Prisca Kergoat, docteur en sociologie

dimanche 4 septembre 2011

Sud éducation n’est pas seul à penser que l’apprentissage dès le plus jeune âge n’est ni un principe d’éducation, ni une solution à l’insertion professionnelle. Prisca Kergoat, docteur en sociologie et maître de conférence à l’université d’Albi, membre du CERTOP (centre d’études et de recherche travail, organisation, pouvoir) a déclaré lors d’une interview :

« L’appel à l’alternance pour favoriser l’insertion professionnelle est une vieille recette prônée dès les années 80, tant par la droite que par la gauche. L’idée selon laquelle c’est en rapprochant l’école de l’entreprise et en développant l’alternance qu’on améliore l’insertion des jeunes fait un large consensus. Or ces dispositifs sont onéreux (un apprenti coûte environ 25% plus cher qu’un élève de lycée professionnel) et ce coût apparaît particulièrement élevé au regard des performances de l’alternance, et de l’apprentissage en particulier.

« Comparé aux formations scolaires, il permet certes une meilleure insertion, mais elle est relative… Un à trois ans après l’écart se réduit pour se rapprocher de 10. Tout dépend aussi des spécialités. Le taux d’insertion des apprentis est très bon dans le bâtiment et dans l’industrie agroalimentaire. C’est beaucoup moins vrai dans le tourisme et l’hôtellerie, c’est faux pour les secteurs du commerce, de l’industrie mécanique, l’électricité et la métallurgie. Ce qui est bien plus fondamental pour interpréter l’écart des taux d’insertion, c’est la prise en compte de la composition du public. De fait quand on relègue en LP les filles et les jeunes de l’immigration dont on connaît les difficultés face à l’emploi, on améliore et de façon conséquente, le taux d’insertion des apprentis…

« La dernière enquête Génération du Céreq [1] montre que la hiérarchie entre les formations tend à s’inverser : les apprentis se recrutent aujourd’hui dans un milieu social plus favorisé […] que les élèves de LP. De même […] plus les formations sont sexuellement connotées plus l’écart observé entre les modes de formation est important.

« À la sélection scolaire, s’ajoute celle effectuée par les employeurs. […] Pour devenir apprenti, il faut décrocher un contrat de travail. C’est là que le bât blesse, car les obstacles s’accumulent pour toute une partie de la jeunesse. […]

« La France dispose d’une formation professionnelle initiale de qualité. Si on veut réduire les inégalités, il faut prendre le problème à la source. C’est à l’école maternelle et à l’école primaire, au moment où s’effectuent les premiers apprentissages qu’il faut prévenir l’échec. »


[1Centre d’études et de recherches sur les qualifications