Mise en place des Environnements Numériques de Travail (ENT)

lundi 26 octobre 2009

Outre les applications pédagogiques que chacun peut y voir, ce nouvel outil soulève des inquiétudes concrètes de tous ordres.

Objectifs officiels

Harmoniser et développer des pratiques pédagogiques grâce à l’usage des TICE, favoriser les échanges au sein de la communauté scolaire.

Principes

Un portail internet, pour partie accessible à tous (site public), pour partie accessible aux usagers identifiés.

Les pages accessibles sont différentes selon le statut de l’usager (élèves, parents, personnels, professeurs, inspecteurs...).

Des rubriques multiples : cahier de texte, absences, mise en ligne de documents, échange d’informations...

Plus d’échanges, d’accord et moins de quoi ?

La communication prof-élève sort de la classe ! Mais les protagonistes peuvent-ils se rendre encore plus disponibles ? La frontière entre horaire de travail et vie privée devient encore plus floue, la charge de travail s’accroît.

Le dialogue constant

La proximité, induite par l’ENT, avec les élèves et leurs parents présente probablement des avantages pratiques comme par exemple le suivi des absences, la vigilance quant aux difficultés d’un élève. Ce dialogue sans filtre, tel que le carnet de liaison ou le personnel de direction ou de vie scolaire, doit être envisagé dans la charte d’utilisation.

Le temps de réponse

Quelle sera la réaction des différents utilisateurs lorsque l’échange ne pourra être instantané ? En effet, on peut envisager une certaine frustration voire un risque de dysfonctionnement lors de l’absence d’une réponse rapide alors que l’outil le permet. Le professeur doit-il tel un personnel hospitalier d’astreinte surveiller sa messagerie 24h/24 ? Et l’élève ?

L’impact de la réponse

Le développement des échanges par voie électronique a modifié la perception de l’écrit. On écrit souvent ce qu’on aurait dit auparavant lors d’une conversation. Le fait que l’échange ait lieu par écrit le rend a priori moins dérangeant. Mais cet écrit, si proche de l’oral, si rapide justement, doit tout de même être perçu en tant que tel car c’est ainsi qu’il arrive au domicile du destinataire. Au final, le destinataire est seul face à l’écrit, sans réelle possibilité de réaction, d’argumentation. Mesure-t-on tous les risques que cela représente ?

Un moyen de contrôle supplémentaire

Des données sont en ligne sur l’ENT. Qui peut y accéder ? Chefs d’établissements, inspecteurs, collègues enseignants, collègues non enseignants, formateurs divers, parents d’élève, journalistes...
Là, l’échange n’a plus lieu entre professeur et inspecteur, entre enfants et parents... Seul reste l’écrit, le document, la production de l’élève, l’ENT n’est pas un espace de liberté, mais une zone surveillée !

La protection des utilisateurs

La multitude d’informations stockées sur chaque utilisateur lors de sa présence sur l’ENT constitue une base de données dont l’utilisation peut s’avérer néfaste. Où et par qui ces informations seront-elles stockées ? Qui pourra y accéder ?

Nous voulons des réponses claires, pas de langue de bois et immédiatement l’abandon des bases existantes telles que Base-élèves.

Nos exigences sur la mise en place des ENT

En dehors des établissements, d’importantes disparités territoriales

Lors de chaque session d’information ou de formation sur l’ENT, la question est soulevée. Quel est le taux réel d’équipement des élèves, y a-t-il de grosses disparités sur le territoire ? À chaque fois la réponse est rapide : peu d’élèves sont exclus de cet accès ; 10%, 20%, est-ce vraiment peu ? On peut remettre en cause la réalité de l’accès à ces ressources pour les utilisateurs : est-ce réellement à domicile ? Combien d’utilisateurs par poste ? Et même au sein des établissements : y a-t-il réellement assez de postes en accès libre ?

Aucune réponse. L’institution privilégie l’effet d’annonce, « l’Éducation nationale entre dans l’ère numérique », cela fait mieux que « 10 % des élèves exclus des ressources pédagogiques en ligne ».

Considérer que l’ENT joue un rôle pédagogique important et laisser des élèves en dehors de son utilisation relève d’une discrimination sociale inacceptable.

Côté enseignants, tout le monde ou presque s’équipe et fonctionne à ses frais, en cela l’Éducation Nationale est unique en son genre ! Bravo pour votre conscience professionnelle ! Pour vous remercier, vous pourrez en faire encore plus chez vous et dans vos établissements !

Dans les établissements, la structure, les postes

Derrière l’effet d’annonce, aucune mesure satisfaisante n’est envisagée.
Tout repose sur des bricolages administratifs, parfois illégaux, et l’exploitation de personnels précaires, toujours en nombre insuffisant.

Résultat, la liste des interventions demandées pour problème technique explose, des examens ont dû être repoussés faute de réseau informatique en état de marche, de nombreuses interventions reposent sur le bénévolat de collègues...

Un fonctionnement irréprochable des réseaux informatiques est pourtant indispensable.

Qu’est-ce qui permet cela ?

Des recrutements sérieux, sous statut public, pas de contrats précaires, avec des rémunérations à la hauteur de la tâche.

Quel coût de mise en œuvre ?

Les sommes engagées pour la création du logiciel, pour son suivi chaque année ainsi que pour la gestion des comptes utilisateur représentent plusieurs millions d’euros simplement pour une Académie. Elles bénéficient à l’entreprise qui a emporté le marché sans examen d’une solution à base de logiciels libres, pourtant envisageable. Malgré cela, les premiers utilisateurs s’accordent à dire que ce produit ne respecte pas pleinement le cahier des charges imposé et présente de nombreux dysfonctionnements.

Une solution libre, développée par et pour les collectivités, aurait logiquement permis de créer un produit plus adapté.

Enfin l’aspect pédagogique

L’intégration des TICE au sein des enseignements propres à chaque matière nécessite de prendre en compte la particularité de chacune à travers leur utilisation.

Cela ne peut se faire sans :

Une décharge horaire pour faire le lien entre domaine technique et pédagogique. On pourrait ainsi envisager, lorsque c’est possible, qu’un collègue puisse au sein de l’équipe disciplinaire s’investir dans ce domaine et permette à la fois l’utilisation des TICE par les autres et éventuellement des dédoublements lorsque les classes sont trop nombreuses.

À défaut, des effectifs de classe permettant un travail intégrant les TICE correctement encadré, des dédoublements sont nécessaires pour pouvoir suivre le travail de chacun.

On peut également redouter que la présence de cours sur l’ENT ne donne des arguments pour ouvrir la voie aux remplacements au pied levé, voire à des surveillances de séances par des personnels non nécessairement qualifiés.

À l’inverse, on doit évidemment se préserver du tout ENT. Le groupe classe doit continuer à fonctionner pour ce qu’il apporte d’émulation, d’échanges au sein d’une progression collective. L’acte pédagogique ne saurait se restreindre à l’utilisation des TICE. Les inspections doivent jouer leur rôle, s’investir sur le sujet et formuler des propositions, des objectifs d’apprentissage, des recommandations horaires qui soient en lien avec les moyens mis en œuvre.

Sud éducation Tarn

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