Lettre à Monsieur de Robien

Il nous écrit, alors on lui répond
lundi 17 octobre 2005
mis à jour samedi 21 janvier 2006

Cher Monsieur,

L’humilité n’étant pas une valeur syndicale, nous vous laissons la responsabilité de vos valeurs aristocratiques. Servir était un honneur sous l’Ancien Régime, agir nous convient mieux.

« C’est la première rentrée que nous allons assumer ensemble. » Espérons que ce soit la dernière. Ce n’est d’ailleurs pas vous qui allez assumer les classes surchargées, les collègues précaires virés en fin de contrat.

« C’est l’occasion de vous exprimer directement et personnellement mon estime » (merci le mailing !) « mon soutien et mes encouragements à aborder cette année scolaire avec confiance et dans l’esprit de responsabilité qui vous caractérise. » Paroles, paroles, paroles chantait Dalida.

« À une époque où la société du XXIe siècle se cherche, où la jeunesse aspire à trouver des repères et à épanouir ses talents, quelle magnifique mission que la vôtre, que la nôtre ! Comme celui des parents et avec tous les membres de la communauté éducative, votre rôle est essentiel. Chaque enfant, chaque jeune placé sous votre responsabilité éprouve, nous le voyons bien, des incertitudes devant l’avenir. » N’en jetez plus ! Mais avons-nous la même mission ? Le temps des missions épiscopales et coloniales est révolu. Quant au reste, ces belles paroles nous les trouvons dans tous les manuels de discours. Changez de rédacteur, Monsieur le ministre, ces formules sont éculées.

Vous nous signalez ensuite « [les] progrès nombreux que nous allons, ensemble, mettre en œuvre. » L’accessibilité des handicapés est un vœu pieux tant que les personnels ne sont pas formés, les locaux adaptés. Savez-vous par exemple combien de lycées sont encore inadaptés pour prévoir les accès faute de moyens budgétaires ?

« [Nous] ne devons pas laisser des jeunes au bord du chemin [...] » Que dire alors des élèves mal logés expulsés le jour de la rentrée ? Que dire des élèves et des étudiants sans-papiers qui ont peur de ne pas finir l’année en France ?

Vous souhaitez « que l’école s’ouvre davantage sur le monde. » Nous aussi, mais pas par la découverte professionnelle qui renforce la sélection sociale. L’ouverture au monde passe par la découverte des autres sociétés, pas par l’enfermement dans une société mercantile.

Vous souhaitez « que chacun trouve sa place, donc sa dignité dans la vie active » par le lycée des métiers. Que pas une tête ne bouge ! Avec l’orientation précoce, chacun saura trouver la case qui correspond à sa classe. N’espérons
pas, Monsieur De Robien, qu’un manant devienne ministre. Sa dignité, il la trouvera à sa place, celle que les grands de ce monde lui assigneront.

« [Comme] vous j’ai noté que les élèves boursiers particulièrement méritants ne pouvaient aller aussi loin que les autres. » Encore un effort, Monsieur le Ministre, et vous noterez - mais rassurez vous, sur un post-it que vous pourrez toujours égarer - que beaucoup de fils à papa arrivent sans aucun mérite, à grand coups de cours particuliers et de piston, à choisir les filières et établissements qui leur conviennent.

La généralisation de l’enseignement des langues étrangères est une bonne chose, mais pourquoi seulement l’anglais, et, de surcroît, l’anglais commercial ?

Que les bacs professionnels puissent accéder enfin aux sections de BTS est une bonne chose, mais les filières de sélections parallèles seront-elles évitées ?

Vous nous annoncez également le recrutement de 45000 “emplois vie scolaire” et 1500 assistants pédagogiques. Encore une fois des contrats précaires : de 6 à 24 mois, sur la base de 20 heures payées au smic horaire pour les moins de 26 ans, 28 heures pour les bénéficiaires de minima sociaux... Nous accueillerons ces nouveaux collègues. Nous les défendrons contre les abus des chefs d’établissement qui leur donnent parfois plus d’heures à faire. Et nous serons là lorsqu’en fin de contrats, les autorités rectorales et les chefs d’établissements auront comme seule réponse : “ils étaient prévenus”.

Reste votre humour sur le remplacement des collègues au sein même de l’établissement. Vous parlez de « l’intense concertation » avec les organisations syndicales, en faisant passer en douce un décret fin août. Rappellons que lors du CTPM du 13 juillet 2005 la majorité des syndicats a rejeté ce décret. On le sait : il s’agit d’abord de garderie au pied levé.

Enfin, vous nous assurez de la reconnaissance de la République. Sans doute faites-vous allusion à des médailles en chocolat, car, comme vous le laissez entendre, il ne s’agit pas de moyens humains nouveaux, et comme vous ne le précisez pas non plus, d’augmentation des salaires. Mais il est vrai que vous parliez de « mission » et « d’humilité ». Décidément, nous ne sommes pas du même monde.

Bien syndicalement,

Sud-éducation Paris

Navigation

Agenda

<<

2019

>>

<<

Septembre

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2627282930311
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30123456