Parcours personnalisé

À 14 ans, le collège ou l’usine
dimanche 29 mai 2011

« Le collège est en crise », « le collège est le maillon faible du système ». Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage. Il s’agit là de tuer le prétendu « collège unique » proclamé par Haby en 1975. Prétendu, parce qu’il n’a jamais été unique, tant les politiques se sont escrimées depuis l’origine à réduire cette « unicité ». De classes pré-professionnelles en classes technologiques, de classes d’adaptation en classes de découverte professionnelle, de groupes de niveaux en parcours individualisés, tout a toujours été fait pour recréer sans le dire des filières, des groupes d’enseignements particuliers, bref des moyens de différencier les cursus des élèves.

Remettre en cause la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans

Pourtant, ce faux-semblant d’unicité, c’est encore trop pour la droite et le patronat : « il y a trop d’élèves qui restent au collège ». Le Plan de Cohésion Sociale de Borloo voulait atteindre 500 000 apprentis en 2009 : on en est encore loin. Car le fond du fond de toutes ces pseudo réformes, c’est de remettre en cause la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, au profit de l’apprentissage, même déguisé sous l’appellation de formation en alternance.

La circulaire de rentrée 2011 publiée le 5 mai met en place plusieurs éléments forts de déstructuration du collège unique : l’évaluation nationale en fin de 5e, « pour mieux connaître le niveau des élèves », mais qui permettra le moment venu d’orienter vers une filière ad hoc les élèves qui n’auraient pas « le niveau » ; l’expérimentation d’une « troisième prépa professionnelle » destinée non plus à simplement accueillir des élèves en grande difficulté comme les actuelles 3e DP6, mais à « permettre une certaine diversification des parcours au collège s’appuyant sur la diversité des centres d’intérêt des élèves et de leurs talents » ; enfin un « dispositif d’initiation aux métiers en alternance », unifiant les dispositifs dérogatoires de pré-apprentissage existants, et qui permettra aux élèves dès l’âge de 15 ans de s’inscrire dans des centres de formation d’apprentis, tout en restant sous statut scolaire.

Dans le même temps, l’UMP propose « d’abaisser l’âge minimum d’entrée en apprentissage aux jeunes de 14 ans », et des députés ont déposé en février une proposition de loi visant à créer des « établissements publics du socle commun », « constitués de classes du premier degré et de classes du premier cycle du second degré », préfigurant une école des pauvres dans une Éducation nationale à deux vitesses.

L’indécision et les ambiguïtés de ces mesures traduisent l’hésitation entre deux courants de la droite gouvernementale et patronale. D’une part, la vieille garde réactionnaire rêve de retrouver le plus tôt possible une main d’œuvre malléable, en programmant l’exclusion du collège des élèves des catégories populaires (ou « des banlieues »…) ; ce que le député RPR Kaspereit résumait crûment il y a vingt ans en expliquant : « À 14 ans, on peut leur faire mettre la main dans la saleté ; à 16 ans, on n’a plus d’influence sur eux ».

Briser le principe d’une école égalitaire

D’autre part, une droite « moderne » et libérale s’efforce de mettre en place un système scolaire dans lequel la concurrence et l’individualisation, associées au « véritable partenariat entre l’école et l’entreprise » dont rêve le Medef, permettent de suivre des « parcours personnalisés » et, qui, avec l’alibi de la prétendue « égalité des chances », aboutit à une sélection sociale non plus imposée mais intériorisée par les élèves illusoirement « responsables » et leur famille illusoirement « libre » : la liberté du poulailler libre face au renard libre. Mais dans les deux cas, ce qu’il s’agit de briser, c’est le principe même d’une école égalitaire.

Défendre les formes passées ou actuelles d’un collège qui n’a toujours eu d’unique que le nom serait stérile ; il nous faut lutter pour instaurer le droit pour tous à bénéficier jusqu’à 18 ans d’une éducation et d’une formation générale et polytechnique offertes par le service public d’éducation, et qui contribuent à permettre, par les connaissances, par la réflexion, par l’esprit critique, d’acquérir une certaine maîtrise sur son devenir.

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