Nous ne laisserons pas expulser nos élèves

Déclaration d’ouverture du Congrès de Clermont-Ferrand
mardi 16 mai 2006

Clermont-Ferrand, le 9 mai 2006

A l’heure où le projet de loi réformant le Code de l’Entrée et du Séjour des Etrangers et Demandeurs d’Asile (CESEDA) du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, est discuté au Parlement, nous ouvrons le quatrième congrès de la Fédération Sud-Education en réaffirmant notre engagement dans la lutte aux côtés des sans papiers.

En effet, aujourd’hui dans notre pays, des enfants, des adolescents, de jeunes majeurs - nos élèves - sont traqués jusque dans les écoles. Ils sont arrachés de leur classe, séparés de leurs camarades, pour être enfermés avec leurs familles dans des centres de rétention que le rapport Mermaz qualifiait déjà en 2001 d’ « horreurs de la République », ce que vient de confirmer Gil Roblès, le commissaire européen aux droits de l’Homme. Puis ils sont expulsés vers des pays où leur avenir est menacé.
Des mineurs isolés sont chassés du territoire français dès leur majorité.

Des hommes et des femmes sont menottés, bâillonnés, ligotés sur un siège d’avion.

Tous ont fui la misère, la guerre, la violence... Ils se sont réfugiés chez nous pour manger à leur faim, vivre dans des conditions décentes et dans la sérénité.

Or, des lois de circonstance, des circulaires et des pratiques administratives organisent la traque des étrangers, leur rejet et leur expulsion du territoire français. Ils sont ainsi contraints à la clandestinité et à la misère qu’elle engendre. Malades, ils n’ont pas accès aux soins. Travailleurs illégaux, ils sont dans une totale dépendance vis-à-vis de leurs patrons et sont confrontés à la précarité, la surexploitation et le non-droit.
Cette politique est indigne des principes qui fondent une démocratie.

Devant l’ampleur des protestations dans les établissements scolaires, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a annoncé qu’il n’y aurait aucune expulsion de familles avec un enfant scolarisé, en cours d’année scolaire. Outre qu’une fois de plus l’annonce était mensongère, elle programmait des expulsions massives pour les mois de juin, juillet et août. Nous refusons que certains élèves ne soient pas dans leur classe à la rentrée de septembre. Nous ne laisserons pas le gouvernement et ses représentants locaux, les préfets, accomplir leur sale besogne, ni pendant l’année scolaire ni pendant l’été. C’est pourquoi, avec l’approche des vacances, il est urgent que nous renforcions les mobilisations existantes. Afin de préparer et d’ organiser la lutte, il est nécessaire de rejoindre les collectifs et les associations de défense des étrangers et particulièrement le Réseau Education Sans Frontières dont est membre la fédération Sud-Education et qui existe dans de nombreuses villes en France. RESF, c’est aujourd’hui plus de 120 associations (syndicats et personnels de l’Education Nationale, parents d’élèves, défenseurs des droits de l’Homme...) dont les militants se battent pour la régularisation des jeunes scolarisés et de leurs familles, empêchent les expulsions, hébergent ou cachent des gens en détresse et en danger ...

Nous appelons à signer massivement la pétition de RESF : "Nous les prenons sous notre protection" dans laquelle les signataires déclarent : « Nous ne laisserons pas commettre ces infamies en notre nom. Chacun avec les moyens qui sont les nôtres, nous leur apporterons notre soutien, notre parrainage, notre protection. S’ils nous demandent asile, nous ne leur fermerons pas notre porte, nous les hébergerons et les nourrirons ; nous ne les dénoncerons pas à la police. »

Nous nous engageons à lutter collectivement pour la régularisation de tous les sans papiers et nous exigeons :
- la régularisation de tous par une carte de dix ans
- la régularisation automatique et définitive des mineurs isolés dès leur majorité
- l’arrêt immédiat des expulsions
- la fermeture des centres de rétention
- l’abolition de la double peine
- un véritable droit d’asile.

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