QUELS SYNDICALISMES EN PALESTINE ?

 septembre 2004
mis à jour jeudi 25 novembre 2004

Comment un syndicalisme de combat peut-il émerger, s’implanter et se structurer, sachant que, par ailleurs, la réalité des « organisations de masse » est marquée, d’une part par leur dépendance à l’égard des partis politiques en tant que structures cooptées, et, d’autre part, par leur dépendance à l’égard de l’Autorité Palestinienne et des donateurs étrangers ? Ces derniers ayant versé des millions de subventions pour créer un ensemble passif de bénéficiaires dépendant d’avantages consentis et non un mouvement d’acteurs de leur lutte pour leurs droits.

UN SYNDICALISME DOMINANT

Depuis de longues années, le syndicat le plus important est la Fédération Générale Palestinienne des syndicats (PGFTU) : c’est un syndicat unifié qui regroupe officiellement tous les syndicats de branches, mais qui n’a pas grand-chose de commun avec les confédérations à la française. Après Oslo, l’unification s’est faite en imposant des quotas de représentations des quatre principaux courants nationaux : le Fatah (parti hégémonique du Président Arafat, actuellement talonné par le Hamas, parti islamiste), le FPLP (marxiste), Le FDLP (scission du FPLP), et le PPP (parti “communiste”, présent dans le gouvernement). Du niveau national à celui des branches professionnelles et des districts territoriaux, la répartition des rôles a respecté ces quotas. Dans tous les secteurs, les secrétaires généraux appartiennent au Fatah, les autres devant se contenter de participer aux instances de direction désignées. La PGFTU est donc entièrement sous la coupe du Fatah. Par leur présence issue d’un compromis bureaucratique, les autres cautionnent.

Rappelons que l’Autorité Palestinienne est le plus gros employeur de Cisjordanie et de Gaza. Au demeurant, l’activité du syndicat, limitée dans un premier temps à régler des situations individuelles de conflit entre patrons et salariés, concentre désormais l’essentiel de son action à l’aide sociale d’urgence, s’efforçant de répondre à des demandes face aux problèmes du quotidien, désertant le terrain de la lutte. Il n’y a donc pas d’autonomie des luttes possible, puisque c’est l’Autorité Palestinienne (le “gouvernement”) qui dirige le syndicat et qui a en même temps à répondre aux revendications, comme le paiement des salaires par exemple (régulièrement “retardé”) pour tout ce qui concerne le secteur “public”.

DES STRUCTURES AUTONOMES

Néanmoins, certains secteurs cherchent à développer leur autonomie par rapport à la coalition politique au pouvoir pour conquérir des droits élémentaires : protection sociale, paiement des salaires, droit au travail, code du travail... De nombreux militants mènent de front lutte de classes (contre l’Autorité Palestinienne, sa bourgeoisie corrompue et sa bureaucratie) et lutte de libération. Selon eux, il n’y aura pas de libération nationale sans victoire de la démocratie en Palestine, en particulier dans les syndicats. C’est le cas du syndicat de l’enseignement, qui regroupe à la fois les enseignants de l’école publique (34 000), tous théoriquement membres du PGFTU), ceux des écoles privées (5 000) et ceux des écoles des Nations-Unies dans les 22 camps de Réfugiés en Palestine (UNRWA). Dans le syndicat de l’enseignement, où il n’y a pas eu d’élections depuis 1984, seuls les personnels du privé et de l’UNRWA ont le droit de s’organiser par eux-mêmes ; pour ceux de l’école publique, c’est encore interdit par la loi... Ainsi donc, les militants du syndicat du secteur privé tentent d’organiser des élections démocratiques au sein de leur structure et espèrent pouvoir y parvenir en mai-juin prochain, après une campagne de formation interne. A l’Université, notamment à Bir Zeit et Bethlehem, les enseignants ont créé leur propre structure, indépendamment de la PGFTU. Les représentants sont élus démocratiquement. Mais leur tâche est rendue difficile par le rôle du Sénat des Etudiants, qui impose la domination des partis politiques dans le fonctionnement interne des Universités. D’autres secteurs professionnels luttent pour s’émanciper de la tutelle des partis au pouvoir dans leurs syndicats : Télécom, Municipalités, Santé... Dans l’Agriculture, -secteur très important de l’économie palestinienne- les paysans mènent combat contre l’oppression coloniale autour du droit à cultiver les terres confisquées par les colons. N’oublions pas la remarquable entrée des femmes dans le champ social (qui créent leurs propres comités, coopératives de travail, et s’organisent pour revendiquer leurs droits et libertés), preuve indiscutable de cette dynamique nouvelle. C’est en redevenant un outil de remise en cause de l’ordre social et des pouvoirs autocratiques établis qu’une gauche palestinienne pourra également combattre l’islamisme et lui contester ses prétentions à incarner l’anti-impérialisme et la lutte pour l’indépendance.

Sud éducation et l’Union Solidaires militent actuellement pour qu’une délégation de dix militants syndicalistes palestiniens, dont au moins quatre femmes, puisse venir en France a la mi-novembre (Besançon, Bordeaux, Rouen et Paris au moins). Elle y sera accueillie et prise en charge par des équipes militantes avec un programme de rencontres syndicales et de débats autour de la Palestine. L’objectif est de tisser des liens de collaboration a long terme pour l’émergence ici et là-bas d’un syndicalisme de lutte.

Sud éducation Franche-Comté et Haute-Normandie

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