Lettre ouverte à ceux qui prennent nos mots, les retournent et leur donnent un tout autre sens

dimanche 4 septembre 2011

Nous, militants pédagogiques et syndicaux, avec nos collègues, avons travaillé tout au long du XXe siècle à l’amélioration de l’école pour les enfants du peuple.

Pour en finir avec l’école militarisée qui, en 14, avait envoyé au front des milliers de jeunes (français, allemands et d’autres venant de nombreux pays) se battre sans réfléchir et s’exterminer sans remettre en cause ni Krupp, ni Wendel, nous avons inventé des projets pédagogiques permettant des apprentissages qui faisaient sens pour tous, car ces projets partaient de la classe : enseignant et élèves, des individus en groupe qui coopèrent pour progresser.

Nous avons inventé des évaluations par compétence permettant à tous les élèves de savoir où ils en étaient, quel était le chemin restant à parcourir et comment trouver de l’aide pour avancer.

Nous avons inventé un socle commun qui imposait pour tous une scolarité de plus en plus longue, de plus en plus partagée avec la maternelle pour tous, la mixité de l’école, une orientation de plus en plus tardive, le passage du CET au lycée professionnel, et une avancée significative vers un niveau Bac pour davantage d’élèves.

Nous avons inventé des temps individualisés et de soutien en classe avec l’aide des RASED, des psychologues scolaires, pour pouvoir réfléchir aux difficultés et trouver des remédiations dans l’école avec des personnels formés et compétents.

Mais voilà que vous, adeptes du capitalisme libéral débridé, vous vous saisissez de nos mots et les transformez en hydres répugnantes, au point même que certains pensent que pour lutter, le mieux serait de revenir aux « bonnes vieilles méthodes d’avant guerre » : bons points, blouses, classements et lignes à copier pour les punis.

Vous saisissez le projet pour en faire un logiciel avec des cases à cocher par l’enseignant, créant une servitude informatique imposée par vos décisions économiques et politiques.

Vous reprenez les évaluations par compétence pour constituer un fichage orwellien des personnes, de la plus tendre enfance à l’âge adulte, par Base élève, Sconet et l’identifiant unique INE.

Vous créez des paliers de socle commun pour justifier un retour de l’orientation des enfants dès la fin de l’élémentaire, puis au milieu du collège (qui en a fini d’essayer d’être unique) et élaborez les logiciels Afflenet 6e, 3e, Admission Post Bac… pour achever ce qui reste de la carte scolaire et de l’idée même d’une mixité sociale au sein d’un quartier.

Vous utilisez à votre profit la notion de temps individualisé et de soutien pour en finir avec les RASED, imposer le « soutien » en classe sans aide, sur un temps volé aux autres élèves et reprendre des postes en supprimant toujours plus de fonctionnaires : les postes d’aide, ceux destinés au remplacement des malades, ceux utilisés pour la formation des jeunes, ceux réservés aux associations complémentaires de l’École publique. Et maintenant vous chargez et surchargez les classes.

Vous utilisez nos mots sans les comprendre, vous les dénaturez. Basse manœuvre !

Derrière nos mots il y a le sens de notre action : la construction d’une école publique, démocratique, gratuite, seule à même d’apporter un progrès social qui nous concerne tous.

Sud éducation Créteil

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