Lettre ouverte à monsieur Jean Pierre Raffarin

mercredi 3 novembre 2004
mis à jour samedi 25 août 2007

Monsieur le Premier Ministre,

La fédération des syndicats SUD-Education dénonce le caractère
non-démocratique de la table ronde organisée à votre initiative ce jeudi
21 octobre à Matignon et de l’ensemble du processus d’élaboration d’une
loi d’orientation et de programmation pour l’Education.

Ni le soi-disant « grand débat » de 2003, ni le rapport Thélot, ni des
séances de « consultation-concertation » avec des interlocuteurs
soigneusement choisis (malgré sa représentativité la fédération
SUD-Education s’est vue fermer la porte ce jour), n’apportent la moindre
garantie que les aspirations des élèves, des familles et des personnels
seront prises en compte par ce gouvernement et par le Parlement. Au
printemps 2003, les acteurs de l’école n’ont pas été entendus, ils ne le
sont pas plus dans le cadre du budget 2005. Nous ne pouvons accorder
aucune confiance à ce gouvernement.

Il y a un an nous dénoncions la mascarade du « grand débat » qui n’était
qu’une mise en scène destinée à légitimer une politique éducative
libérale déjà engagée. Aujourd’hui la commission Thélot rend son rapport
dont la grande ambition semble être de renoncer à toutes les ambitions
encore existantes dans l’Education Nationale... pour la mettre au service
exclusif de l’économie.

Ce rapport annonce la fin du collège unique, qui certes n’avait jamais
vraiment existé dans le quotidien, mais qui restait un objectif
atteignable. Il s’agit maintenant d’offrir un SMIC culturel à chaque
élève, idée qui avait déjà été évoquée par C. Allègre en son temps.
L’Ecole sera donc à plusieurs vitesses et l’idée de « donner plus à ceux
qui ont moins » s’est définitivement évaporée...

Bien entendu, cette régression au niveau de l’offre pourra facilement
s’accompagner de restrictions budgétaires (à moins que ce ne soit
l’inverse). D’autre part la redéfinition des missions de l’enseignant
constitue une attaque sans précédent de leurs statuts. Flexibilité,
polyvalence sont ici déclinées dans tous les sens, aux dépens de la qualité.

Dernier aspect contestable de ce rapport, la caporalisation devient le
mode de gestion des personnels de l’Education Nationale. Nous savions
déjà le processus largement engagé chez les personnels TOS, le voilà qui
rattrape les enseignants ! Sous couvert d’autonomisation des
établissements, on nous annonce la création de chefs d’établissement
dans le premier degré (le rapport Pair a donc été retrouvé), et la
multiplication des chefs de service dans le second degré.

Ce rapport, poisson-pilote de la future réforme de la Loi d’orientation
prévue pour la fin de l’année, dessine un véritable projet politique.
Celui du fatalisme social qui renonce à porter la culture dans les
milieux populaires ; celui de l’économisme, surtout, qui asservit le
savoir et sa transmission aux impératifs de la production ; celui de
l’autoritarisme, enfin, qui fait de la soumission à la hiérarchie un
enseignement fondamental et soumet les personnels aux diktats du
management moderne. Contrecarrer ce projet exige une action résolue, en
lien avec les parents conscients des graves attaques que leurs enfants
vont subir... Pour que les Lumières ne s’éteignent pas tout à fait à l’Ecole !

Fédération des syndicats SUD-Education

Saint-Denis, 21 Octobre 2004

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