Nous sommes irremplaçables

Obligation de remplacement
lundi 17 octobre 2005
mis à jour samedi 21 janvier 2006

Le remplacement en interne des absences de moins de quinze jours ne tombe pas du ciel. Officiellement justifié par la nécessité d’assurer la continuité du service public, il résulte en réalité d’un choix politique de longue date : démanteler le système de remplacement. Mais pour quoi faire ?

Souvenons-nous. Jusqu’en 1997, il existait deux statuts de remplaçant : les Titulaires Académiques (TA), principalement affectés aux remplacements à l’année, et les Titulaires Remplaçants (TR) qui prenaient en charge les remplacements de courte ou moyenne durée. Déjà, une propagande efficace avait laissé croire que les TR se tournaient les pouces à longueur d’année dans l’attente d’improbables affectations. C’est donc sans grandes protestations qu’Allègre a fusionné les deux statuts en un seul, celui de Titulaire sur Zone de Remplacement (TZR). Ces derniers ont surtout été affectés à des remplacements de longue durée, les remplacements courts étant le plus souvent dévolus à des enseignants précaires. Cette politique a rapidement démontré ses limites puisque, même par ces temps de chômage de masse, il n’est pas si facile de trouver un vacataire disponible dans les 48 heures. En conséquence, seulement 15% des absences courtes seraient remplacées jusqu’à présent. Rien de dramatique pour autant : les absences de moins de quinze jours ne représentent que 2,5% des heures d’enseignement, ce qui est largement insuffisant pour rompre la continuité du service public. D’autant plus que, selon la jurisprudence administrative, cette rupture doit se poursuivre « pendant une période appréciable » pour être avérée... c’est-à-dire bien plus que quelques jours.

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Le motif invoqué par le ministère pour nous imposer les remplacements en interne est donc l’arbre qui cache la forêt. Car cette régression, de portée apparemment limitée, ouvre en fait la porte à bien d’autres. D’abord, nous serons dès janvier à l’entière disposition de nos directions durant toute la période d’ouverture de nos établissements. Une flexibilité accompagnée d’une augmentation du temps de travail bien loin d’être symbolique, puisqu’elle pourra porter sur 60 heures par an et 5 heures par semaine. Impossible dans ces conditions d’avoir une activité régulière entre 8h et 18h, à moins de s’être attiré les faveurs de son chef d’établissement. Et c’est bien le second danger de cette loi : donner à ces derniers un moyen de pression assez puissant pour faire passer sans heurts les prochains trains de réformes. D’autant plus que l’obligation de remplacer les collègues pourrait à l’occasion s’avérer un redoutable moyen pour briser les grèves. On le voit, le remplacement en interne commencera par nous diviser. Il nous fera aussi culpabiliser de nos absences. En effet, comment nous former, nous préparer à un examen ou à un concours, prendre un congé paternité ou encore nous absenter pour raison syndicale en sachant les sacrifices personnels consentis par les collègues qui devront prendre notre relais ? Plus que sur le remplacement effectif, difficile à mettre concrètement en œuvre, c’est sur cette autolimitation que compte Robien pour réduire l’absentéisme de courte durée.

Sa réforme est donc principalement conçue pour que nous renoncions de nous-mêmes à nos propres droits, ainsi qu’à notre dignité professionnelle. Car la transmission du savoir s’inscrit dans une relation pédagogique construite dans la durée. C’est justement parce que l’apprentissage n’est pas mécanique que les enseignants sont indispensables... et qu’ils ne sont pas interchangeables au pied levé. Au lieu de réfléchir à ce qu’il serait vraiment souhaitable de faire faire aux élèves en notre absence, le ministère a encore une fois adopté une approche strictement comptable : assurer le nombre légal d’heures de cours en mettant un adulte devant chaque classe, sans se soucier qu’on ne puisse rien y apprendre. Le contribuable qui croira en avoir pour son argent ne sera pas le seul dupe. Les collègues qui verront dans ces heures supplémentaires bonifiées un moyen d’arrondir sans effort leurs fins de mois ne feront pas non plus une bonne affaire. Car leur consentement à la dévalorisation de nos compétences encouragera tous les réformateurs qui poussent à la multiplication de nos tâches et à l’allongement de notre temps de présence en établissement.

Pour toutes ces raisons, Sud éducation appelle à ne pas collaborer aux protocoles de remplacement, que le ministère refuse d’ailleurs de soumettre au vote des Conseils d’administration. Laissons les directions assumer des décisions qu’elles savent par avance contraire à nos vœux comme à ceux des parents d’élèves responsables.
Sud éducation appelle donc les enseignants à s’organiser dans leurs établissements en refusant collectivement les remplacements de courte durée, et en présentant une motion de rejet des protocoles à leurs Conseils d’administration. Pour vous y aider, une pétition à faire circuler dans vos établissements est disponible en ligne sur notre site.

Sud éducation Loiret


Un exemple de motion au Conseil d’administration

Le dispositif des remplacements de courte durée, prévu par la note de service n°2005-130 du 30 août 2005, n’améliore en rien la qualité du service public d’éducation. Il manifeste au contraire une ignorance du rôle de la durée dans la relation d’apprentissage qui unit un professeur et ses élèves.
En conséquence, les membres du Conseil d’administration du collège/lycée... réunis le... s’opposent au protocole de remplacement élaboré par la direction de l’établissement. Considérant les remplacements en interne comme contraires aux exigences les plus élémentaires de la pédagogie, nous nous opposons aussi à ce dispositif sous toutes ses formes : qu’il soit imposé aux enseignants ou mis en place avec leur accord. Nous invitons en conséquence la direction de l’établissement à demander au ministère de l’Education nationale de renforcer les moyens de la Vie Scolaire pour que les élèves y soient pris en charge en cas d’absence de professeurs.

Sud éducation Loiret

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