Pays arabes : Le combat des syndicalistes indépendants

dimanche 29 mai 2011

En Tunisie et en Égypte, les mouvements qui ont fait chuter les dictateurs Ben Ali et Moubarak sont avant tout des mouvements de la société civile dans lesquels la jeunesse a payé un lourd tribut pour en avoir été fer de lance. Des syndicalistes ont incontestablement joué un rôle dans ces insurrections populaires. [1]

En Tunisie

Il n’y a pas de syndicats autonomes par rapport au pouvoir mais une centrale qui se décline en plusieurs fédérations dont la combativité est très inégale. La direction, de notoriété publique, a soutenu le régime en son temps et a beaucoup hésité à soutenir la première insurrection populaire à Redeyef en 2008 et même les soulèvements en décembre dernier. Deux fédérations font cependant exception : celle des PTT et celle de l’enseignement secondaire. Dès 2008, lors des procès de Gafsa qui faisaient suite aux manifestations de cette région minière, elles ont localement et nationalement soutenu les inculpés à qui le pouvoir essayait de faire porter le chapeau des morts dont sa police était responsable. Au niveau local, à Sidi Bouzid, où s’est immolé Bouazizi le 17 décembre, à Redeyeff ou à Thala, les sections locales de l’UGTT ont apporté tout leur soutien aux insurgés et ont participé au mouvement. C’est moins clair dans d’autres villes et notamment à Tunis. Aujourd’hui, il y a une volonté de beaucoup de militants de faire « une révolution » à l’intérieur de la centrale et de débarquer les directions corrompues. [2]

Chaos en Tunisie
Faut pas exagérer… Comparé à Ben Ali, on est des amateurs question pillage !

En Égypte

Dans le silence médiatique international, des mouvements sociaux ont eu lieu depuis 2007. Cela a notamment amené à la création du premier syndicat autonome, le syndicat des impôts fonciers, avec l’aide du CTUWS [3] qui œuvre depuis des années au développement de syndicats démocratiques et de lutte. S’en est suivie la création d’autres syndicats autonomes, dont notamment la création d’une fédération syndicale autonome dans le secteur de la santé, après la chute de Moubarak. Sous le régime de ce dernier, les authentiques syndicalistes ont subi des pressions diverses, harcèlement policier et intimidations sans pour autant renoncer au combat. Pendant l’insurrection, ils ont été à l’origine ou ont soutenu des grèves qui ont contribué à déstabiliser le régime en maintenant une pression constante parallèlement aux manifestations populaires et au sit-in de la place Tahir. Aujourd’hui, les mouvements continuent et le pouvoir actuel vient de sortir une loi qui interdit rassemblements et manifestations des syndicats non « officiels » c’est-à-dire des autonomes. Le soutien international est toujours et encore nécessaire.

En Algérie et au Maroc

Chez les voisins marocains et algériens, si la situation est différente, la pression sociale continue pour faire plier ou même partir un pouvoir tout aussi corrompu. En Algérie, les syndicats autonomes, les premiers à avoir été créés dans tout le Maghreb dès les années 90, continuent à initier ou à soutenir les mouvements sociaux qui expriment également un rejet du pouvoir de Bouteflika et de ceux qui tiennent les manettes derrière lui. Récemment, un mouvement de contractuels de l’Éducation Nationale a été victorieux. Les contractuels, réclamant leur titularisation après maintes promesses du ministère de la fonction publique, ont entamé un sit-in devant le palais présidentiel, une première dans le pays. Des employés des municipalités ont également obtenu un statut conformément à ce qu’il demandaient. Aujourd’hui, les chômeurs, souvent diplômés, se sont organisés en une coordination et multiplient les manifestations. L’une d’entre eux, Dalida Touati a été inculpée puis finalement relaxée pour avoir distribué des tracts appelant à une manifestation pacifique le 19 mars dernier. Car l’annonce de la levée de l’état d’urgence (en vigueur depuis 1992) ne doit pas leurrer : sur place, la répression continue comme en témoigne un récent rapport de Human Rights Watch. Aujourd’hui, les syndicats autonomes, tels le Snapap dans l’administration publique, ou le CLA, le Satef et le Cess dans l’éducation, se sont regroupés au sein du Comité National pour le Changement Démocratique [4]. Des mouvements ont également eu lieu dans le privé, tels celui de la Sonatrach, société d’exploitation du pétrole, cœur de l’économie du pays, mouvement victorieux aussi. Quelques avancées inimaginables il y a peu, là aussi le pouvoir semble lâcher un peu de lest…

Commission international


[1Nous parlerons ici d’insurrections plutôt que de révolution tant nos camarades, tunisiens notamment nous ont répété, lors de la délégation du réseau syndical euro-méditerranéen de mars que la révolution reste encore à faire ou est en train de se faire. Dans l’attente de la façon dont se comportera l’armée en Égypte et étant données des nouvelles inquiétantes qui nous sont parvenues des syndicats autonomes, nous nous en tiendrons au même vocable concernant ce pays.

[3Le syndicat égyptien des impôts fonciers a été, dès le début, soutenu par le CTUWS (Center for Trade Union & Workers Services) dont on peut traduire le nom par « Centre de support au syndicalisme et aux travailleurs ». Cette association indépendante, créée en 1990, fournit aide, services juridiques et logistique aux militants ouvriers. C’est grâce au CTUWS que les autonomes ont pu constituer et déposer les dossiers des syndicats.

[4CNCD Société civile, à ne pas confondre avec le premier CNCD dans lequel des partis politiques fantoches avaient essayé de se racheter une virginité à peu de coût.

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