Non à la croisade impériale

 décembre 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

L’appel signé par 113 intellectuels (dont P. Vidal-Naquet, J.-Y. Rochex, Joshua, F. Chesnais, la Fondation Copernic, etc.) que nous reproduisons ci-dessous, s’il ne manque pas d’ambiguïtés et de maladresses, a au moins le mérite d’être plus clair et tranché que tout ce qui a été publié depuis le 11 septembre. Le Monde du 22 octobre n’en a cité que quelques lignes. Cet appel aura pourtant eu un autre mérite : salué par les hurlements hystériques des "intellectuels" en rangers et battle-dress (au rang desquels il faut citer l’admirable "anticonformiste" professionnel Delfeil de Ton dans Le Nouvel Observateur), il a permis de faire sortir le loup du bois. Les va-t’en-guerre se sont déchaînés. C’est une bonne chose...

Croisade contre Jihad : la nouvelle guerre sainte a commencé. Cette guerre n’est pas la nôtre. Au nom du droit et de la morale du plus fort, l’armada occidentale administre sa justice céleste. Sous prétexte de punir les coupables, cette riposte aux crimes du 11 septembre met le doigt dans l’engrenage qu’elle prétend vouloir éviter et risque de précipiter la catastrophe humanitaire. Dans son discours du 20 septembre, Georges Bush junior a promis une guerre secrète contre le terrorisme, une guerre de l’ombre où tous les coups seraient permis. Il décrète ainsi un état d’exception d’autant plus illimité que chaque bombe larguée contribue à fabriquer en série les futurs Ben Laden, tout comme la terreur d’Etat israélienne nourrit le fanatisme religieux au détriment de la résistance laïque.

Une fois de plus, le gouvernement et le président de la république emboîtent le pas aux légions impériales. Une fois de plus, en prétextant qu’il ne s’agit pas d’une guerre mais d’une descente de police, ils se soustraient à la Constitution et refusent le vote du Parlement qui obligerait les députés de prendre individuellement et publiquement leurs responsabilités. Ni croisade impériale, ni terreur talibane ! Nous refusons le piège d’une logique binaire ("qui n’est pas avec moi est contre moi !") du moindre mal qui s’avère souvent le plus court chemin vers le pire. La condamnation sans ambiguïté des crimes du 11 septembre ne justifie ni l’appel au lynchage ni de la loi du talion. La lutte contre le régime des talibans ne passe pas par les bombardements de terreur, mais par le soutien aux droits des femmes et à la résistance des peuples afghans eux-mêmes contre une dictature armée par ceux qui utilisèrent cyniquement les Noriega et les Pol Pot, avant de couver Ben Laden, alors que les puissances occidentales faisaient tout pour écraser les mouvements démocratiques et laïques dans les pays arabes. Cette lutte passe aussi par une aide humanitaire indépendante des Etats et de leur militarisme caritatif.

Pour déjouer le piège tendu des logiques de guerre et couper l’herbe sous le pied du fanatisme religieux, il est urgent de lever l’embargo sur l’Irak, d’exiger d’Israël la restitution sans condition des territoires occupés en 1967, de reconnaître immédiatement un Etat palestinien souverain. Conséquences de la contre-réforme libérale, la crise économique, l’injustice sociale et la misère ne datent pas du 11 septembre, même si nombre d’entreprises en tirent prétexte pour accélérer leurs plans anti-sociaux et si les gouvernements en profitent pour renforcer l’Etat carcéral et pénal au détriment de l’Etat social. Pour s’attaquer aux racines de la violence, l’heure, après Seattle et Gênes, est à l’organisation des solidarités entre mouvements sociaux du Nord et du Sud, à l’alliance des mouvements anti-guerre et des résistances à la mondialisation marchande. C’est la voie d’un nouvel internationalisme, seul à même de faire échec à l’engrenage mortel des guerres saintes et des croisades séculières.

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