Prostitution : une formation ?

lundi 7 février 2011

Les prostitué-es en France ont un syndicat -le STRASS (Syndicat du TRAvail Sexuel)- depuis 2009 qui revendique des droits et s’inscrit dans la Déclaration des Droits des Travailleur-ses du sexe en Europe.

Parmi les droits revendiqués figure le fait que la prostitution est un métier. Sur les douze articles de la Déclaration, deux ont un lien avec le travail : l’article 5 : Droit d’être libre de toute forme d’esclavage, de travail forcé et d’asservissement ; et l’article 8 : Droit de travailler, de choisir librement son emploi et de bénéficier de conditions de travail équitables et favorables.

Partant de l’expansion de la prostitution et de sa contribution non reconnue à l’emploi et au PNB, l’OIT (Organisation Internationale du Travail) reconnaît l’industrie du sexe.

N’apparaît nulle part le droit à la formation !

Pourtant tous les enfants sur le territoire français ont droit à la scolarité et à une formation jusqu’à 16 ans.

En tant que travailleur-ses du sexe, ces personnes devraient avoir une formation générale sur leurs droits (salaire, congés payés, retraite, etc.), les conditions de travail (inscrites dans le Code du travail), la comptabilité, etc. L’éducation nationale n’a jamais ouvert de filières de ce type ; aucun syndicat n’a revendiqué cette obligation. Des filières courtes (de type CAP) et/ou longues (Bac pro, etc.) mixtes devraient être proposées à toutes et tous. Au même titre que les formations des assistant-es maternel-les, de la petite enfance, aux personnes âgées, etc., il y aurait de la place pour des assistant-es sexuel-les auprès des handicapé-es. Cela se pratique déjà en Suisse.

Les associations de Parents d’élèves devraient proposer ces filières en conseil d’administration et les COP les présenter comme projet professionnel aux élèves [1].

Alors, contradictions ?

Un métier se définit par ses activités et ses techniques utilisées. Un-e salarié-e échange sa force de travail (physique et intellectuelle) contre un salaire. Les prostitué-es ne vendent pas leur force de travail ; ils ou elles vendent l’accès à leur corps, à leur sexe. C’est là où réside la différence entre l’exploitation dans la prostitution et celle dans le travail. Et que dire de la liberté de choix dans le cas où Pôle emploi imposerait des postes de prostitué-es aux demandeurs-ses d’emploi sous peine, en cas de refus, de ne plus percevoir les indemnités de chômage ?

La prostitution est l’exploitation paroxystique d’un lobby prostitutionnel et libéral qui rapporte des milliards de dollars. Les Etats en bénéficient aussi puisque ce commerce est lié à ceux des armes et des drogues. Il s’inscrit dans le trafic de travailleur-es migrant-es. La loi sur la Sécurité intérieure de février 2003 interdisant le racolage est un moyen supplémentaire de pourchasser les Sans-papières.

La prostitution s’attaque aux femmes en tant que groupe : toutes les femmes sont susceptibles de faire l’objet d’une mise à disposition marchande. Dire que le « client » achète de la sexualité, c’est adopter le point de vue des violeurs qui considèrent les femmes interchangeables et leur désir inutile. Pour rappel, 48000 viols par an sont commis contre les femmes de 20 à 59 ans.

Solidaires demande :

- un plan d’urgence pour les personnes voulant se libérer du système prostitutionnel ;
- l’abrogation de la Loi sur la Sécurité intérieure et notamment les articles 18 (racolage passif) et 76 (dénonciation des proxénètes par les étrangères contre des papiers) ;
- un titre de séjour pour les personnes étrangères soumises à l’exploitation sexuelle ;
- la mise en place d’un numéro vert d’aide ;
- la création de lieux d’accueil ;
- l’accès effectif des personnes prostituées à tous les droits universels, dont droits aux formations de longue durée rémunérées, qualifiantes et diplômantes ;
- l’annulation des dettes fiscales et des amendes ;
- la criminalisation du proxénétisme ;
- la confiscation des biens provenant de l’exploitation sexuelle pour les consacrer à l’aide aux personnes prostituées ;
- une véritable politique de formation et d’éducation à la sexualité, dans le respect de l’autre, avec des campagnes de sensibilisation et d’information au plan national ;
- un débat national sur la responsabilité du client.

Sud Éducation ne peut favoriser la légalisation de la prostitution.

Commission fédérale droits des femmes

Références :
Elisabeth Claude, La prostitution peut-elle être une profession ? in Prostitution et société, oct.-déc. 2009.


Quelques données chiffrées

  • En 2002, on estime que la prostitution engendre des revenus de
    60 milliards d’euros et la pornographie 52 milliards d’euros ; les
    profits de la traite à des fins de
    prostitution sont évalués entre 7,8
    et 13,5 milliards d’euros par an.
  • En 2001, il y avait 40 à 42 millions de prostituées dans le
    monde. Chaque année, environ
    500 000 femmes sont victimes de
    la traite aux fins de prostitution
    dans les pays de l’Europe de
    l’Ouest ; 75 % de celles-ci ont 25
    ans et moins.
  • L’industrie de la prostitution
    représente 5 % du PIB des Pays-Bas et de la Corée (pays où la prostitution est réglementée). Aux
    Pays-Bas, seules 4 % des prostituées sont déclarées pour avoir
    accès à la protection sociale.
  • 85 à 90 % des femmes prostituées dépendent d’un proxénète,
    que le pays soit réglementariste ou
    pas.
  • En France, 80 % des prostituées
    sont étrangères. Environ 130 000
    personnes sont des prostituées de
    rue en France.

[1À lire au second degré