Quand l’exclusion et la sécurité tiennent lieu de politique scolaire...

 septembre 2002
mis à jour samedi 15 janvier 2005

Les dernières élections présidentielles constituent un événement inquiétant à plusieurs points de vue. D’une part, elles mettent en évidence la capacité du Front National à progresser, y compris chez les jeunes. Mais, d’autre part, et c’est encore plus inquiétant, elles soulignent l’influence considérable des questions et des réponses portées par l’extrême-droite (bien au-delà de ce que le FN représente en tant que parti).

"Dérive sécuritaire"...

L’insistance obsédante avec laquelle le thème de la sécurité a été progressivement érigé en priorité politique exclusive en constitue le signe le plus visible. Priorité clairement affichée par le P.S. et par le Pôle Républicain, priorité clamée de manière tonitruante et mise en œuvre de manière très démonstrative (11000 nouvelles places en prison et doublement des places pour les mineurs, incarcération dès l’âge de 13 ans, création de "centres fermés" pour les mineurs délinquants, 3300 juges de proximité, suppression des allocations familiales...et, 6 mois de prison en cas d’outrage à enseignant *) par la droite depuis qu’elle est majoritaire dans toutes les instances du pouvoir.

Il convient toutefois de lever quelques confusions à ce propos. Que l’individu en société attende des lois et de ses représentants une efficacité et terme de protection de la personne est non seulement compréhensible, mais nécessaire. Par contre, ce que nous dénonçons derrière l’expression "dérive sécuritaire" est très différent : il s’agit de la volonté dominante d’installer la Sécurité comme valeur centrale de la politique. Ainsi, on percevra l’immigration comme un danger pour la cohésion nationale, la misère urbaine comme une source de violence, ou encore l’échec scolaire et l’absentéisme comme de scandaleuses "incivilités". D’autre part, une caractéristique essentielle du discours sécuritaire réside dans son inconséquence volontaire : derrière le mot d’ordre démagogique et inquiétant de "tolérance zéro" (que l’on songe seulement à son sens littéral : intolérance absolue !) se cache la volonté de sanctionner certains délits pour mieux en étouffer d’autres. Qu’un Chirac aille simplement témoigner alors que pèsent sur lui de lourds soupçons est interprété comme une atteinte à sa fonction, alors que le remplissage de nos prisons par des sans-papiers fait désormais partie d’une norme admise ! Dans le même ordre d’idées, le licenciement massif de salariés dans des entreprises florissantes apparaîtra comme beaucoup moins scandaleux que le refus de certains chômeurs d’accepter n’importe quel emploi, dans n’importe quelles conditions et à n’importe quel prix !

...à l’école

Dans l’éducation, les mêmes présupposés se répandent de manière alarmante. Tel établissement "de centre ville", pour soigner son image et se débarrasser des élèves dangereux pour celle-ci, multipliera les conseils de discipline et les exclusions, encouragera systématiquement le dépôt de plainte ou encore développera les systèmes de vidéo-surveillance sans s’apercevoir qu’ailleurs, là où il devient réellement de plus en plus difficile d’enseigner, on s’interroge précisément sur le bien-fondé et l’efficacité de ces méthodes. Il ne faut en effet pas se voiler la face : l’approche sécuritaire à l’école rend vaine toute réflexion éducative et joue le jeu du renforcement des inégalités. En pensant à une pseudo-égalité des chances, on oublie l’égalité des droits. Comment peut-on imaginer qu’un élève qui ne perçoit le système scolaire que sous l’angle de la répression et de la contrainte (qui peut aussi s’exprimer par des pratiques purement administratives concernant le moindre manquement au règlement intérieur : un retard, une casquette, un portable qui sonne devenant de graves problèmes mettant en cause notre mission républicaine...) puisse véritablement désirer apprendre, réfléchir et réussir ? Sans même militer pour des pédagogies alternatives, il serait souhaitable qu’un minimum de "bon sens" psychologique et pédagogique se construise à l’école. En outre, croit-on sérieusement que cette logique répressive d’exclusion soit compatible avec l’idéal républicain d’égalité ? Or tout est fait pour nous encourager à ne rien changer : tantôt avec désespoir, tantôt avec soulagement, on fait remarquer que cet élève décidément irrécupérable traîne avec lui une lourde histoire dans laquelle se mêlent en général problèmes sociaux, familiaux et personnels. Ainsi, on en conclut avant de se replonger dans le travail que notre système scolaire est décidément impuissant mais hors de cause... Et on oublie par là même que l’estime de soi est à construire, que la compétition fabrique d’abord des perdants et que la coopération est niée à l’école. En effet, il n’est sans doute pas inutile d’insister sur cette violence quotidienne (et souvent exercée inconsciemment) que de nombreux élèves subissent à travers toute une tradition de jugement et du mépris culturel (appréciations et notes infamantes, négation des autres formes culturelles etc... ).

SUD éducation : une alternative syndicale

Face à cette logique que le fatalisme et le conservatisme ambiants facilitent, il est important de souligner que les problèmes de l’école expriment surtout des problèmes sociaux sur lesquels il est possible d’agir politiquement et syndicalement. Les jeunes sont massivement touchés par le chômage, la précarité et la violence (dont ils sont, faut-il le rappeler, les premières victimes). C’est évidemment cette réalité qui discrédite considérablement la mission et les prétentions du système scolaire. Dans un contexte politique inquiétant, il est nécessaire que les personnels de l’éducation se mobilisent contre toutes les orientations économiques, politiques et sociales qui précarisent toujours plus une partie importante de cette jeunesse, si souvent stigmatisée.

SUD éducation s’inscrit dans une pratique syndicale qui dépasse les corporatismes, qui légitime socialement la fonction éducative et qui, d’une manière plus large, s’engage pour une organisation sociale alternative.

Concrètement, il s’agit de :
- proposer aux élèves des lieux de rencontre et de discussion et mettre ainsi en place une école démocratique
- soutenir toute les luttes de jeunes salariés précaires (emplois-jeunes, mais aussi employés de MacDo, livreurs de pizza, travailleurs intérimaires etc.)
- lutter pour un revenu minimum étudiant et pour une politique juste en matière de bourses et de minima sociaux (combien de nos élèves travaillent ? Combien après leurs études, sont au chômage sans aide sociale ? Combien d’étudiants vivent dans la pauvreté ?)
- rappeler obstinément que le système scolaire actuel sélectionne et reproduit impitoyablement une élite qui alimente toujours autant les grandes écoles, aussi bien par la sélection proprement culturelle que répressive (l’une alimentant l’autre)
- s’associer aux mobilisations pour une autre Europe, une autre mondialisation, pour une vraie démocratie.

* Jusque là, l’outrage à enseignant était déjà passible d’une amende de 7500 euros ce qui était considérable, particulièrement pour les familles dans le besoin. Mais les députés de la majorité ont jugé bon d’alourdir la peine : 6 mois de prison pour outrage à personne chargée d’une mission de service public commis à l’intérieur ou aux abords d’un établissement scolaire. C’est agir comme si le respect relevait du rapport de force, alors qu’il relèverait de l’adhésion des élèves et de leurs familles à ce que l’école et la société leur réserve. C’est nier qu’il y a souvent des causes réelles et profondes au manque de respect qui s’exprime dans l’école : ennui, non prise en compte des difficultés scolaires, manque de débouchés, etc... C’est ne pas voir que la menace excessive ne fait qu’accroître le sentiment d’insécurité, et donc l’agitation, ni que la punition excessive ne fait qu’accroître le sentiment d’injustice et la révolte. Jusque là, seuls les outrages à policiers et gendarmes étaient passibles de prison, les députés de la majorité classent les enseignants aux côtés des forces de répression, répression dont on voit bien qu’elle est dirigée d’abord contre les pauvres.

SUD Nord-Pas de Calais

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