Lycée des métiers

Beaucoup plus qu’un problème "scolaire" : le salarié dont rêve le MEDEF
 mars 2002
mis à jour samedi 29 janvier 2005

Jean-Paul Mauduy, président du MEDEF Rhône-Alpes, interviewé dans Formations professionnelles initiale et continue, revue éditée par l’académie de Grenoble, numéro spécial octobre 2001 déclarait :

"Ce principe de formation tout au long de la vie nous sera sans doute fort utile lorsque nous serons confrontés au déficit démographique des années 2005 [1]. Un déficit d’environ 100 000 personnes par an ! Pour combler ce creux, la logique voudrait que les jeunes entrent plus tôt sur le marché du travail [2]. Nous sommes prêts pour cela à leur garantir un retour en formation quelques années plus tard pour acquérir une formation complémentaire [3]. Nous avons d’ailleurs déjà expérimenté en Rhône-Alpes ce principe de "formation initiale différée" [4]."

Tout est dit !

En quelques lignes, le président du MEDEF de Rhône-Alpes (une région qui "compte" économiquement) résume le portrait du "nouveau salarié" qu’il exige : un jeune sans véritable formation initiale (sinon quelques "comportements" de respect de l’autorité et des règles de la production, et une formation initiale de base : lire, écrire, compter), donc sans qualification, et donc sans exigences vis-à-vis de son employeur ; un jeune qui devra prouver, tout au long de sa vie, son "employabilité" (qui est le contraire de la qualification) ; qui devra, sans cesse, aller acquérir (en usant d’un "crédit“) des "compétences" au fur et à mesure que son employeur en aura besoin ; qui pourra, au mieux, les faire valider sur son "portfolio de compétences" personnel informatisé (et européen), et obtenir un diplôme-hochet (puisque plus reconnu dans les conventions collectives, dont le socle est précisément la grille des qualifications et des garanties qui les accompagnent).

En somme, le salarié idéal pour le MEDEF, c’est l’employé de McDo !

Jean-Luc Mélenchon, ministre "socialiste" (de gauche...) de la Formation professionnelle, commence à mettre en place le cadre dont rêve le patronat : le "lycée" des "métiers". Ce n’est pas un "lycée" (et il ne garde ce nom que pour mieux nous tromper), mais un "lieu" où le salarié éternellement précaire viendra faire des stages plus ou moins courts pour acquérir ces micro compétences, et y fera "valider" ses acquis professionnels. Ce n’est pas un lieu d’acquisition d’un "métier", qui suppose qualification, diplôme la validant, garanties statutaires, salaire. C’est donc un mensonge délibéré !

Le "lycée des métiers", ce n’est pas un problème d’enseignants. Ce n’est pas un problème de l’école. C’est un problème pour tous les salariés actuellement en activité, au chômage ou en formation. C’est un problème pour tous les parents qui ne veulent pas de cet avenir pour leurs enfants. Le "lycée des métiers", c’est le lieu de la déréglementation, de la précarisation tout au long de la vie.

Faire échec au "lycée des métiers", c’est combattre
- Pour une refondation sociale sous l’égide des salariés, des jeunes, des chômeurs,
- Pour un nouveau contrat social fondé sur le droit au travail, au salaire, aux protections sociales, à une véritable formation humaine et professionnelle,
- Pour une conception de l’homme, non comme "agent de production", mais comme individu libre et conscient. Discutons-en ensemble !

Décidons ensemble de ce que Solidaires peut faire pour faire comprendre ce qui est en jeu, pour aider à la mobilisation, pour imposer une autre société.

Sur la base de cet appel, SUD éducation Paris propose l’organisation d’un meeting public aux syndicats de l’Union syndicale Solidaires Groupe des 10 de Paris.

SUD éducation Paris


[1Le patronat veut se saisir de l’occasion du "renouvellement" du salariat (le "baby boom") pour créer une nouvelle "race" de salariés. Le problème est donc urgent pour lui. Il l’est aussi pour les salariés.

[2Ces "nouveaux salariés", le patronat veut pouvoir les dresser au plus tôt. L’écrasante majorité des postes de travail qui se créent sont des postes à peu près complètement déqualifiés (contrairement à tous les mensonges intéressés sur le soi-disant "besoin sans cesse croissant en formation", véhiculé par les ministres du gouvernement Jospin, et chanté sur tous les tons par tous les politiques). Le mot d’ordre est : “Cessez donc de nous parler d’instruction pour tous, de 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac ! Laissez venir à nous les petits enfants !”

[3Faites entrer ces jeunes dans nos entreprises : nous les enverrons se former plus tard, au fur et à mesure que nous aurons besoin d’une petite "compétence" nouvelle (une nouvelle machine, un nouveau procès de production, une nouvelle organisation de la distribution, etc.), et quand nous pourrons nous en passer (baisse momentanée dans les carnets de commande, baisses saisonnières, etc.)

[4Il faut donc en finir avec les établissements scolaires de formation initiale (LP, Lycées technologiques, collège "unique”, lycée, sauf, bien sûr, pour y former l’élite dont nous avons besoin), où l’on acquiert (encore) une formation, donc une qualification, et donc également des "exigences" en termes de statut, de protections, de classement professionnel, de salaire...

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