Procès lycéens : Non ce n’est pas fini !

lundi 17 octobre 2005
mis à jour samedi 21 janvier 2006

Monsieur de Robien, en visite le 14 septembre au pôle universitaire européen de Strasbourg, a déclaré que les lycéens poursuivis en justice pour « des voies de fait ou des agressions physiques » lors de la manifestation contre la loi Fillon avaient « perverti le message de l’immense majorité », et il a rappelé que « les organisateurs doivent faire attention, dans la mesure du possible, à éviter ces débordements ».

Quant aux débordements des forces de police, il n’en a, bien sûr, pas été question. Pourtant nous avons tous encore en mémoire l’image montrant, à Lille, au cours d’une manifestation, un CRS donnant un coup de pied en pleine tête à un lycéen à terre. Voilà qui faisait désordre au « pays des droits de l’homme » qui, il n’y a pas si longtemps donnait des leçons de démocratie à la Turquie pour des images similaires.

Au cours de cette visite, le ministre a, par contre, lors d’une « discussion informelle » avec des élus étudiants de l’Unef et de la Fage, vanté les valeurs du « débat démocratique », et chaudement félicité les étudiants présents de « leur investissement dans la vie associative et citoyenne ». Et il n’a pas hésité à conclure son propos par une envolée aussi présomptueuse que grotesque : « Nous sommes des bâtisseurs de société ! » Laquelle ? c’est bien là que le bât blesse.

Voici donc ainsi clairement séparé le bon grain de l’ivraie. Tous ceux qui sont aujourd’hui poursuivis partout en France pour leur participation au mouvement lycéen sont catalogués comme une bande de dangereux irréductibles coupables de délits de droit commun. Le mouvement lycéen lui-même est rangé dans le tiroir des affaires classées. Mais, à Bayonne, à Bordeaux, à Lyon, à Millau, au Mans, à Bobigny ou à Paris, des procès continuent, des instructions se poursuivent, des verdicts tombent avec des condamnations et des amendes extrêmement lourdes. Est-ce la seule chose qui restera de ce mouvement dans les mémoires : sa répression particulièrement inique et démesurée ?

Rappelons-nous pourtant comment les lycéens furent des milliers à descendre dans la rue un peu partout en France, comment les organisations syndicales majoritaires firent la sourde oreille à leurs appels maintes fois répétés pour que les profs entrent vraiment dans l’action avec eux contre la loi Fillon. Comment, alors qu’ils criaient leur révolte, la majorité des profs resta sans voix, confortant le gouvernement dans son refus de tout dialogue. Comment notre syndicat se retrouva bien souvent seul à leurs côtés (ce n’est pas un hasard si les deux enseignants actuellement mis en examen sont membres de Sud éducation). Les blocages d’établissements, les occupations, qu’ils payent aujourd’hui si cher, ils les organisèrent pour tenter de briser ce mur du silence.

La loi Fillon est passée. Il s’en est fallu de peu que les lycéens, à eux seuls, réussissent à mettre en échec le ministre. Ils ont d’ailleurs gagné sur la réforme du bac. Leur lutte était légitime : c’est une loi de régression sociale, et nous allons en mesurer quotidiennement les conséquences néfastes. La plupart des enseignants et leurs syndicats majoritaires l’ont laissée passer sans combattre. La note risque d’être lourde pour nous tous, si nous ne retrouvons pas le chemin d’une vraie lutte unitaire (qui ne se réduise pas à des journées d’action sans lendemain).

Aujourd’hui, chaque condamnation, chaque amende, vient conforter un peu plus ce gouvernement dans sa tentative de museler les militants du mouvement syndical et associatif, de mettre au pas, lycéens, et enseignants. Ensemble, nous devons réagir !

Sud éducation Paris


Manifeste pour Roland Veuillet

« Nous accusons » déjà signé par 1000 personnes

Ce document dénonce nominativement un proviseur et un recteur. Cinq mois après sa publication, les personnes mises en cause n’ont toujours pas réagi, pas plus que le ministère. Ce silence est la preuve de la véracité de ce qui est écrit et confirme qu’une cabale a bel et bien été organisée en haut lieu, pour briser une grève, en sanctionnant un syndicaliste. Consultez et signez en ligne le manifeste sur :

http://www.sudeducation.org/article798.html.

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