Privé Public - 37,5 annuités pour tous, et pas un jour de plus !

samedi 16 octobre 2004
mis à jour mardi 16 novembre 2004

Le 1er février, près de 500 000 personnes ont manifesté pour la défense des retraites dans plus de 100 villes de France. En fin de journée, chacun des 7 dirigeants syndicaux (CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC, UNSA, FSU) se félicitait de la réussite des manifestations et mettait le gouvernement en garde sur le fait d’entendre la rue. Nous retournons le conseil à ces mêmes responsables syndicaux, car entendre la rue devrait les porter à reprendre la revendication "37,5 annuités pour tous, public et privé pour une retraite à taux plein". Cette revendication, largement reprise dans les cortèges -et pas seulement ceux des syndicats SUD et de l’Union SOLIDAIRES- était absente du texte d’appel "unitaire". Nombre de manifestants ne s’y sont pas trompés, comprenant que cette revendication peut et doit faire l’unité du monde du travail contre les projets du MEDEF, du gouvernement et les injonctions de l’OCDE. Ces 37,5 annuités avaient cours pour tous avant la réforme Balladur de 1993, c’est ce que Juppé voulait modifier en 1995 déjà au nom de "l’équité". La CFDT ne veut plus en entendre parler et se félicitait, dès la signature de l’appel au 1er février, d’avoir convaincu les autres syndicats de la nécessité d’une réforme des retraites ; cette CFDT qui n’en finit pas de se vautrer dans la collaboration de classe et revendique ouvertement 40 annuités de cotisations pour tous. 37,5 : le nombre irrite le MEDEF, l’OCDE, le gouvernement et une bonne partie de la gauche française. Dans les jours qui ont suivi la publication de ce texte "unitaire", nulle trace d’une référence aux 37,5 annuités pour tous sur les sites internet des organisations dont certaines ont encore cela dans quelques textes de congrès (FO, FSU, CGT). Dans les manifestations, la CGT diffusait un tract national au titre passe-partout : "Une bonne retraite, ça s’impose" ; dans le texte : pas trace de la revendication des 37,5 annuités pour tous.

La bonne nouvelle du 9 janvier...

Le 9 janvier, les agents d’EDF étaient invités à voter "Oui" à une modification de leur système de retraite. CGC, CFTC et CFDT avaient déjà signé, la CGT voulait consulter les salariés en les incitant à avaliser le relevé de conclusions proposé. FO et SUD-Energie appelaient à voter "Non". Malgré les campagnes de la direction et des syndicats signataires ou favorables au projet, les salariés ont voté majoritairement " Non ". Cinglant désavoeu pour la direction confédérale de la CGT qui soutenait le projet, désavoeu également pour les syndicats approuvant le projet sans l’avis des salariés. Dans les manifestations du 1er février, certains tracts CGT se félicitaient de l’attitude des salariés d’EDF-GDF. La CFDT n’a, malgré ce revers, pas hésité à mêler sa voix à celle de Raffarin qui veut passer en force contre l’avis des salariés, arguant que l’accord approuvé par 3 syndicats est majoritaire. Plus de 50% des salariés ont voté contre, la CFDT n’en a que faire... Cette consultation, rampe de lancement espérée du gouvernement pour son projet de réforme des retraites, met un peu de sable dans les rouages d’une campagne "catastrophiste" sans précédent, orchestrée par le gouvernement, le MEDEF et les médias. Elle traduit aussi la méfiance des salariés à l’égard du syndicalisme de délégation. La leçon à tirer de cette gifle aux bureaucraties syndicales est qu’il faudra compter avec les travailleurs contre le démantèlement du système de retraite par répartition.

Ambiguïté revendicative...

Le 9 janvier, le Conseil National de l’Union SOLIDAIRES appelait à la mobilisation le 1er février bien qu’elle ait été, une fois encore, tenue à l’écart des "négociations unitaires". SOLIDAIRES, en implantation croissante dans le privé (78 000 voix aux élections prud’homales de décembre 2002) se prononçait clairement pour 37,5 annuités pour tous (public et privé) pour une retraite à taux plein, revendication qui n’a rien d’utopique puisqu’elle prône un retour à la situation d’avant 1993, or il ne semble pas que la France produise moins de richesse aujourd’hui qu’il y a dix ans. Le 13 janvier, B.Thibault rédigeait une déclaration au titre combatif : "Le gouvernement n’imposera pas sa loi sur l’avenir de nos retraites", mais toujours pas une trace de la revendication de 37,5 annuités pour tous. La revendication faisait son retour dans un tract de l’Union Générale des Fédérations de Fonctionnaires CGT quelques jours plus tard. Après le revers de la consultation à EDF-GDF, la Fédération énergie de la CGT retardait son congrès national. Après l’appel du congrès de l’Union Départementale-CGT 75 pour la grève du 26 novembre contre l’avis de la direction confédérale, cela commence à faire beaucoup pour Thibault qui semble avoir oublié que "37,5 annuités pour tous public et privé" était un slogan largement repris par les cortèges CGT durant les grèves de 1995. Le 30 janvier, la FSU et SOLIDAIRES signaient un communiqué commun. La FSU renouait avec la revendication de 37,5 annuités pour tous, revendication un temps abandonnée dans un texte signé par elle, avec la CGT le 23 décembre 2002.

Un enjeu historique...

Lâcher la revendication des 37,5 annuités pour tous n’entraînerait pas seulement l’allongement de la durée de cotisation des fonctionnaires, elle ouvrirait la voie à un allongement pour tous dans les mois suivants. Ce serait la fin de la retraite à 60 ans. Nous savons que l’allongement de la scolarité au cours des 30 dernières années ainsi que le chômage massif des jeunes en âge d’être salariés concourent à l’entrée plus tardive dans le monde du travail. Même la revendication de 37,5 annuités pour tous ne garantit pas une retraite à 60 ans si elle ne s’accompagne pas d’une salarisation de la jeunesse et de la prise en compte des années de "galère" qui précédent souvent l’entrée dans le salariat. Raffarin, rassurant, dit ne pas vouloir toucher l’âge légal de la retraite. Mais le maintien de cette légalité à 60 ans et l’obligation pour tous de cotiser 40 ans obligeraient de fait celles et ceux qui accèdent à l’emploi au-delà de 20 ans à souscrire aux fonds de pension s’ils veulent partir en retraite à 60 ans. Dans ce processus, les enseignants et plus généralement les catégories A et B de la fonction publique sont bien le public désigné. Quant aux autres, "moins qualifiés", moins payés, sans fonds de pension, ils ne partiront pas à 60 ans, sauf à vivre une retraite de nouvelle galère et de misère.

Depuis 20 ans, le capital organise la précarité dans l’accès au travail. Il veut organiser pour les 20 prochaines années la multiplication des sorties précaires du travail. A terme, la cohabitation d’un système de retraite par capitalisation basé sur le rendement capitalistique des fonds de pension et d’un système par répartition est impossible. Ces 2 systèmes obéissent à des logiques contraires : celle du capital et celle de la solidarité entre les générations. Une cohabitation ne serait que "grignotage" du système de répartition par celui de la capitalisation et au bout du processus : la paupérisation assurée d’une partie importante des retraités. La casse du système par répartition est le fer de lance des projets du MEDEF, du gouvernement et de toute la bourgeoisie mondialisée. Elle conditionne la mainmise des marchés financiers sur les milliards versés chaque année en retraite.


"37,5 annuités pour tous, privé public pour une retraite à taux plein de 75% du dernier (ou du meilleur) salaire" ne constitue pas une simple divergence entre les syndicats, c’est la lutte centrale, qui détermine le reste, et que doit engager l’ensemble du monde du travail contre le capital. Prendre le risque de perdre cette bataille faute de l’avoir menée serait une défaite majeure du mouvement ouvrier. Elle ne ferait qu’accroître la crise du syndicalisme en précipitant la résignation des travailleurs, ramenant ainsi les positions acquises dans l’opposition capital/travail plusieurs décennies en arrière.


Qui dit quoi ?

La réconciliation CFDT-CGT de l’après 95 a pour conséquence l’aspiration de celle-ci dans la spirale social-libérale de celle-là. En matière de retraite, cela se traduit par l’abandon (pour l’instant) par la CGT d’une revendication qui peut faire la force du monde du travail face au Capital (MEDEF, gouvernement et instances du libéralisme international). Seule la mobilisation peut troubler le face à face des 2 directions confédérales. La réussite du 1er février est plus importante pour la suite que les graves manques du texte d’appel : une unité de façade, des hésitations à engager une véritable lutte sociale contre un adversaire qui, lui, a décidé d’engager la bataille pour abaisser le coût du travail.

Le 4 février, après l’intervention de Raffarin devant le Conseil Economique et Social, la CGT écrit : "Le premier ministre se refuse à revenir sur le processus en œuvre depuis dix ans avec les décisions Balladur qui aboutiront à une baisse de 1/3 des retraites dans une génération (indexation sur les prix et non sur les salaires, allongement à 25 ans de la période de référence, passage à 40 ans de cotisation.)" C’est vrai, Raffarin refuse, mais que revendique la direction de la CGT ? Dans le même texte : "... faire prendre en compte les exigences majeures rappelées dans la déclaration commune du 7 janvier (...) obtenir la mise en cause du processus Balladur de 1993 pour le secteur privé qui provoque l’effondrement des retraites. Ces exigences comme le refus d’un alignement par le bas pour les régimes du secteur public, sont autant de priorités...". L’idée fait son retour, la formulation reste prudente et ne laisse pas apparaître clairement la revendication "37,5 annuités pour tous privé public pour une retraite à taux plein" (ça va toujours mieux en le disant), pas plus que la pétition nationale CGT du 10 février.

Au lendemain des manifestations du 1er février, la CFDT écrivait : "La déclaration commune, signée par 7 organisations le 6 janvier dernier, illustre aussi ce rapprochement des positions. Haut niveau de retraite, départ à 60 ans à taux plein dès 40 ans de cotisation, mesures spécifiques pour les travaux pénibles, développement des politiques d’emploi, de tous ces points les syndicats ont fait leur priorité". Le texte du 1er février est la grande satisfaction de la CFDT, déclaration sans cesse remise en avant pour ne pas laisser de distances à la CGT et à FO. Après l’intervention de Raffarin, Chérèque dit : "La CFDT prendra ses responsabilités jusqu’à soutenir une réforme si elle est claire, si elle reprend les éléments principaux de nos propositions".

FO tente d’éclairer les divergences entre CFDT et CGT : "Si à la CFDT, on estime que le gouvernement a "visiblement entendu les salariés qui ont manifesté dans toute la France" samedi dernier, ce n’est pas le sentiment de la CGT et de FO qui appellent les salariés à se mobiliser". FO se retrouve dans une situation assez analogue à celle de novembre 1995 : on voudrait bien y aller mais pas seul. De là quelques appels du pied à la CGT. FO se découvre davantage : "Marc Blondel a rappelé à Fillon et Delevoye que les salariés n’avaient pas manifesté samedi dernier pour l’allongement de la durée de cotisation" et use d’une pirouette pour évoquer les 37,5 annuités pour tous, sans en faire un point de clivage : "Il faut donc dire clairement qu’allonger celle-ci (la durée de cotisation) au-delà (de 37,5 annuités) est une solution illusoire puisqu’elle aurait pour objectif principal de réduire le montant calculé des retraites des salariés. Il y a donc urgence à revenir sur les dispositions des lois Balladur de 1993. (...) Depuis les travaux du COR, on sait que cette mesure ne coûterait que 0,3 point de PIB supplémentaire à l’horizon 2040". Dans La Tribune du 10 février, Blondel déclare, plus explicite, que 37,5 annuités pour tous "c’est parfaitement possible".

La direction CFDT est dans les bras de la contre-réforme. FO s’en tient aux finasseries stratégiques habituelles. La CGT voit gonfler ses tourments internes. Bref, l’art de ne pas écrire les choses en laissant croire qu’on les a dites... un jeu de dupes et de billard à 3 bandes dont nous ne saurions rester spectateurs.

Agir pour convaincre et casser le face à face CGT-CFDT, élément déterminant quant aux suites rapides à donner aux manifestations du 1er février. Cela passe nécessairement par une campagne contre la fatalité et par des initiatives qui associent travailleurs du public et du privé. L’enjeu n’est pas l’unité a minima des appareils syndicaux pour des demis victoires qui sont toujours de vraies défaites, mais bien l’unité du monde du travail pour défendre et accroître des positions acquises par des décennies de luttes.

SUD-Education Clermont-Ferrand

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