Oh ! les beaux jours...

 septembre 2004
mis à jour jeudi 25 novembre 2004

Pendant que les infos télévisées abreuvent la France en vacances de prévisions météo et d’émotions sportives, les basses besognes du gouvernement contre les travailleurs et les plus démunis redoublent d’intensité : comme l’exige désormais la pratique politique des élites dirigeantes, le texte de loi sur l’assurance maladie a été adopté définitivement fin juillet, à marche forcée, par les deux Assemblées. Il n’y aura pas de deuxième lecture à l’automne, pas de nouvelle vague de contestation ; la réforme qui fait payer les malades, renforce le contrôle social et casse un peu plus les solidarités, est passée.

Une fois encore, la mobilisation populaire, qu’elle se soit exprimée comme l’année dernière par des grèves et des manifestations massives, ou comme ce printemps par l’organisation de collectifs et de débats publics, a été niée. De même, la population est majoritairement contre les OGM, mais le gouvernement, entièrement dévoué aux intérêts des grands groupes de biotechnologies agricoles, autorise de nouveaux essais et menace de déchaînement judiciaire tous ceux qui, comme la Confédération paysanne, tentent de porter la cause sur la place publique. Déni de démocratie, répression syndicale... le ton est donné : le patronat a le pouvoir, le petit peuple n’a qu’à courber l’échine.

De Faty Mayant, licenciée pour avoir lutté pour la dignité des « femmes de chambre d’Arcade » (groupe Accor), à Roland Veuillet, muté autoritairement à des centaines de kilomètres pour avoir défendu le droit de grève dans son établissement, la liste s’allonge de ceux qui ont voulu s’opposer au rouleau compresseur de la régression sociale, et qui ont servi d’exemple : car les travailleurs doivent non seulement subir le morcellement de leurs droits, le démantèlement de leurs systèmes sociaux, le dépeçage de leurs solidarités, la précarisation de leurs emplois, mais ils doivent en plus détourner le regard et se taire. Et dans la stratégie du pouvoir, l’école, encore protégée jusqu’à présent des appétits de l’entreprise, doit aussi se plier et participer à la mise au pas.

C’est pourquoi il faut voir clair dans la langue de bois des autorités : quand le BO n°6 de février 2004 annonce pour cette rentrée « l’optimisation de l’offre de formation », sur le terrain cela se traduit par une réduction de l’offre des formations, des postes qui sautent, une orientation des élèves de plus en plus liée à l’origine sociale (projets de nouvelle 3e...), de plus en plus formatée par les critères des « employeurs » locaux (« lycée des métiers » et mode de l’alternance à toutes les sauces...). Fermetures de classes en zone rurale, sous-scolarisation entretenue en Guyane, traque aux enfants de sans-papiers... : l’Etat fait peu de cas de sa propre rhétorique édifiante quand il s’agit de rentabiliser et de contrôler. L’ambition d’une Education Nationale dédiée à l’émancipation de citoyens solidaires s’effrite au profit d’une éducation concurrentielle au service d’intérêts privés.

Cela apparaît nettement dans les propositions de réforme de la commission Thélot, publiées dans le Monde le jeudi 26 août dernier, au terme d’une mascarade de processus démocratique. Sous prétexte d’apprendre aux enfants à lire, écrire, compter - ce qui est quand même la moindre des exigences pour un grand système éducatif ! - la commission prône une orientation précoce des enfants en difficulté via un « recentrage sur les enseignements fondamentaux », un renforcement de la hiérarchie administrative jusque dans le premier degré (avec la création d’un statut de chef d’établissement chapeautant les équipes actuelles), et un allongement de 5 à 10 h du temps de présence des enseignants dans les établissements (sans allégement de la charge de travail à la maison) : déterminer davantage les orientations selon l’origine sociale, renforcer la hiérarchie pour soumettre les personnels à la libéralisation du système, réduire la place de la compréhension et de la réflexion pour privilégier les techniques d’exécution, ce n’est clairement pas l’épanouissement d’un citoyen plus autonome qu’on cherche à développer.

C’est pourquoi, plus que jamais, nous nous devons de continuer à lutter sans failles pour nos valeurs égalitaires et démocratiques, pour une école publique, laïque, gratuite, sans distinction de race, de sexe, de classe ou de culte. La tentative d’affaiblissement des personnels à coup de précarisation, de décentralisation, de répression, de culpabilisation et de dénigrement a beau être violente : elle n’en est pas plus juste. Plus que jamais, nous devons défendre le droit et la citoyenneté contre l’infantilisation hiérarchique. Plus que jamais, nous devons œuvrer aux solidarités qui rendent les faibles plus forts face aux pouvoirs aliénants. Ne pas rester isolés ; ne pas rester passifs... informer et réfléchir ensemble à toutes les formes d’action possibles pour contrer ce gouvernement.