Protégeons nos élèves des projets de Sarkozy

Enfants de familles sans-papiers et mineurs isolés
jeudi 13 avril 2006
mis à jour jeudi 13 juillet 2006

Sarkozy déclarait à la dernière rentrée scolaire que les collectifs autour des élèves sans-papiers ne représentaient rien. Un mois plus tard, devant des mobilisations locales exemplaires qui mêlaient, parents d’élèves, personnels de l’éducation nationale, élèves, syndicalistes et militants des Droits de l’Homme, le même Sarkozy levait le pied et repoussait les expulsions à la fin de l’année scolaire. Un simple répit qui n’est même pas respecté par les préfectures.

Le 1er février, les différents Réseaux Education Sans Frontières [1] ont organisé des rassemblements devant plus de quarante préfectures. Ils ont dit Non aux rafles d’enfants et d’adultes étrangers, et se sont engagés à éviter
l’expulsion de nos élèves en juin prochain. Ces rassemblements à Beauvais, Paris, Orléans, Rouen, Clermont-Ferrand, Poitiers, Nantes ou Marseille montrent l’efficacité d’un travail réel et rapide dans lequel des militants de Sud éducation prennent toute leur place.

Ils veulent une jeunesse docile et des immigrés jetables

A l’heure où nous écrivons ces lignes, une grande grève se prépare pour le 4 Avril contre la précarité et la casse du Code du travail. Dans le même temps, des équipes militantes mettent en place des manifestations contre le projet CESEDA [2] par lequel Sarkozy prévoit d’instaurer la clandestinité et la précarité à vie pour les recalés d’un droit d’Asile qui n’existe pratiquement plus. L’autre volet de son projet met en place un statut de travailleur jetable pour les étrangers invités à utiliser leurs compétences au service de l’économie française. Tout cela peut paraître abject, mais c’est bien là que nous en sommes aujourd’hui en France.

Il n’est pas besoin de longues démonstrations pour voir le lien avec le CPE-CNE. Un étranger qui sera embauché en CPE-CNE ne pourra pas prétendre au rapprochement familial puisqu’il n’aura pas de revenus assurés sur un temps suffisamment long. Ce même étranger ne pourra pas prétendre à un logement suffisamment grand pour prouver qu’il peut accueillir sa famille dans des conditions décentes. Tout processus de précarisation des travailleurs aggrave un peu plus les conditions d’existence des travailleurs étrangers. CPE et CNE en sont une démonstration supplémentaire.
Les Sans-papiers l’ont bien compris et le 18 mars 2006, jour du dixième anniversaire de l’occupation de l’église Saint Ambroise à Paris, ils ont rejoint en cortège la manifestation contre le CPE-CNE.

Porter la question dans la rue

Dans plusieurs villes, des manifestations sont prévues à partir du mois de mars contre le projet CESEDA que Sarkozy voudrait voir boucler en mai [3]. Nous pouvons et devons faire entendre la question des « élèves sans-papiers » dans le mouvement social et dans les mobilisations actuelles. Du niveau de résistance au projet CESEDA dans chaque département dépendra aussi le sort des élèves à partir du mois de juin.

- Pour populariser le refus de la politique des rafles de Sarkozy, le Réseau Education Sans Frontières collecte actuellement des signatures de « personnalités » prêtes à déclarer « Nous les prenons sous notre protection ! »

- Le 30 et le 31 mars, la Fédération Sud éducation réunira sa Commission Immigration à Amiens.

- Le 1er avril un rassemblement des délégué(e)s des RESF de tous le pays est prévu à la Bourse du travail à Paris. Sud éducation sera présent lors de cette journée d’information, de débat et de mise en place des initiatives de la fin de l’année scolaire.

- Le 2 avril à Paris, une journée festive de dénonciation de la politique de Sarkozy est en train de se mettre en place.

- L’Union syndicale Solidaires vient de publier une brochure sur l’immigration, qui est un véritable outil de lutte mis au point par la Commission Immigration, en vue de
la campagne contre le projet CESEDA. Demandez là aux syndicalistes de Sud éducation.

- Le congrès de la Fédération Sud éducation s’ouvrira le 9 mai à Clermont-Ferrand par un appel à la mobilisation générale aux côtés des enfants sans-papiers, des mineurs isolés et de tous les étrangers condamnés par Sarkozy et les siens à la pire des précarités, celle du travail sans droit et de l’esclavage.

Sud éducation Puy-de-Dôme


JPEG - 33.9 ko

Demain si la loi passe...

Vous croisez Mamadou, votre voisin du 6ème, un peu plus soucieux et triste que d’habitude, alors vous lui demandez si ça va. Trois ans qu’il n’a pas vu sa femme et ses enfants et qu’il vous parle de les faire venir en France un jour. Il y a 6 mois, il vous avait invité à sa fête car il venait enfin d’être régularisé. Cela lui faisait plaisir aussi d’avoir décroché ce 30 m2 après tant de galère, c’était indispensable pour présenter une demande de regroupement familial. Pour autant, il n’est même pas sûr que son logement sera acceptable pour que le dossier aboutisse. Seulement, il doit encore attendre un an avant de faire une demande de regroupement, et elle peut être refusée. Pire, il n’est vraiment pas sûr que son pays fasse parvenir les pièces d’état civil nécessaires. Ses amis maliens lui ont dit que cela pouvait prendre des années. Alors, évidemment, il finit par se dire que cette loi ne lui laisse aucune chance de revoir sa famille avant longtemps... surtout qu’il doit la faire venir en une fois.

Thomas, un de vos amis, est tombé fou amoureux d’Elena lors d’un voyage en Ukraine. Après plusieurs aller-retours, Elena est venue en France avec un visa de tourisme et ils se sont mariés. Il pensait que c’était simple qu’elle obtienne un titre de séjour suite à leur mariage. Erreur ! Sa femme est allée à la préfecture pour obtenir un titre de séjour, son visa de tourisme ayant expiré quelques jours auparavant. Mais avec la loi de 2006 ce n’est plus possible.
Désormais, pour vivre en France légalement, Elena n’a pas eu d’autre solution que de repartir en Ukraine et de demander un visa de long séjour. Sauf que Thomas vous annonce ce soir qu’elle en est à sa troisième demande sans réponse. Et, si elle finit par l’obtenir, trois ans de mariage (au lieu de deux avant) et la preuve de son intégration leur seront nécessaires pour qu’elle obtienne une carte de résident. Autant dire qu’on dissuade toute personne de se marier avec un étranger dans ces conditions !

Ce soir, vous êtes restés plus tard que d’habitude au boulot, vous croisez Oury qui vient faire le ménage tous les soirs dans votre entreprise. Vous le connaissez bien, vous discutez souvent ensemble : chaque fois qu’il vous reste des dossiers à terminer. Ce soir, il vous paraît bouleversé. Vous le questionnez. Se sentant en confiance, il vous dit qu’il est sans-papiers. Il n’a pas revu sa famille depuis 1997, date à laquelle il est arrivé en France. Il pensait être régularisé l’année prochaine en prouvant ses dix années de présence et enfin faire venir auprès de lui sa femme et ses enfants. Seulement, la loi est passée aujourd’hui, le droit à une régularisation après 10 ans de présence n’existe plus. Désormais, ses papiers dépendent de l’arbitraire d’une administration poussée chaque jour à multiplier les refus et les expulsions. Oury peut bien rester 30 ans en France, ce sera toujours pareil.

Comme tous les jours, vous déjeunez avec votre collègue Paola. Elle a été embauchée pour une durée d’un an non renouvelable, selon une procédure prévue par la nouvelle loi. Depuis 2 mois, vous êtes la seule personne à qui elle ose parler du cauchemar quotidien qu’elle vit, en raison du harcèlement sexuel dont elle est victime par son directeur. Vous lui avez dit que des lois existent pour la protéger. Comme elle l’a prévenu qu’elle allait porter plainte s’il n’arrêtait pas, son directeur lui a annoncé, du coup, qu’elle sera licenciée. En fait, Paola pourrait l’attaquer en justice pour harcèlement mais le licenciement met fin à son droit à un titre de séjour depuis la loi de 2006... Elle sera loin avant de voir l’issue du procès, et son employeur le sait. Vous n’aviez pas réalisé que Paola était à ce point sur un siège éjectable, et que sa vie en France ne dépendait que du bon vouloir de ses employeurs...

Collectif Uni(e)s contre une immigration jetable


[1Les RESF existent sur tout le territoire et se multiplient encore aujourd’hui. Pour les joindre :
educsansfrontieres@free.fr

[2Lire la présentation détaillée dans notre dernier numéro.

[3Consultez le site des collectifs Uni(e)s contre une immigration jetable.

Navigation

Mots-clés de l'article

Agenda

<<

2020

 

<<

Juillet

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
293012345
6789101112
13141516171819
20212223242526
272829303112