Pour une autre politique de l’immigration

Motion d’actualité
 novembre 2003
mis à jour samedi 12 novembre 2005

La question de l’immigration , au-delà des aspects sans-papiers et demandeurs d’asile qui sont les plus cruels, est un problème majeur qui ne peut plus être ignoré.

Les causes profondes de l’immigration sont toujours les mêmes : misère et persécutions.

La responsabilité en incombe largement aux politiques de paupérisation menées dans les pays du Sud par le Fonds Monétaire International (FMI), l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et la Banque Mondiale soumise à la dictature des firmes multinationales.

Ces causes sont occultées et l’opinion publique manipulée par des pouvoirs hypocrites et démagogues qui, en stigmatisant les immigrés, suscitent les peurs, les amalgames -immigration= invasion =insécurité - et conduisent des politiques répressives - fermeture des frontières, contrôles, fichages...

Aujourd’hui, après la LSQ de gauche (loi de sécurité quotidienne) et la LSI de droite (loi de sécurité intérieure), ce gouvernement d’une droite dure vient de voter des lois sur la maîtrise de l’immigration et le séjour des étrangers qui contiennent de graves reculs en termes de droit, contribuent à précariser davantage la situation des émigrés vivant en France et s’inscrivent dans un mouvement général vers une Europe-forteresse.

C’est plus que jamais « l’ère du soupçon institutionnalisé » (Gisti) à l’égard des étrangers : suspicion systématique, obsession de la lutte contre la clandestinité, de la fraude, répression accrue contre les sans-papiers et demandeurs d’asile, criminalisation des soutiens -individus et associations, « les délinquants de la solidarité »- coupables d’avoir aidé des étrangers en situation irrégulière. En faisant des sans-papiers les proies faciles d’une politique ultra-sécuritaire, Sarkozy court après l’électorat frontiste.

C’est une politique irresponsable qui alimente la xénophobie et le racisme, le terreau des fascismes et des intégrismes.

L’Europe se construit donc, harmonise dans un sens très répressif et, pour gérer les flux migratoires, durcit les attitudes : surveillance accrue des frontières, allongement de la rétention, possibilités de réadmission dans les pays d’origine, coopération policière dans la lutte contre l’immigration clandestine, extension des fichiers d’identification des sans-papiers, sélection des bons candidats à l’immigration (c’est-à-dire utiles aux économies européennes ), restriction du droit d’asile, organisation internationale des « vols groupés », les expulsions collectives par charters...

Les réglementations et les pratiques administratives discriminatoires, basées sur la suspicion de fraude, répressives, fabriquent des résidents illégaux exclus de tout ce qui fonde la citoyenneté.

Ainsi, il y a, partout en France, dans les pays de l’Union européenne, des Sans-Papiers. Quelques centaines de milliers. Des hommes et des femmes qui vivent dans la clandestinité, la crainte quotidienne d’être arrêtés et expulsés, la précarité, l’exploitation par des employeurs et des logeurs sans scrupules, le non-droit. Et leurs enfants qui grandissent très tôt avec un sentiment d’exclusion, de peur permanente, de défiance, qui n’est pas sans conséquences sur leur santé, leur éducation, leur socialisation et, d’une façon générale, sur leur construction. Voilà la véritable insécurité qui touche les plus précaires des précaires : les sans-papiers, véritables esclaves modernes, et leurs enfants.

Il s’agit là de la négation du droit des migrants, de la négation des valeurs des Etats de droit.

« Nous ne sommes pas dangereux. Nous sommes en danger. »

Ce slogan des manifestations de sans-papiers - ce cri - s’illustre tragiquement quand la mort est au bout du chemin d’un sans-papiers, d’un demandeur d’asile, d’un clandestin qui fuit misère ou persécution : morts, asphyxiés dans un camion frigorifique, noyés au large des côtes italiennes ou dans le détroit de Gibraltar, de froid et d’épuisement dans la campagne calaisienne, à bord d’un avion au cours d’une expulsion musclée ou par suicide.

Parce que nous sommes syndicalistes, fidèles aux valeurs de solidarité internationale que porte l’histoire du mouvement syndical, nous défendons les libertés, les droits essentiels de tous et nous sommes, concrètement, aux côtés de ceux qui en sont privés, donc aux côtés des sans-papiers qui sont des travailleurs. Nous refusons de réduire les étrangers à leur fonction économique et exigeons pour eux, avec eux, le respect des droits conquis par le mouvement syndical. Nous considérons que le problème de l’immigration est au coeur du mouvement social.

Au-delà de la solidarité, le mouvement syndical est directement concerné : en effet, le jeu de la concurrence sur le marché de l’emploi entraîne plus ou moins l’alignement des travailleurs sur les condition de travail et de rémunération des plus vulnérables ; il s’ensuit un alignement par le bas :d’abord les sans-papiers, puis les étrangers régularisés précaires, l’ensemble des étrangers, enfin les Français eux-mêmes. Par contamination, tous les travailleurs sont touchés.

Les conditions d’emploi imposées aux sans-papiers sont celles dont rêvent les patronats de tous les pays :la situation irrégulière est une véritable école de la flexibilité et de l’exploitation, prête à se répandre -c’est déjà commencé- dans l’ensemble du corps social et entraîne une dérèglementation sans frontière qui caractérise la mondialisation libérale contre laquelle le mouvement social se mobilise.

Parce que nous voulons "une autre société", une nouvelle politique de l’immigration et une nouvelle loi sur l’accueil des étrangers, SUD Education soutiendra toute politique prônant un autre modèle européen opposé à celui d’une Europe-forteresse,

pour :

- le respect des droits des migrants ;
- un titre de séjour pour chaque résident de fait sur le territoire de l’UE ;
- la protection et la garantie de l’accès aux droits ;
- l’ instauration d’un statut de résident européen afin d’éradiquer les situations d’étrangers sans titre ni droits ;
- l’arrêt des expulsions et la fermeture des centres de rétention, ces "horreurs de la République" (dixit le rapport Mermaz) ;
- l’abolition réelle de la double peine ;
- l’abrogation des lois Pasqua, Debré et Chevènement ;
- la libération de tous les sans-papiers emprisonnés pour délit de papiers ;
- la régularisation de tous les sans-papiers avec la carte de 10 ans ;
- le principe - fondamental - de la liberté de circulation et de la liberté d’installation des personnes.

C’est le sens de notre signature de l’"appel européen à la régularisation de tous les sans-papiers".

SUD Education, conscient de la nécessité d’unifier la lutte des sans-papiers au-delà des frontières, d’aller vers une convergence au niveau européen, participera à toute entreprise en ce sens pour imposer, avec la force de l’union, l’exigence de la régularisation et une nouvelle politique de l’immigration..

Depuis 1996, nous sommes aux côtés des sans-papiers. Nous le resterons.

Lorient, le 21 novembre 2003

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