Pour la réintégration de Georges Mucha

 octobre 2002
mis à jour samedi 15 janvier 2005

Georges Mucha a exercé les fonctions de Maître Auxiliaire depuis 1991 dans divers lycées professionnels. Jusqu’en 2000, il donne visiblement satisfaction puisqu’il est réemployé année après année, et les rapports établis par l’inspection et par ses chefs d’établissement successifs ne comportent aucun reproche sérieux. En février 2000, son chef d’établissement d’alors mentionne dans son rapport : "Enseignant investi. C’est très bien", et lui attribue la note de 18/20. En mai-juin de la même année, le même chef d’établissement envoie au rectorat un rapport dénonçant son incompétence et son attitude, et demande qu’il soit mis fin à ses fonctions (ce qui, pour un MA, équivaut à un licenciement !). Parallèlement, Georges fait l’objet de deux inspections le même mois, en mai 2000, par le même inspecteur, toutes deux défavorables ; sa note pédagogique est brutalement abaissée de 11/20 à 6/20.

Que s’est-il passé entre temps ?

Deux choses : d’une part, le mouvement de grèves des lycées professionnels contre la "charte Allègre", auquel Georges a pris une part active en tant que militant syndical ; d’autre part, disons, pour être succinct, des "problèmes de relations interindividuelles" entre Georges et sa hiérarchie. Cependant, devant la faiblesse du dossier, et après interventions syndicales, Georges n’est pas licencié mais changé d’établissement (à Thiers en 2000-2001, puis à Sainte-Florine, c’est-à-dire dans un autre département, en 2001-2002). Mais depuis ce moment l’acharnement a commencé : aucune aide pédagogique l’année suivante (2000-2001), malgré les demandes de Georges ; en revanche, nouvelle " visite " dès septembre 2001, avec le même inspecteur ; rapports mitigés des chefs d’établissements (qui maintiennent cependant la note de 18/20, y compris en mars 2002 !). Georges, vivant mal cette situation et connaissant en outre des problèmes personnels, entre en dépression et est hospitalisé à sa demande au printemps 2002 (soucieux de garder le contact avec les élèves, il refuse un congé de longue durée). C’est alors qu’il est informé en juin 2002 qu’il va être mis fin définitivement à ses fonctions. Retardée par plusieurs interventions syndicales, sa lettre de licenciement lui parvient en juillet 2002.

Outre le caractère inacceptable en soi d’un licenciement après 11 ans de services, le dossier témoigne de multiples anomalies :
- comment un même enseignant peut-il être réemployé et bien noté pendant 10 ans et être estimé définitivement inapte à l’enseignement trois mois plus tard ?
- Comment peut-on à la fois attribuer une note administrative de 18/20 et justifier un licenciement ?
- Pourquoi en 2000-2001 (après la première demande de licenciement) Georges n’a-t-il pu bénéficier, malgré ses demandes, ni d’un tuteur pédagogique ni de visites-conseils ?
- Comment le rectorat peut-il dans le même temps juger Georges inapte au point de vouloir le licencier, et lui proposer, comme il l’a fait en septembre 2001, d’assurer un remplacement dans des classes de BTS ?
- Enfin, même en admettant que l’état de santé de Georges, dû pour partie à l’acharnement dont il a été victime, ait momentanément altéré ses capacités à enseigner, la solution est-elle un licenciement ou une aide (médicale et administrative) ?
- On pourrait ajouter que la "notification de fin de fonction" de juillet 2002 mentionne que "aucune amélioration n’a été constatée", alors même que, étant en congé maladie, Georges n’a pu être re-inspecté en fin d’année.

Ces inconséquences, et les nombreuses zones d’ombre de ce dossier, où des considérations syndicales et personnelles semblent être intervenues au détriment d’une appréciation strictement professionnelle, rendent pour nous inacceptable le licenciement de Georges, qui se retrouve sans emploi à 42 ans, définitivement exclu de l’Education Nationale après 11 ans de services. Nous demandons sa réintégration*.

Comité de soutien : E. Terray (Directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), J.C. Amara et A. Pourre (portes parole de Droit Devant), N. Ledeur (Secrétaire Générale de SUD-Education), J.F. Pelé (Directeur de la revue l’Ecole Emancipée), H. Mantelet (Conseiller Régional Auvergne), M.L. Pouchard (Déléguée Auvergne de la Ligue des Droits de l’Homme), F. Lebaron (Président de l’association Raison d’agir), Y. Careil (Maître de Conférence à l’IUFM de Bretagne), A. Bihr (Professeur de sociologie à l’Université de Franche Comté), R. Goigoux (Professeur des Universités, IUFM d’Auvergne), A. Coupé (Porte parole de l’Union syndicale SOLIDAIRES), J. Bové (porte parole de la Confédération paysanne)...

*Mercredi 2 octobre, SUD Clermont organisait un nouveau rassemblement devant le rectorat en présence de plusieurs délégations d’autres syndicats SUD-Education et de l’Union syndicale "Solidaires".

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