Ni sanctuaire, ni forteresse... des travailleurs solidaires !

lundi 13 février 2006
mis à jour jeudi 13 avril 2006

L’école est souvent présentée comme un monde à part, soit une “forteresse enseignante” qu’il s’agit de stigmatiser, soit un sanctuaire qu’il faudrait isoler des remous extérieurs. Elle est pourtant totalement partie prenante de la vie sociale et des rapports de forces qui la traversent.

Là où certains ne veulent voir que “les vacances des profs”, il y a aussi ces milliers de personnels, Atoss, Itarf, Atsem, qui pour certains commencent leur carrière aux alentours de 1100 euros mensuels nets pour la finir quarante ans plus tard 1300 euros à peine. Et lorsqu’une manifestation pour les salaires dans la Fonction Publique est organisée, le 2 février, les personnels de l’Education nationale y ont leur place légitime, leur place nécessaire aux côtés de tous les autres travailleurs à qui l’on propose royalement 0,5% d’augmentation quand la Bourse progresse de presque 11% dans le même temps.

Là où certains ne veulent voir que des “fonctionnaires” bien à l’abri de leur statut, il y a la précarité des dizaines de milliers de personnels, enseignants comme non-enseignants, employés pour des contrats à durée très limitée, pour des vacations de quelques heures, et renvoyés dès qu’on n’a plus besoin d’eux. Celles et ceux qui ont passé une grande partie de cet hiver à camper devant le rectorat de Créteil auraient mérité plus que quelques soutiens ponctuels, tant ils sont emblématiques de l’ensemble des salariés livrés au bon vouloir patronal (que ce patron soit l’Etat ou un entrepreneur privé).

Une campagne insistante présente depuis plusieurs années l’école comme une institution sclérosée et où tout irait mal. Méthode connue : qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. La faute est imputée tantôt à l’énormité d’un mammouth qu’il faudrait dégraisser, tantôt à l’incurie des parents, tantôt au laxisme des enseignants, tantôt à telle méthode de lecture... cela permet opportunément de masquer les vraies causes de la situation de l’école. Ce n’est en effet ni par incompétence ni par hasard que le ministère ampute encore le second degré de 2083 postes cette année, qu’une académie comme celle de Lille perd, tous niveaux confondus, 1523 postes en 2 ans, qu’on vide la Martinique (- 180 postes en 2 ans) pour donner si peu à la Guadeloupe (+ 11 postes). C’est qu’il applique à l’école le seul véritable principe libéral, le même qui vide les régions de leurs services publics et de leurs entreprises : « toujours plus de profit pour toujours moins de solidarités. » Chaque poste que nous laissons supprimer est donc une défaite pour tous.

Là où d’aucuns aimeraient ne voir que des « violences scolaires », nous qui croyons à l’éducabilité des jeunes, nous voyons que les personnels d’éducation -Maîtres d’Internat, Surveillants d’Externat- ont été éliminés puis remplacés par quelques emplois précaires et enfin par... des caméras de surveillance. à l’école comme ailleurs, les politiques sécuritaires subordonnent les besoins humains à des intérêts économiques prétendument supérieurs.

Là où d’aucuns parlent de “lutte contre l’échec scolaire”, nous voyons qu’un gouvernement réinvente pour les enfants des catégories populaires l’exploitation patronale dès 14 ans et le travail de nuit à partir de 15 ans. Et nous ne pouvons pas l’admettre.

Et quand, après avoir inventé une nouvelle forme de précarité avec le Contrat Nouvelle Embauche, le gouvernement impose en urgence le Contrat Première Embauche aux jeunes, avec ses deux années à l’essai, sa possibilité de licenciement sans justification et ses “allègements de charges” pour les patrons, si nous sommes en grève et dans la rue, ce n’est pas pour “soutenir” les étudiants ou les lycéens. Mais c’est parce que nous savons que le gouvernement ne peut généraliser la précarité sans aussi y préparer la jeunesse, ce qui exige de réformer le système scolaire pour l’adapter à « la nouvelle réalité du monde du travail ».

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Nous refusons cette régression éducative et son cortège de sélections précoces, de dressage disciplinaire, de contenus appauvris, de moyens diminués et de conditions de travail toujours plus pénibles. C’est pourquoi nous faisons nécessairement partie de tous les salariés, futurs, actuels ou anciens, qui refusent la précarité et veulent défendre le droit du travail et le droit au travail.

Oui, décidément, nous avons toute notre place dans les luttes aux côtés des autres travailleurs, en particulier quand ils sont privés d’emploi ou de papiers, et ils ont toute leur place à nos côtés. C’est cette communauté de situation, cette solidarité de classe qui fonde notre présence au sein de l’Union Solidaires et notre refus de l’isolement corporatiste. Si nous combattons pour une autre école, c’est aussi parce que nous avons tous besoin d’une autre société. Il nous appartient, par nos luttes, en organisant la résistance, ici, partout, maintenant, de la construire. Ensemble.

Saint-Denis, le 08 février 2006

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