Lycées généraux, technologiques et professionnels : des réformes et des projets contre le service public d’Éducation

« Le défaut de la plus élémentaire justice donnera sans cesse à désespérer de la connaissance. » René Crevel
samedi 29 août 2009

Le report à la rentrée 2010 d’une contre réforme du
lycée général répondait à un souci stratégique
 : faire
taire un mouvement lycéen grandissant et l’inquiétude
des collègues alors que la crise mais aussi les reformes
du primaire, de la voie professionnelle et du supérieur
laissaient entrevoir un horizon agité pour le pouvoir.
Entre mai et juin 2009 paraissaient à la demande du
gouvernement les rapports de MM. Descoings et
Apparu sur la réforme du lycée.
Avant les vacances,
N.Sarkozy puis son nouveau Ministre de l’Éducation
L.Châtel, réaffirmaient leur volonté de poursuivre cette
« réforme »... Entêtement incompréhensible ?

Non car celle-ci fait partie d’une politique plus globale
qu’ils veulent mener à son terme, contre le service
public d’Éducation et ses personnels. Dans le primaire,
avec des programmes réactionnaires, la suppression
des RASED, le fichier « base élève »... Dans l’enseignement professionnel, c’est la généralisation du BAC pro
en trois ans après une pseudo expérimentation d’un
an avec une remise en cause de la qualité de la forma-
tion et la suppression de milliers de postes. C’est bien
l’avenir de l’enseignement professionnel public qui est
posé avec cette première partie d’une reforme globale
du Lycée (P2). Dans le supérieur, après plusieurs mois
de mobilisation historique et massive des personnels
et des étudiants, le gouvernement n’a rien lâché
notamment sur la formation des enseignants et les statuts. Les grandes fédérations en refusant d’organiser la
convergence des personnels du 1er et du 2nd degré avec
le Supérieur portent une énorme responsabilité dans
ce nouveau recul. Mais sur l’ensemble de ces fronts
SUD restera disponible pour reprendre la lutte aux
côtés de ceux qui le veulent. Car, derrière ces réformes
sectorielles, il y une politique cohérente
qui vise au-delà de leur objectif prioritaire de suppression de
80000 postes à introduire dans l’Éducation les critères
de l’économie pure et à détruire les garanties statutaires. C’est maintenant à l’aune de valeurs telles que la
concurrence, la rentabilité, la compétitivité ou l’efficience que nous serons bientôt évalués, le tout étant
pour l’État de faire fonctionner le système éducatif au
moindre coût, bref : le rendement avant l’égalité, les
quantités avant la qualité !

C’est dans ce contexte que le gouvernement nous a resservi en juin l’idée d’une expérimentation (comme en
LP !) d’une réforme des lycées
dont on ne sait quasiment rien, assortie d’une liste d’établissements censés
la tester selon des modalités inconnues en juin ! SUD
Éducation en a demandé immédiatement l’abandon.
Dans le même temps les rapports destinés à alimenter
cette « nouvelle » reforme étaient publiés. Nous revenons plus bas sur les dispositions les plus emblématiques et souvent les plus dangereuses de ces rapports.

En restant intentionnellement vague dans les objectifs
poursuivis, le gouvernement cherche à éviter une
riposte de la profession, des lycéens et des parents.
Mais il ne faut pas s’y tromper. L’attaque est historique
car elle remet en cause l’idée d’un enseignement
public de qualité et égal pour tous au profit de conceptions ultra droitières de l’éducation. Face à une telle
détermination, les personnels ne peuvent pas se
contenter de rester sur la défensive [1]. SUD
Éducation continuera de porter des propositions pour
un lycée démocratique, solidaire et égalitaire. Mais
pour faire reculer ce gouvernement il faut développer
toutes les formes de résistance dans la perspective de
construire avec les AG des personnels en lutte la nécessaire grève générale de la maternelle à l’université.

La réforme du lycée professionnel court déjà

Au moment où la réforme des lycées
technologiques et généraux est
annoncée pour la rentrée 2010, le
baccalauréat professionnel en 3 ans
entre dans sa phase de généralisation
au niveau national.
Rappelons
qu’avec la généralisation du baccalauréat professionnel en 3 ans au lieu des
4 ans (BEP + Bac. pro 2 ans) la formation sera amputée d’environ 1000h :
500h d’enseignement général et
500h de formation professionnelle.
Le ministère économisera ainsi des
milliers de postes. De plus cette année
de formation en moins compromettra la réussite des élèves les plus fragiles qui sont nombreux en LP. À l’automne dernier, l’annonce du report
de la réforme des lycées a fait croire
aux plus naïfs que la réforme du baccalauréat professionnel en 3 ans
n’était plus d’actualité. Il n’en est rien.

Expérimentation pour certaines académies, routine pour d’autres : le
Ministère a réussi à mettre en place en
quelques mois une réforme qui destructure toute la formation professionnelle et cela avec l’aide des syndicats
cogestionnaires !

En septembre 2008, la réforme devait
se présenter sous une forme expérimentale mais chaque académie déclinait différemment cette nouveauté.
Certaines expérimentaient déjà
depuis plusieurs années et passaient à
la généralisation, d’autres découvraient et pensaient être en réelle
expérimentation et pour les dernières
il s’agissait d’un joyeux cocktail des
deux variables selon les formations
dispensées. Cela a rendu très difficile
la résistance.

À cela s’ajoute le fait qu’une réforme
a toujours, surtout quand on la traite
de façon expérimentale, en laissant en
place les cycles de formation existants,
des effets positifs : parcours en 3 ans
pour des élèves venus après un redoublement de seconde de lycée en limitant les heures d’enseignement général pour augmenter l’enseignement
professionnel par exemple.

Le ministère agit dans l’urgence

En juin et juillet derniers, des textes
étaient encore présentés au Conseil
Supérieur de l’Éducation pour préparer
cette rentrée (type et conditions de
certification en fin de 1ère année,
modification d’une matière...). Les
équipes pédagogiques découvriront
les nouveautés au moment de la rentrée ce qui ne laisse aucune place à la
réflexion et à la mobilisation.
Reconnaissance des compétences ou
suppression d’une des trois voies ?

En plus le ministère a joué sur le res-
senti qu’éprouvent certains PLP. Il leur
a proposé d’avoir un « vrai » bac, en 3
ans comme les autres, avec un « vrai »
oral de rattrapage et une « vraie » poursuite d’études en annonçant l’ouverture de BTS en LP. Les enseignants se
sont sentis valorisés. Ils prépareront des
élèves uniquement au baccalauréat. Il y
a fort à parier qu’à l’avenir, au sein des
établissements, une hiérarchie entre
collègues s’installe : ceux qui forment
au CAP et ceux auront des baccalauréats en 3 ans voire même des BTS !
De plus, il ne faut pas oublier qu’aucun n’est réellement satisfait de la formation professionnelle actuelle. Des
réformes sont espérées mais certainement pas celle mise en place par le
ministère.

Quelle pourrait être la place de la
réforme du lycée professionnel dans
la perspective générale du lycée ?

Le baccalauréat professionnel se préparera en un cycle de 3 ans et devra
permettre l’entrée en BTS. Il devient
ainsi un concurrent direct du lycée
technologique. Lequel cédera le pas à
l’autre ? Il ne peut coexister 2 voies de
formation avec des exigences aussi
proches. Il est vrai que le LP doit
encore préparer à l’entrée dans la vie
active au niveau bac mais est-ce une
différence suffisante pour les laisser
coexister ?

La même question se pose sur l’utilité
future des classes de 1ère d’adaptation,
déjà supprimées dans certaines académies. Pourquoi quitter un cycle de
baccalauréat professionnel en 3 ans
pour intégrer un cycle de baccalauréat
technologique qui a la même durée et
la même finalité ?

Que penser des classes de « Mise À
Niveau »
avant l’entrée en BTS pour
des jeunes ayant eu un cursus classique ? Seront-elles transformées en
mise à niveau pour les élèves issus des
baccalauréats professionnels en 3 ans ? Auront-elles encore une nécessité ?
Détournera-t-on la formation en BTS
comme on a détourné celle des baccalauréats professionnels en réduisant
le temps de formation, en modifiant
les contenus ?

Tout laisse à penser qu’au sein du
lycée professionnel, les sections de
CAP restantes seront toutes dans des
Centres de Formation d’Apprentis
publics pour offrir une formation professionnelle sans culture générale afin
de fournir une main-d’œuvre jetable et
corvéable aux entreprises locales. Ces
professionnels seront formés « tout au
long de la vie », de CAP en CAP, pour
occuper des emplois sous-payés.

Alors le LP vainqueur ?

Une certitude : cette réforme ne donnera pas naissance au futur lycée polyculturel pour tous, permettant l’accomplissement de chacun. Ce n’est
que par la lutte collective et notre
détermination que nous pourrons
faire reculer ces contre-réformes
injustes et socialement destructrices.

Quelle réforme en lycée général et technologique en 2010 ?

Le gouvernement doit dévoiler cette année la « nouvelle » réforme du lycée prévue pour 2010. Il dispose pour cela depuis
juin du rapport demandé par Nicolas Sarkozy à R. Descoings, président de l’Institut des Sciences politiques de Paris, et de
celui de M. Apparu pour les députés UMP de la commission parlementaire qui doublait le travail précédent.

Si le premier alterne entre des constats et des suggestions relativement justes et des propositions plus dangereuses, le
second reprend la vieille rengaine libérale d’une école inefficace et pas assez rentable.

Surtout, dans les deux cas, il n’est à aucun moment question de revenir sur les 25000 postes supprimés depuis 2007 ni sur les
55000 programmés d’ici 2012. Comment imaginer une réforme positive du lycée alors qu’on étrangle l’École publique ?

Pour SUD il faut se préparer à reprendre la lutte dans les trois lycées avec les élèves, les parents et les autres secteurs de
l’Éducation.

Les moyens

Si le rapport Descoings mentionne de nombreuses initiatives
qui pourraient être intéressantes (ateliers, personnels référents
pour les élèves, formation continue des enseignants, travail
interdisciplinaires, stages, voyages, activités culturelles, etc.), il
n’est jamais fait mention de moyens supplémentaires
.
D’ailleurs, la seule mention de moyens dans tout le rapport
concerne la diminution des effectifs en seconde dans les établissements difficiles qui selon lui doit s’effectuer par redéploiement. Enfin, le rapport parle plusieurs fois de « meilleure
utilisation »
des moyens disponibles.

Non à la casse du service public !

Rééquilibrage des voies et des filières

Le rapport Descoings reconnaît assez clairement la mauvaise
image dont souffrent le lycée professionnel et certaines filières
du lycée général, mais il en conserve l’architecture en tentant
de la réformer.

- Revalorisation des filières de la voie générale les unes par
rapport aux autres. La Filière S ne doit plus être une filière
d’élite, choisie pour des raisons sociales ou de débouchés
plus ouverts. L’orientation ne doit plus être autant subie
mais choisie.

- Les 3 voies : de même, il faut revaloriser les voies professionnelle et technologique qui ont fait leurs preuves et doivent assurer une insertion professionnelle aux jeunes.

- Une remarque intéressante : « Tout projet de réforme du
lycée doit présenter d’un même mouvement et le lycée
général et technologique et le lycée professionnel »
. Mais le
lycée professionnel est à peine évoqué et la réforme du Bac
Pro est entérinée sans commentaire. « L’égale dignité des
filières passe par une place plus équilibrée de chacune des
cultures, généralistes et technologiques, en seconde. »

  • Les moyens pour y parvenir restent vagues sur le
    rééquilibrage des filières et sur le rapport entre les voies
    professionnelle et technologique. On ne peut dire si elles
    seront fusionnées ou si l’une absorbera l’autre.
  • Apparu avance un projet plus « radical » : retour à une
    seconde indifférenciée avec modules, deux premières
    une « générale » et l’autre « technologique » avec une
    spécialisation forte par filières en Terminale. Au passage
    filtre la nette volonté de réduire les horaires de « 5 à 8h ».

Orientation et insertion professionnelle

Le rapport Descoings plaide pour une orientation plus « choisie »
que « subie » avec notamment un travail d’orientation sur temps
scolaire tout au long du lycée,un référent adulte pour chaque
lycéen, des stages en entreprise, des partenariats conclus entre
lycée et établissements d’enseignement supérieur.
L’information de façon égale envers toutes les familles, le droit à
l’erreur avec des classes passerelles le cas échéant, vers un autre
établissement du bassin sont affirmées.

  • Si certaines propositions sont discutables d’autres
    sont incantatoires ou clairement dangereuses. Ainsi en
    est il de l’usage qui pourrait être fait de réorienter en
    cours d’année dans certains établissements « élitistes » et
    l’obsession qu’a Sciences Po du rapprochement avec les
    entreprises. On devine que la réduction du coût des
    redoublements et des réorientations dans le supérieur
    motive beaucoup l’auteur ! Enfin trêve de mythe, même
    une orientation « moins subie » n’abolira pas la sélection
    sociale qui s’effectue aussi au lycée.

Des liens étroits doivent s’établir entre les établissements et
les Régions tenant compte de la situation locale de l’emploi.
Pour Apparu il faut créer un grand service d’orientation au
delà du seul public scolaire et régionaliser les missions des
actuelles CIO. Descoing reste très discret sur la question.

  • Apparu annonce la relance de la régionalisation des
    services et des personnels d’orientation évitée lors des
    grèves de 2003.
    Aucune remarque n’est faite sur les disparités des moyens entre les régions et leur différence de
    traitement sur la question, qui étaient déjà apparues lors
    de la régionalisation des TOS. Se serait la fin du service
    public d’orientation. Descoings après avoir vivement critiqué le système d’orientation ne rejoint pas Apparu.

- L’accès au supérieur est à revoir. Les 2 rapports préconisent d’ouvrir plus largement les IUT et les BTS aux élèves
des filières technologiques qui sont souvent amenés vers des
licences où ils connaissent trop d’échec. Selon Descoings les
enseignants du supérieur pourraient enseigner dans le cycle
terminal afin de mieux préparer les élèves.

Travaille et tais-toi

Au-delà de la piste des quotas en BTS ou IUT pour les
bacheliers technologiques et le projet de CGPE technologiques il n’y a pas de projet d’ensemble pour remédier aux difficultés de ces élèves durant leur scolarité au lycée et leur
permettre ainsi une poursuite dans le supérieur. Ce n’est
pas la proposition démagogique d’Apparu d’intégrer les
prépa les plus prestigieuses (pourquoi seulement celles-ci ?)
à des Universités désormais en concurrence qui démocrati-
sera le système !

- La Seconde et l’orientation. Beaucoup d’élèves sont prédéterminés à leur sortie de 3e et la Seconde indéterminée ne
l’est donc plus réellement. Elle doit devenir une année d’observation avant le cycle terminal. Si l’organisation de la
Seconde en deux semestres est clairement préconisée dans
le rapport Apparu, ce n’est pas le cas dans le rapport
Descoings
qui doute de l’efficacité de la méthode.

« il est préconisé, que les disciplines liées à une spécialisation
durant les années ultérieures soient enseignées de façon
identique et obligatoire sur tout le territoire, au cours des
premiers et deuxième trimestres à l’issue desquels le lycéen
doit faire son choix. »

  • Cette dernière proposition qui va dans le sens de
    notre projet de seconde indifférenciée nécessiterait des
    recrutements massifs, des équipements nécessaires, la
    multiplication des salles... et la construction de nouveaux
    lycées, rien de tel n’est évoqué !

Redéfinition du statut des enseignants : temps de
travail et des missions

Les deux rapports y sont favorables. Mais seul le rapport
Apparu développe vraiment ce point.
Un 15H+3 avec 3H
heures d’activités pédagogiques hebdomadaires qui pour-
raient comprendre l’aide au devoir, à l’orientation, les travaux pluridisciplinaires, le travail de recherche et de documentation. À terme les agrégés basculeraient dans le supérieur mais dans un premier temps leur obligation de service
passerait à 14+3.

  • Rien n’est dit sur la rétribution de ces heures dites
    d’accompagnement scolaire : c’est la voie ouverte à la
    modulation horaire : 1h d’accompagnement pour 1/2h
    de cours... Ou comment augmenter sans le dire les obligations de service et supprimer des postes.
  • Certaines de ses tâches sont déjà de fait effectuées
    par les enseignants. Pourquoi ne pas les intégrer dans
    nos missions mais 1h pour 1h... À condition de bien délimiter concernant l’orientation ce qui relève des missions
    du professeur principal et des COP... Enfin, un stage
    en entreprise de 3 semaines voire une expérience en
    entreprise pour être titularisé, l’UMP se dévoile !

Dans le rapport Descoings, on parle de renégociation du
statut sans en dire plus !

  • La prudence est de mise sur ce sujet sensible ! Mais
    au cours des pages il rejoint Apparu dans la nécessité
    d’intégrer d’autres missions au statut comme le tutorat,
    l’orientation, des stages de remise à niveau durant les
    vacances encadrées par des enseignants payés en
    heures supplémentaires... Toujours le même « travailler plus pour gagner
    plus » qui justifie le refus d’augmenter nos salaires mais
    ouvre la voie à une augmentation de nos obligations
    de services !

L’autonomie des établissements :

Les rapports Descoings et Apparu critiquent la contradiction
entre l’autonomie proclamée des établissements et une
autonomie budgétaire en constante régression qui ne leur
permet pas de choix pédagogiques autonomes. Tous les
deux plaident cependant pour un cadre national de connais-
sances avec un seuil horaire « minimal » pour chaque discipline chez Apparu. La globalisation des horaires permettrait
une « vraie » autonomie. Descoings se borne à souhaiter plus
de souplesses pour la promotion d’initiatives pédagogiques
et rappelle que « le maintien du cadre national du baccalauréat est un principe ».

  • En droite ligne avec la Loi Fillon de 2005, l’autonomie pédagogique et budgétaire apparaît surtout chez
    Apparu comme le moyen d’alléger les enseignements
    aux lycée et d’affaiblir leur caractère national. Mais les
    deux rapports se rejoignent dans la demande d’une évaluation publique des établissements qui impliquerait en
    fait leur mise en concurrence. C’est d’ailleurs un des
    aspects les plus critiquables des lycées expérimentaux
    financés par la fondation Sciences Po.
Sarl Émile Zola

[1Un numéro spécial sur nos revendications pour les 3 lycées
paraîtra en Novembre/Décembre. Sur le site de la fédération :
les texte Lycées du congrès 2009 et une
présentation exhaustive des rapports Descoings et Apparu

Documents joints

Pages centrales du journal fédéral
Rentrée 2009
Quatre pages lycée rentrée 2009

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