Non à la constitution de filières au sein des Lycées Professionnels ! Non aux sorties précoces du système éducatif !

 mars 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

La réforme de l’enseignement professionnel a mobilisé l’an dernier les collègues, qui y ont vu à juste titre l’introduction de l’annualisation et de la flexibilisation pour les personnels. Mais un autre aspect est passé largement inaperçu, qui mérite pourtant qu’on l’examine et qu’on le dénonce.

Les Lycées Professionnels (LP) constituaient jusqu’à présent une filière dans le système scolaire, largement étanche malgré les "classes passerelles" : un infime pourcentage des élèves de LP intègrent les filières générales ou technologiques, notamment à travers les 1ères d’adaptation. Et, malgré la création des Baccalauréats Professionnels, les LP étaient souvent sentis comme des établissements de relégation pour élèves en difficulté. La baisse sensible de fréquentation (moins 30 000 élèves) enregistrée à la rentrée 2000, nettement plus forte que celle des autres types de lycées, en témoigne à sa manière. Du moins tous les élèves de LP suivaient-ils le même parcours à travers les trois cycles professionnels successifs : 4ème et 3ème technologiques (ces classes pouvant aussi être implantées en collège), deux années de préparation au BEP, deux années de préparation au Baccalauréat Professionnel.

Des filières en LP...

La Charte de l’Enseignement Professionnel Intégré imposée par Allègre et conservée par Lang prévoyait de bouleverser l’édifice. C’est chose faite avec l’annonce le 16 février par Mélenchon, le ministre délégué à l’enseignement professionnel, de la réforme des diplômes, applicable dès la rentrée 2002.

La classification des métiers fait que subsistaient pour certains métiers, à la place des BEP ou parallèlement à ceux-ci, des CAP préparés également en deux ans, dans les mêmes classes, avec un enseignement général identique, seul différant le barème des épreuves d’examen : le titulaire d’un BEP devenait d’ailleurs ipso facto titulaire du CAP correspondant. Prétextant que le CAP est destiné à une insertion directe dans la vie active alors que la majorité des titulaires d’un BEP continuent leurs études en vue du Bac Pro, le ministère a décidé de reconstituer deux filières distinctes : une filière courte de préparation au CAP en un, deux ou trois ans (sic !), en large partenariat avec l’entreprise à travers des stages longs notamment, voire une généralisation de l’alternance, sanctionnée par le contrôle continu et débouchant sur la vie active ; et une filière longue de préparation au BEP conçue comme une sorte de propédeutique au Bac Pro, qui ne devrait pas, au moins dans l’immédiat, beaucoup différer du système actuel.

Il s’agit d’un grave retour en arrière. Le CAP est par définition destiné à préparer un métier précis, et on peut prévoir que l’enseignement général y sera "allégé" (Mélenchon dit "rénové"...). La réorganisation programmée de tous les CAP en Unités Capitalisables, annoncée comme devant permettre aux salariés de valider progressivement leurs acquis professionnels, autorisera en outre, de fait, des sorties vers le monde du travail avec un diplôme incomplet. Le BEP se veut plus ouvert, plus généraliste, préparant à une famille de métiers, et il est prévu d’augmenter les horaires de cours, accentuant encore le clivage. C’est la distinction qui prévalait avant l’introduction du collège dit "unique" et la transformation des CET en Lycées d’Enseignement Professionnel : le CAP se préparait en trois ans à l’issue de la classe de 5ème, le BEP en deux ans après la 3ème comme actuellement. La disparition des Classes Préparatoires au CAP et l’assimilation de celui-ci, au moins pour leur préparation commune dans le cadre scolaire, au BEP, avait constitué de ce point de vue un progrès notable contre l’éviction précoce des élèves dits "en difficulté scolaire".

... et au-delà

Mais cette filiarisation des LP, par séparation du cursus CAP et du cursus BEP-Bac Pro, n’est qu’une étape dans ce qui se met en place. En effet, la disparition du palier d’orientation en fin de 5ème, résultant de la réforme Bayrou des collèges et du découpage de ceux-ci en trois cycles (cycle d’approfondissement en 6ème, cycle central en 5ème- 4ème, cycle d’orientation en 3ème), interdit de prolonger l’existence des classes de 4ème Technologique. La 3ème Technologique, ainsi désormais isolée, perd sa légitimité. On voit alors se profiler, en liaison avec la réforme annoncée, et clairement réclamée par Mélenchon, du collège "unique", un système à deux filières dès l’issue de la classe de 4ème des collèges [1]
 : une filière courte, débouchant sur la vie active, comprenant la 3ème Technologique et la préparation au CAP, qui pourrait alors être réduite à une année ; une filière longue comprenant, à l’issue de la 3ème, les deux années de BEP et les deux années de Bac Pro. Ce serait, repoussé en fin de 4ème au lieu de l’ancienne fin de 5ème, un retour au système antérieur. Ce serait aussi, et ce n’est pas par hasard, conforme aux orientations patronales et gouvernementales, qui prévoyaient dès 1993, avec la loi quinquennale sur l’emploi, des sorties précoces du système scolaire de jeunes envoyés le plus directement possible sur le marché du travail. Pour le plus grand profit des entreprises.

Des projets plein les cartons...

Mais il y a plus. D’une part, le baccalauréat professionnel en quatre ans après la troisième, c’est long et... coûteux pour l’État. D’autre part, la réforme des lycées généraux et technologiques conduit à un certain nombre de distorsions dans le système des cycles actuels ; en particulier, le maintien de l’épreuve anticipée de français en première, l’apparition d’épreuves anticipées dans les disciplines scientifiques, tendent à constituer dans les lycées généraux et technologiques un bloc 2nde-1ère, qui annihile de fait le maintien des premières d’adaptation. Aussi le ministère travaille en ce moment même, avec l’alibi d’aligner les lycées professionnels sur les lycées généraux et technologiques (histoire de "revaloriser" l’enseignement professionnel), sur la mise en place de l’hypothèse suivante : après la troisième, les élèves accompliraient dans tous les cas trois ans d’études avant un baccalauréat, qu’il soit général, technologique ou professionnel ; la préparation au baccalauréat professionnel comprendrait donc, comme pour les autres baccalauréats, une année de seconde, une année de première et une de terminale, avec possibilité de passer le BEP à la fin de la première (hypothèse où le "cycle de détermination" en seconde est maintenu) ou de la deuxième année (hypothèse où un "bloc" seconde-première est constitué) [2].

Dans tous les cas, quelle que soit l’hypothèse retenue, on crée des filières au sein du système professionnel et on oriente dès la 4ème vers la poursuite d’études longues ou vers la préparation à la vie active. C’est cela la "modernisation de l’école".


[1D’après Le Monde du 7 mars, Mélenchon a déclaré le 5 mars à Toulouse qu’il refusait de "recommencer le débat sans fin sur la question de savoir à partir de quelle classe commence l’orientation".

[2Il existe même dans quelques cerveaux féconds une autre hypothèse, pas encore officielle mais plus "ambitieuse", qui prend, elle, pour prétexte l’unification du système des cycles, actuellement un peu disparates, et qui comprendraient désormais tous deux années. Un cycle d’approfondissement : CM2-6ème, avec des professeurs polyvalents ; un cycle central de collège : 5ème - 4ème ; un cycle dédoublé en deux filières parallèles : de détermination 3ème-2nde en lycée général et technologique, ou de préparation au CAP : 3ème Techno - 2nde CAP ; enfin un cycle "baccalauréat" : 1ère - Term ou 1ère Bac pro -Term bac pro.

Navigation