est la femme qui, séduite, tombe dans la transgression. " [3]

Gabrielle Feuvrier, religieuse d’un ordre contemplatif, dit : "La création se fait dans la séparation, « ... homme et femme il les créa ». Il y a là une séparation, la marque indélébile d’une différence. J’ai découvert combien cette altérité fondamentale est structurante pour la vie de l’humanité, pour ma propre vie.
Me reconnaître femme, c’est donc faire droit à ce que je suis dans le dessein du Père ; c’est faire droit à l’autre, homme, dans sa différence. Je crois que cette vie dans la différence sexuelle reconnue avec simplicité m’ouvre sur toute différence, sur toute altérité. C’est un chemin et je goûte de le parcourir à la suite du Christ chaste, pauvre, obéissant, lui, le modèle d’humanité".

Le tableau est bien brossé : pour la femme, obéissance, soumission, d’abord à l’homme puis à Dieu et pour l’homme, obéissance à Dieu et domination sur la femme.

Epouses fidèles et voilées pour les musulmans

La position des femmes dans la religion musulmane n’est pas meilleure.

On lit dans Le Coran : "Lorsqu’on annonce à l’un d’entre eux la bonne nouvelle (de la naissance) d’une fille, son visage noircit et il suffoque (de colère)". [4]

Cependant, la place des femmes n’est pas si catastrophique qu’on pourrait le penser à condition qu’elles soient mères ou épouses fidèles, la fidélité n’étant pas réciproque puisque l’homme peut être polygame. Et toujours la sempiternelle image de la femme portée au statut de sainte si elle est mère.

A la question : "Qui a le plus droit à ma bonne compagnie ?", le prophète Mouhammad répondit : "Ta mère, puis ta mère et encore ta mère, ensuite ton père..."

Quant au voile, voilà ce qu’une femme "instructeur du dogue religieux musulman", puisqu’elle n’a pas le droit au terme d’imam, pour ne pas être à égalité avec l’homme, en dit : "Le voile est prescrit dans le Coran, dans plusieurs sourates (chapitres) : « O prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs voiles[...] et qu’elles rabattent leurs voiles sur leurs poitrines et qu’elles veillent à ne pas étaler leurs ornements, sauf devant leur mari, leur père [...] »".

Si tant est qu’on puisse considérer que le fait d’être une sommité religieuse soit une libération, il n’est pas question pour les hommes de leur laisser cette prérogative et toujours pour les sempiternelles raisons de rôle imparti en fonction du sexe.

Voici ce que dit Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris : "Dans la liturgie musulmane, il n’y a pas de femme imam. Lors de l’office, une femme peut se placer devant un groupe de femmes et guider la prière. C’est la seule attitude tolérée". [5]

Une fois de plus, les femmes ne doivent surtout pas prendre une place qui ne leur est pas réservée, donc autre que celle de relais de la bonne parole.

Impures et au service de leur mari dans la religion juive

Pour ce qui concerne la religion juive, il n’est que de voir le téléfilm Epouses soumises, diffusé par Arte, pour être édifiéE par la condition des femmes dans cette religion.

Le symbole de l’impureté, lié aux menstrues (non spécifique au judaïsme), est significatif de l’inégalité criante que les femmes subissent dans les milieux intégristes. A tel point qu’une femme, même très malade, ne peut être aidée par son mari si elle a un malaise. Ce dernier ne peut la secourir, celle-ci étant considérée comme impure.

Quant à leur position dans la société : "ces femmes s’appliquent sans doute à devenir celles qui, demain, seront les meilleurs compagnons d’étude de leur mari, ainsi que le rav Kook l’avait enseigné...". Comme le souligne David Messas, grand rabbin de Paris : "Dans la religion juive, l’homme étudie, la femme prie et transmet la religion à ses enfants [...] La Torah a prévu des séparations entre hommes et femmes pour ne pas entraver la concentration de l’homme peut-être pour nous sauvegarder de nous-mêmes. En aucun cas pour différencier la valeur spirituelle égalitaire homme-femme". [6]

Autrement dit, "ChacunE chez soi et les vaches seront bien gardées", de préférence par les femmes !

Obéissantes et douces pour les bouddhistes

J’aurais eu tendance à croire que le bouddhisme, porteur d’un idéal non-violent, avait une vision plus égalitaire des relations entre les femmes et les hommes, et bien je m’étais trompée.

On lit, dans les Sermons du Bouddha, des "Conseils à une femme excessive" (il est évident qu’un homme ne peut pas être excessif, tout juste viril) : "Si une femme est cruelle, si elle est corrompue dans sa pensée, si elle néglige son mari, si elle n’est pas aimable, si elle est enflammée à cause d’autres hommes, si elle souhaite la disparition de son mari, alors on peut dire qu’elle est une femme semblable à une meurtrière. [...] Si une femme est paresseuse [...] alors on peut dire qu’elle est une femme semblable à une patronne".

Et au contraire : "Si une femme supporte les difficultés venant de son mari, si elle supporte tout avec calme et avec un cœur pur, si elle est obéissante à la parole de son mari, si elle est libérée de la colère, alors on peut dire qu’elle est une femme semblable à une servante. [...] Si une femme est sympathique [...], douce dans sa pensée [...], si elle est obéissante à son mari [...], après la mort elle se promènera dans le bonheur céleste". [7]

Toutes les religions oppriment les femmes

Cette suite de citations met en évidence des idées propres [communes ?] à toutes les religions :
- Une femme ne peut s’épanouir que si elle est une bonne épouse, une bonne mère, et évidemment une bonne croyante.
- Elle n’a aucune autre existence en dehors de cette identité et cela justifie toutes les exactions à son encontre : violences, viols, inégalités sociales, politiques et économiques.
- De tous temps, qu’elles qu’aient été les religions polythéistes ou monothéistes, les femmes ont été considérées comme inférieures et les différents pouvoirs politiques ont utilisé les religions pour mieux les asservir.
- A l’époque de l’Inquisition, elles ont été brûlées comme sorcières, par ailleurs excisées, infibulées voire violées ou violentées, ou au mieux ignorées.

Pour avoir baigné dans le puritanisme catholique pendant toute mon enfance, et avoir eu un mal fou à me libérer de ce carcan moralisateur entraînant un sentiment de culpabilité énorme quand je n’étais pas une "bonne" mère ou une "bonne" épouse, je voudrais faire mienne la parole d’Emma Goldman qui écrivait en 1906 : "Il est de toute nécessité que la femme retienne cette leçon : que sa liberté s’étendra jusqu’où s’étend son pouvoir de se libérer elle-même. Il est donc mille fois plus important pour elle de commencer par sa régénération intérieure ; de laisser tomber le fait des préjugés, des traditions, des coutumes". [8] Autrement écrit : "Ni Dieu, ni maître, ni ordre moral" !

Isabelle DANIELLOU
Sud Education Côtes-d’Armor


[1Epître 1, Mariage et virginité.

[2Première épître aux Corinthiens, Le bon ordre dans les assemblées, la tenue des femmes.

[3Epître de Paul à Thimotée 1, 2/12-14.

[4Sourate 16, verset 58.

[5Paris Match, interview réalisée par d’Olivia Catan.

[6Paris Match, interview réalisée par de Catherine Schwaab.

[7Sermons du Bouddha, chapitre 7, Conseils à une femme excessive, Bhariya-Sutta.

[8"La tragédie de l’émancipation féminine", Emma Goldman, 1906, traduit par E. Armand (1914), in Lutte des sexes, lutte des classes, p.185, éditions Agone.