Prof-à-tout-faire !

Edito
mardi 6 mars 2007
mis à jour samedi 28 avril 2007

« Nous allons investir plus de 50 milliards d’euros dans l’éducation d’ici 2010, doubler de 2 à 4 millions par an le nombre de bacheliers d’ici 2020, construire et rénover 12 000 écoles et une centaine d’universités. » Ne rêvez pas, ce n’est pas de Robien qui le promet mais Gordon Brown, le ministre des finances britannique. Ici, une politique éducative au rabais faite d’économies sur le dos des enseignants et de micro mesures médiatiques, en Grande-Bretagne une volonté ambitieuse d’en finir avec la « médiocrité générale » qui, selon un récent rapport du Trésor, frappe un système scolaire pourtant aussi bien doté qu’en France. Bien que le système britannique n’ait rien d’un modèle enviable, il faut reconnaître que le 10 Downing Street vient d’opérer un choix historique pour l’avenir de sa jeunesse. Celui de faire passer le nombre de salariés hautement qualifiés de 9 à 14 millions d’ici 2020, et le nombre de travailleurs non qualifiés de 6 millions à seulement 500000. Une orientation à l’exact inverse de la loi Fillon où moyens en berne, orientation précoce et enseignement minimal préparent des lendemains d’exploitation aussi intensifs que précaires au plus grand nombre.

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Ce refus de transformer la massification de l’enseignement en véritable démocratisation du savoir se traduit aussi dans les chiffres. De 1974 à 2004, la part de la richesse nationale investie dans l’éducation est passée de 6,4% à 6,9%. Un taux considéré indépassable par les « experts » alors que l’allongement de la durée de scolarisation, l’afflux d’un million d’élèves supplémentaire ainsi que la popularisation des études secondaires et supérieures auraient justifié un effort collectif autrement plus important.

Nos élèves ne sont pas les seuls à en pâtir. Cette rigueur budgétaire se répercute sur notre charge de travail, sur l’élargissement de nos missions et sur nos salaires. Non seulement nos débuts dans le métier sont moins bien rémunérés que dans la plupart des pays « développés », mais notre déroulement de carrière est aussi beaucoup plus long : alors qu’il suffit de 24 ans d’ancienneté en moyenne pour atteindre la rémunération maximale dans les pays de l’OCDE, il faut attendre dix années de plus en France. Surtout, depuis 1981, les enseignants du primaire ont perdu 9% de leur pouvoir d’achat. Un chiffre qui passe à 20% pour les professeurs du secondaire et du supérieur, certifiés
comme agrégés ! Des enseignants réduits à vivre à crédit, on ne se prive pas d’en profiter rue de Grenelle. Car à force d’hésiter à nous mettre en grève, nous laissons le ministère dégrader nos conditions de travail sans riposte à la hauteur.

Il aurait pourtant tort de se réjouir trop vite. De nouvelles formes de luttes se développent qui pourraient bien bouleverser la donne. Rétention des notes, boycott des conseils de classe, grèves du zèle par le refus des tâches non statutaires... autant de résistances spontanées, inventives et perturbatrices qui peuvent s’installer dans la durée. Du coup, les rectorats s’affolent. Ils savent que, depuis 2003, le tabou des examens est tombé chez nombre d’enseignants et redoutent, à juste titre, que le baccalauréat soit dans notre ligne de mire.

Car, loin des habituels rituels de protestation devenus inaudibles, la perspective de la grève de blocage gagne progressivement les esprits. Le ministère ferait donc bien d’être plus prudent... car à trop serrer la muselière,
il risque bien d’y laisser la main !

Saint Denis, le 22 février 2007

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