Manager et punir, ou la vie scolaire selon Fillon

jeudi 7 avril 2005
mis à jour vendredi 8 avril 2005

Texte publié par Sud Education Ariège dans son journal de mars 2005

Quand le directeur Vie scolaire sort par la porte...

Le projet de loi n’a pas repris toutes les annonces du rapport Thélot. Ainsi création d’un « directeur de la vie éducative » ne figure plus dans un tableau qui reste cependant très sombre...

Un CPE, choisi par le chef d’établissement parmi ses collègues, aurait été intégré à l’équipe de direction pour organiser « la vie scolaire » et les modalités de remplacement des professeurs absents...

Le texte finalement discuté (et adopté) avait été expurgé de ce vilain terme, de peur, sans doute, d’une réaction des CPE très sensibles à la menace pérenne d’intégrer la direction. Souvenir aussi chez nos gouvernants, des grandes luttes récentes contre la pseudo réduction du temps de travail et contre la liquidation des MI-SE. Mais...

...mais rentre par la fenêtre !

AMENDEMENT N° 131 présenté à l’assemblée par MM. MERVILLE et GEOFFROY

« La création du conseil pédagogique est une nécessité. Elle est largement saluée. Si la mission de ce conseil est essentiellement axée sur la coordination et la concertation entre les enseignants, elle ne peut pas ignorer la dimension éducative qui accompagne, au travers de l’activité du service de la vie scolaire, l’ensemble des actes pédagogiques et à ce titre participe à l’organisation générale de l’enseignement. Cette réalité ne pourra qu’être accrue par les nouvelles dispositions relatives au remplacement des enseignants qui reposera en grande partie sur le concours de la vie scolaire.
L’introduction, pour le brevet, d’une note de vie scolaire renforcera la nécessaire coordination des actions pédagogiques et éducatives. Il est donc indispensable que le conseiller principal d’éducation soit membre à part entière du conseil pédagogique. »

Par la grâce de ce texte bienveillant [1], nous voilà donc bombardés sous-officiers dans la garde rapprochée du principal ou du proviseur [2]. Sous le vernis de la « dimension éducative » se dissimulent mal les « nouvelles dispositions relatives au remplacement des enseignants » et la note sécuritaire dite de « Vie scolaire ».

On apprend aussi ces jours-ci, comme par hasard, que le directeur de la DPE entend « regarder les missions des CPE et d’y ajouter une dimension plus explicite en rapport avec l’équipe de direction ».

On pensera aussi aux « équipes de réussite éducatives », extension des « contrats éducatifs locaux », à usage de décentralisation mal dissimulée, , ou encore à la délégation d’attributions du conseil d’administration à la commission permanente [3]. Il est donc absolument nécessaire de répliquer. Et au plus vite !

Mais, dès à présent, la mise en place des Projets Vie Scolaire, directement importés du monde harmonieux de l’entreprise, nous aspire vers le gouffre sans fond de la « gestion des ressources humaines ». Le tout lié à la création des assistants d’éducation, dispositif qui constitue bien un véritable cheval de Troie de la privatisation.

Logique des « objectifs », des « résultats » qui génèrent des « moyens » [4] ...et des notations-évaluations » censées faire plier les fortes têtes, aussi soucieuses d’éduquer que peu enclines à jouer les managers de précaires...

Silence dans les rangs !

Mais sous les habits scintillants du marketing high-tech, Fillon tord aussi, sans ambiguïté, le métier de CPE dans le sens répressif le plus ranci.

Le « renforcement » de l’« autorité », de la hiérarchie et plus généralement, parlons clair, la mise en œuvre d’une politique de dressage des jeunes générations, sont à l’ordre du jour. Retour totalement démagogique à l’ « Ecole d’avant-hier »...

Citons le rapport annexé : « Le conseiller principal d’éducation (...) organise les fonctions de surveillance, de suivi de l’absentéisme, d’apprentissage de la civilité et du respect de la règle », point à la ligne !

Exit donc la « perspective éducative » mise en exergue par la circulaire de 82. Maintenant, ce sera surveiller et punir... On connaît la chanson et on voit très bien quel courant d’opinion nauséabond inspire ce bon Fillon. Ajoutons-y une bonne dose de délation, comme nous y invite la loi dite de « prévention de la délinquance », une collaboration loyale avec le « policier référent » et on aura une vision claire du métier futur : garder la chiourme [5]. Pourtant, dans ce métier, nombreux sont ceux ayant un faible pour Jean Valjean contre Javert... naïveté sans doute. Rompez !

Cet apprentissage de la « civilité », placé au même niveau que les disciplines définissant le fameux « socle commun », se conjugue, bien sûr, avec un renforcement de la hiérarchie. Ainsi, les chefs d’établissement dont on vante les « missions » dans le sens d’un accroissement de leur capacité d’action (de nuisance, donc) sur les personnels.

La mission première de l’école sera donc « de donner à chaque élève la conscience des valeurs de la République » [6]. C’est-à-dire pour reprendre le rapport Thélot, de faire apprendre aux élèves le respect des lois, de la ponctualité et des règles de vie commune. Fillon y ajoute « valeur du travail » et « mérite ».

En outre, en écho aux diagnostics alarmistes du rapport Thélot, l’autre grande priorité de Fillon est précisée dans un chapitre intitulé « la sécurité dans l’établissement ». La « sécurité » des élèves sera une « mission » essentielle face à la « violence »... Ces termes, dont le schématisme fallacieux a été dénoncé par toute une série de pédagogues et de sociologues critiques, sont livrés bruts de décoffrage. Educateurs, surtout, ne pensez pas !

C’est un peu fort de café de la part d’un gouvernement qui organise l’insécurité dans les établissements scolaires en diminuant toujours les moyens humains, en organisant l’augmentation de la charge de travail et la dégradation des conditions d’exercice. C’est bien dans l’air du temps ! Où sont donc passées les ordonnances de 1945 que résumait un magistrat : « lorsqu’un enfant vole un vélo, c’est à l’enfant qu’il faut s’intéresser et non au vélo.... »

La note de conduite au collège

«  A cet égard, le brevet inclut une note de vie scolaire qui correspond à l’assiduité, au respect du règlement intérieur et à l’investissement  [7] de l’élève dans la vie de l’établissement  ».

Certains établissements pratiquaient déjà un début d’évaluation de ce type avec la rubrique « vie scolaire » présente dans les bulletins. Avec le projet Fillon, on monte d’un cran et on change de registre : il s’agit là d’une note qui sera de la responsabilité du CPE alors qu’il bénéficiait jusque là d’une position particulière du fait de sa non-participation à la notation. Pour l’élève, c’est très clair : la note sera la réponse de l’institution à sa soumission, ou non, à la hiérarchie et aux normes scolaires. Note de « tête à claque » ? C’est, en plus, une régression majeure du droit des élèves à avoir une parole critique.

SUD-éducation Ariège appelle, d’ores et déjà, à la boycotter.

Comment se reconnaître dans de pareils desseins, comment ne pas les combattre ? Comment ne pas entrer en résistance ?

SUD-éducation Ariège


[1On y reconnaîtra la patte du lobby des chefs d’établissements. On visitera aussi avec profit, les sites de certaines de leurs officines, I.D. et SNPDEN-UNSA... http://www.ietd.com/actualite/ID14.pdf, http://www.snpden.org/3_revue/

[2Ce « conseil » dont les membres sont désignés par le chef d’établissement doit « favoriser la concertation entre les professeurs pour coordonner les enseignements et les méthodes pédagogiques, la notation et les activités scolaires. Il prépare la partie pédagogique du projet d’établissement. » Il faut vous faire un dessin ?

[3Et bonjour les horaires...adieu 35 heures !

[4Ou plutôt les coupes claires dans les effectifs et les moyens... C’est la logique de la Loi organique organisant la loi de finance (LOLF).

[5On lira le terrifiant et récent rapport Bénisti... et on comprendra combien cette idéologie va bien plus loin que la « réac’academy », lorgnant plutôt, hélas, vers les thèses putrides de l’extrême-droite.

[6Lesquelles ? Ce n’est jamais précisé... Egalité et fraternité sont, semble-t-il, tombées à l’eau. Qui est-ce qui reste ? Liberté d’entreprendre ?

[7Les élèves « s’investiront » donc dans la vie collective parce que ça rapportera ! Bel exemple de la « citoyenneté » libérale... tout s’achète, rien n’est gratuit... Terminé, les satisfactions éthiques, liquidé le dévouement au collectif ! On vendra du concret, du monnayable, de la marchandise, enfin !. Quelle hypocrisie !

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