Premier degré... zéro pointé pour le remplacement

jeudi 8 mars 2018

La question du remplacement, pour ne pas dire du « non-remplacement », empire depuis des années. La faute à des cartes scolaires dictées en permanence par des logiques financières et dont le contingent de remplaçant-es (aussi bien Zone d’Intervention Limitée ou ZIL, remplaçant-es de courte durée, que Brigades, affecté-es théoriquement aux congés longs ou de formation) est souvent victime des économies. Le département des Hauts-de-Seine (il n’est certainement pas le seul), et certaines circonscriptions en particulier, vit une situation catastrophique depuis la rentrée de septembre 2017. Catastrophique pour les élèves et leurs parents, par voie de conséquence pour les collègues et les écoles en général ; tandis que les conditions de travail des remplaçant-es subissent elles aussi des répercussions.

Pénurie de remplaçant-es dès la rentrée

Dans certaines villes, c’est dès la pré-rentrée que des ZIL (parfois la majorité du contingent d’une circonscription) ont été bloqué-es sur des congés longs, souvent prévus de longue date, par manque de Brigades disponibles. Cela annonçait la couleur : les remplacements courts n’en pourraient être que sacrifiés.
Et c’est effectivement ce qui se passe. Les équipes en ont bien pris la mesure, qui pour certaines ne se donnent même plus la peine de signaler les absences, fatiguées d’entendre toujours la même rengaine : « nous n’avons plus de remplaçant-es disponibles ». Quelle signification la hiérarchie entend-elle d’ailleurs donner à la qualification de congés « courts » ? Car à peine arrivées à la moitié de l’année scolaire, certaines classes cumulent déjà des absences non remplacées de plusieurs semaines. Des CM2 totalisant près de deux mois sans enseignant-es, des Moyennes Sections voyant défiler, ou pas, des remplaçant-es différent-es sur des mi-temps non remplacés de façon pérenne, des congés maladie de 4 ou 5 semaines pour lesquels les enfants ne voient pas un-e seul-e remplaçant-e, ou alors un jour ou deux, par-ci par là, pour calmer les esprits des parents qui logiquement s’échauffent.
Sous couvert de continuité du service public, joli principe sur le papier, le quotidien de ces élèves est alors d’être réparti-es dans les autres classes, alourdissant encore les effectifs, ou bien de rester chez elles/eux. On imagine aisément le sentiment d’abandon dans ces communes, où les populations touchées font bien évidemment partie des classes populaires, et ce qu’il se passerait si l’on infligeait la même chose à Neuilly par exemple ! Difficile ensuite pour l’Éducation nationale de faire illusion en parlant de « bienveillance » et en prétendant créer du lien entre les parents et l’École.

Un cercle vicieux

Il est très compliqué d’établir un état des lieux général et précis de cette situation du non-remplacement : pour les raisons évoquées précédemment, toutes les absences ne sont pas comptabilisées, le nombre de remplaçant-es bloqué-es ou disponibles est difficile à connaître, et les directrices et directeurs d’école ne parviennent plus (pour celles et ceux qui tentaient de le faire) à comptabiliser les journées d’absence non remplacées à cause du bricolage permanent pour faire face aux crises ; ou bien ont baissé les bras devant cette nouvelle tâche qui s’ajoute et qui n’est plus une priorité.
Du côté des remplaçant-es aussi la situation s’avère souvent difficile à vivre : déplacé-es comme des pions, parfois pour une journée bien qu’étant sur un poste depuis des mois et pour y retourner le lendemain ; épée de Damoclès ressentie comme un manque de respect et de considération pour leur travail.
De tout cela découle de la souffrance au travail qui aboutit à des arrêts de travail, et le cercle vicieux se prolonge.
Pour endiguer le phénomène, l’EN a fait le choix de recruter massivement des contractuel-les. On voit vite les limites de ce choix, en particulier pour celles-ci et ceux-ci : parachuté-es sans formation sur des situations critiques, dans des écoles difficiles, rares sont celles et ceux qui tiendront le coup. Et celles-là et ceux-là n’auront pas la satisfaction d’être titularisé-es, intérêt qu’a(vait) au moins le principe de liste complémentaire.

La précarisation et l’absence de formation, l’abandon de pans entiers de la population (les plus pauvres bien entendu) : on ne peut pas laisser cette école à deux vitesses continuer indéfiniment à accroître les inégalités sociales.

Sud éducation Hauts-de-Seine