Lettre au ministre et texte lu au CTMEN le 3 octobre 2019

courrier intersyndical au ministère
mardi 8 octobre 2019

Monsieur le Ministre, 
 
Par des rassemblements, des grèves et plus 120 000 signatures à la pétition « Plus Jamais ça », une Marche Blanche, les personnels, avec l’ensemble de la communauté éducative, ont témoigné de leur forte émotion après que Christine Renon, directrice d’école à Pantin, ait mis fin à ses jours sur son lieu de travail.
 
Au-delà de la grande peine que suscite son acte désespéré, cette mobilisation pose nombre de questions sur les conditions de travail des directeurs et directrices d’école, des enseignant-es et de tous les personnels qui font vivre les écoles, les établissements et les services, l’insuffisante reconnaissance de leurs professionnalités et le manque de moyens, conduisent à la perte de sens des métiers de toutes et tous.

Tous les personnels de l’Education nationale sont impactés. Monsieur le Ministre, votre première réponse ne suffit pas pour être aujourd’hui à la hauteur de leurs attentes. Nous vous demandons d’apporter des réponses permettant de garantir la santé, la sécurité et le bien-être au travail. 
 
Depuis de nombreuses années, tous les acteurs du système éducatif subissent une pression qui va croissant et les mène à l’épuisement. 

En première urgence, nos organisations syndicales exigent l’amélioration des conditions de travail, une organisation moins verticale et moins injonctive des écoles, établissements et services, l’organisation d’un travail plus collectif et à des rythmes plus respectueux de la qualité de vie au travail, le développement des services de médecine de prévention.

Nous revendiquons également les créations d’emplois nécessaires pour l’ensemble des personnels.

Par ailleurs, la suppression programmée des CHSCT aggravera la prise en charge de celles et ceux qui sont en souffrance. Nous redisons notre profond désaccord avec cette nouvelle dégradation de la capacité à agir pour la prévention, la protection et la défense de nos collègues.
 
Monsieur le Ministre nous attendons des actes. Faute de quoi, nos organisations syndicales prendront leurs responsabilités.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de nos salutations respectueuses.

Marie Buisson
Secrétaire Générale
de la FERC-CGT

Bernadette Groison
Secrétaire Générale
de la FSU

Catherine Nave-Bekhti
Secrétaire Générale
du SGEN-CFDT

Frédéric Marchand
Secrétaire Général
de l’UNSA Education

Jules Siran – Fatna Seghrouchni
Co-Secrétaires fédéraux
de SUD Education

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Courrier fédé educ

Texte lu au CTMEN jeudi 3 octobre 2019

Elle s’appelait Christine Renon, elle avait 58 ans était directrice d’école à Pantin, et aimait son travail. Depuis 30 ans au service de l’Éducation nationale elle s’est engagée, a donné son énergie, son temps jusqu’à l’épuisement. Elle a mis fin à ses jours, un samedi, dans son école, en laissant une lettre bouleversante, qui ne souffre d’aucune ambiguïté, dénonçant ses conditions de travail. Christine Renon était en souffrance professionnelle. Elle raconte fort bien les injonctions contradictoires, les tâches parcellaires, dénuées de sens qui détournent de la mission première de la direction d’école : animer et coordonner une équipe. Elle décrit un quotidien fait de tracas, du manque d’outils, et surtout d’isolement.

Ce n’est hélas ni le premier, ni le dernier suicide d’un personnel de l’Éducation nationale. Il a eu lieu dans l’enceinte scolaire, il est indéniablement lié au travail, aux conditions d’exercice des missions, au climat scolaire.

Le suicide et le courrier de Christine Renon suscite un émoi bien au-delà de Pantin, de la Seine-Saint-Denis, et des directeurs et directrices d’école. Alors que la pétition « plus jamais ça » frôle les 100 000 signatures, ce sont en réalité toutes les catégories professionnelles de notre ministère qui se sentent concernées. Des collègues nombreux et nombreuses, de tous nos métiers, nous racontent la fatigue, voire l’épuisement professionnel résultant de l’augmentation de la charge de travail, de la difficulté des conditions d’exercice, d’un sentiment de dépossession de son métier, d’être contraint et contrainte à mal faire son travail.

La FSU, l’UNSA-Education, le Sgen-CFDT, la CGT et Solidaires demandent des actes forts, des décisions rapides et concrètes non seulement pour la direction d’école et pour le premier degré, mais aussi pour tous les personnels :

directeurs et directrices ont besoin de temps pour assurer leurs missions auprès du public et de l’équipe dans les écoles, il faut davantage de décharge de direction, un remplacement effectif des directeurs et directrices sans décharge pour que les jours de direction ne soient plus un leurre, il faut limiter drastiquement les sollicitations faites aux directeurs et directrices pour que cesse la taylorisation de leur travail ;

enseignant.es sont expert.es de leurs métiers, il faut sortir d’un pilotage injonctif ;

les remplacements doivent être assurés ;

des postes doivent être créés et pourvus par des titulaires pour que l’intensification du travail cesse et que le travail reprenne sens pour toutes et tous ;

une réelle médecine du travail et de prévention doit se déployer ;

l’analyse des suicides déjà réclamée collectivement en CHS-CT MEN doit enfin voir le jour : l’analyse de la prévalence des suicides et des congés maladies au prisme des conditions de travail doit servir à construire une réelle politique de prévention des risques psychosociaux pour tous les personnels.

Monsieur le ministre, Monsieur le DGRH, Madame la secrétaire générale, nous attendons, les personnels attendent des décisions à la hauteur des enjeux afin que la confiance n’apparaisse pas comme un vain mot. Nous souhaitons aussi vous remettre le texte intersyndicale élaboré par les militantes et militants de Seine-Saint-Denis.

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