Quand enseigner devient un acte de résistance

Palestine
 septembre 2004
mis à jour jeudi 25 novembre 2004

Le projet de la mission Haute Normandie, qui s’est déroulée du 18 avril au 2 mai à Naplouse et à Ramallah, était de travailler autour de l’éducation en Palestine. Son axe majeur : privilégier des actions concrètes permettant aux différents membres du système éducatif palestinien d’être réellement à l’initiative de projets pédagogiques communs, et non de les maintenir dans un système de subventions et d’assistanat.

Demandeurs de projets de correspondance, de supports pédagogiques ludiques, d’échanges de pratiques, les enseignants palestiniens délivrent tous le même message : l’éducation est leur seule richesse, c’est leur résistance. Céder à l’occupant, c’est également cesser de passer des heures aux checks-points pour assurer les cours, c’est cesser de trouver des solutions pour accueillir les élèves pendant les périodes de couvre-feu ou d’occupation. Résister c’est revendiquer ses droits et sa dignité malgré le désespoir et l’humiliation.

Une occupation dramatique pour le système scolaire

Matériellement, en 2002-2003, c’est 850 écoles sur 1500 qui ont été fermées partiellement, 11 partiellement détruites, 6 intentionnellement endommagées. Comme l’Autorité palestinienne n’a pas de moyens financiers immédiats pour reconstruire, les classes atteignent des effectifs très chargés. De nombreux établissements travaillent « par alternance » : la moitié des effectifs le matin, l’autre l’après-midi. Pour s’adapter à ces interruptions, le système scolaire ne cesse d’inventer : écoles dans les caves, examens universitaires par fax... Il faudrait également mentionner le nombre insupportable d’enfants tués sur le trajet de l’école. En dehors des destructions de biens et de personnes, les dégâts psychologiques sont énormes. En effet, on peut facilement imaginer que le processus d’apprentissage est fortement remis en cause, suite aux destructions et aux difficultés quotidiennes pour arriver ou repartir de l’école, aux interruptions fréquentes de cours, aux attaques soudaines. Tous les enseignants s’accordent pour témoigner de l’extrême fragilité de ces enfants qui présentent de plus en plus des signes cliniques de traumatismes. La perte du sentiment essentiel de sécurité à l’intérieur de l’école entraîne une nette augmentation des comportements violents, ce qui amène beaucoup d’enseignants à s’appuyer sur des méthodes de pédagogie active malgré les 50 élèves par classe.

En effet, les professeurs et les militants des associations rencontrées témoignent tous d’une réelle volonté de développer un enseignement qui laisse les élèves être critiques et demandeurs tout en leur assurant, toujours et encore, un lien avec l’extérieur.

Echanges de lettres entre élèves de France et de Palestine... pour commencer !

C’est dans cet esprit que nous avons très modestement mis en place des projets de correspondance scolaire entre des élèves palestiniens et des classes de seconde et de première de lycées de l’Eure, ainsi qu’avec deux sixièmes d’un collège de ZEP. Chaque projet doit être accepté par le ministère lui-même et par l’équivalent de la municipalité alors qu’aucun des établissements ciblés ne possède de connexion à Internet (le courrier ne peut être acheminé que par les services consulaires et à un rythme incertain). La correspondance scolaire offre néanmoins l’avantage d’être un support simple et varié, permettant à la fois proximité et mise à distance. Le projet autour des sixièmes permettra d’associer, outre les professeurs de français, le professeur d’histoire-géographie (le collège participe à une action communale sur la question de l’eau dans le monde) et le professeur d’arts plastiques qui mettra en place avec son collègue palestinien un travail sur l’autoportrait.

Il est primordial pour des élèves français de s’ouvrir à un monde et à un conflit qu’ils ne connaissent que de façon extérieure et parfois passionnelle, d’entrer dans une culture à la fois proche et lointaine, de découvrir l’importance de l’école et le danger qu’elle peut aussi comporter, d’admettre les données d’un monde où l’enfance n’a pas le même sens. Ces projets de correspondance ne devraient être, nous l’espérons, qu’une première étape dans notre collaboration. Nous avons également commencé à collecter et à commander des livres pour des élèves néo-francophones, les étagères des « CDI » étant vraiment très vides.

Quant aux enseignants, ils sont demandeurs de formations : quand il leur arrive de dédoubler des classes, quel type d’activités proposer au groupe qui se rend au CDI en autonomie ? Comment mener à bien un projet pédagogique avec des élèves ? Comment enseigner le FLE avec des effectifs chargés ? C’est d’une coopération réelle, à la base, que les Palestiniens, enseignants, non enseignants, élèves de tous âges ont besoin. C’est ainsi que leur résistance quotidienne et pacifique peut se maintenir. Ensemble, oeuvrons à redonner à ces enfants l’énergie de se battre avec des mots, l’envie de bâtir des projets d’avenir et la possibilité de respirer ailleurs... autrement que droit dans le mur.

Sud éducation Haute-Normandie

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