Lycées professionnels : Petit à petit la casse se poursuit

dimanche 31 octobre 2004
mis à jour lundi 13 décembre 2004

L’appétit du patronat pour la formation de sa main d’œuvre s’est trouvé conforté avec l’arrivée au pouvoir de la droite triomphante : le MEDEF a trouvé une oreille plus que complaisante dans les gouvernements Raffarin. Ainsi le Premier ministre a annoncé clairement sa volonté de faire passer la part de la formation professionnelle en Centre de Formation des Apprentis de 350 000 à 500 000 jeunes. Il faut savoir que la majorité des CFA sont privés et hors Education nationale. Ce même Raffarin annonçait au mois de juin dernier 800 000 contrats d’apprentissage en incluant les mesures pour la formation des jeunes sortis sans diplôme du système scolaire.

Plus d’élèves dans le privé, moins en formation initiale, voilà une heureuse solution pour ne pas remplacer les départs en retraite et limiter encore le nombre de places aux différents concours.

Cependant on aurait tort d’oublier les Lycées des Métiers dont la mise en place avance doucement - sournoisement ? - mais sûrement. Lancé par Allègre, poursuivi par Lang et Mélenchon, le Lycée des Métiers n’a évidemment pas été remis en cause par Ferry et Fillon, une aubaine ! Cette nouvelle structure prévoit notamment le regroupement des formations initiales, continue et apprentissage par « pôle de compétences » sur un même lieu. Nous avons toujours dénoncé ce lycée du « XXIème siècle », à notre sens, il y a une confusion volontaire et totale des statuts des personnels (titulaires, formateurs, précaires) et du public (élèves sous statut scolaire, adultes en formation continue et apprentis). Mais dans le cadre d’un développement de l’apprentissage, encouragé par l’Etat, les Régions et les CCI à coup de campagnes publicitaires extrêmement onéreuses, le LDM apparaît comme une solution idéale pour résoudre les problèmes d’ajustement et de flexibilité de la main d’œuvre.

Ajoutons encore le fameux Bac pro en 3 ans (au lieu de 4 actuellement) lancé par la très puissante Union des Industries Minières et Métallurgiques (UIMM), pressée de pouvoir mettre au travail une main d’œuvre docile. Est-il utile de préciser que cette initiative fut reprise avidement par le ministre délégué à l’Enseignement professionnel de l’époque, Jean-Luc Mélenchon ? Ces Bac pro en 3 ans se sont donc généralisés avec les tours de passe-passe indispensables au niveau des formations et des enseignements et avec la bénédiction des autorités puisque au passage le ministère va gagner une année d’enseignement et donc économiser les moyens qui vont avec.

Dans un article du Monde Initiatives d’avril 2004, on apprend que l’Inspection Générale des Sciences et Techniques Industrielles (IGSTI) préconise une « pause »dans le développement de cette expérimentation de Bac pro en 3 ans. Pourquoi ?

D’abord « le risque de dévalorisation du BEP », en particulier pour les élèves qui ne pourront pas poursuivre leurs études au-delà de ce niveau de formation : seulement 38 % des élèves de BEP poursuivent leur scolarité vers un Bac pro. Or l’instauration de ce nouveau diplôme va entraîner la disparition d’une partie des BEP pour éviter le double emploi : c’est à terme le Bac pro ou rien. Ainsi, dans un document de l’inspection de l’Académie de Clermont-Ferrand à destination des personnels enseignants, il est précisé pour le point « programme » la chose suivante : « Ils [les programmes] restent, pour le moment, inchangés en BEP et baccalauréat professionnel. Pour les classes de baccalauréat professionnel en trois ans, aucun programme spécifique n’a été défini. Il s’agit, en effet, d’expérimentations et chaque enseignant construit librement sa progression sur les trois années en veillant, bien évidemment, à traiter l’ensemble des questions aux programmes de classes de baccalauréat professionnel en deux ans puisque l’examen terminal reste identique. (...) Il n’y a aucune obligation à aborder les programmes de BEP en première année baccalauréat /trois ans puisque cette formation n’a pas pour objectif de préparer les élèves aux épreuves de BEP ; s’ils décident de se présenter à cet examen, ils le font en candidat libre ».

Ensuite parce que le bac en 3 ans risque « d’assécher les filières technologiques », et force est de constater que dans bien des établissements celles-ci ont beaucoup de mal à recruter. Enfin parce que les poursuites d’études de Bac pro 3 ans vers les BTS sont plus difficiles par manque de connaissances générales suffisantes.

En un mot, l’IGSTI fait des constats que Sud éducation avait été le premier à dénoncer : on veut faire du profit immédiat avec les seuls élèves capable de réussir en 3 ans, là où la grande majorité des élèves de LP s’en tire convenablement en 4 ans. Dès lors tant pis pour les perdants : on leur trouvera bien des missions d’intérim ou il leur restera la solution du RMA sous payé. Cela ressemble à une version remaniée de « l’égalité des chances »...

Cette prétendue « pause » ne doit pas faire illusion : les Lycées Professionnels sont appelés à disparaître au profit des Lycées des Métiers. Les économies budgétaires espérées justifient le remaniement des cartes scolaires de formation au bénéfice des bassins d’emplois locaux et au détriment des choix des élèves, la persistance des inégalités pour le droit à l’accès aux savoirs pour tous et la dégradation des conditions de travail pour les personnels.

Sud éducation continuera à s’opposer aux soi-disant « réformes » pour promouvoir notamment l’égalité des droits en lieu et place de « l’égalité des chances », le développement des passerelles pour favoriser les poursuites d’études des élèves de Lycée Professionnel, le recrutement de personnels titulaires et l’arrêt du recrutement de personnels précaires, la titularisation de ces derniers, l’amélioration des conditions de travail et de rémunération des personnels.

Sud éducation Puy de Dôme et Sud éducation Sarthe

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