Quelle recherche publique ?

vendredi 7 décembre 2012

Texte adopté aux journées complémentaires du VIème Congrès Fédéral des syndicats SUD éducation de mai 2012 à Montpellier, les 29 et 30 novembre 2012 à Créteil

Quelle recherche publique ?

Le secteur de la recherche scientifique publique est mal traité ces dernières années, c’est un fait. Entre pilotage ministériel, recherche sur projets, mises en concurrence tous azimuts, précarisation et privatisation rampante, il devient de plus en plus difficile de mener des recherches libres et indépendantes. Mais c’est un fait aussi que la recherche publique est un des maillons essentiels du système capitaliste actuel ; et elle a bien été soutenue après guerre pour cela. En particulier, les recherches axées sur la technologie (nucléaire, OGM, nanos, …) sont la source d’innovations et d’applications que l’on cherche à combattre aujourd’hui. Se contenter de réclamer un espace de liberté au sein de la recherche publique (nécessaire par ailleurs) sans tenir compte de ces aspects n’est-ce pas cautionner l’ensemble du système ? Quelle serait alors la recherche publique « émancipatrice » que nous souhaitons soutenir et voir émerger ?

Ces questions peuvent donner lieu à des débats contradictoires assez longs, mais nous pouvons déjà proposer quelques principes simples.

1) Une recherche publique doit par essence bénéficier au « public » (c’est-à-dire au peuple, à la base, à la collectivité, à nous autres, etc.). Si les applications de la recherche fondamentale ne sont pas prévisibles, il demeure essentiel de disposer gratuitement des résultats de ces recherches (gratuité du savoir, non brevetabilité, etc.). Pour les recherches plus appliquées, il faut au moins se rapprocher des sujets et domaines qui intéressent les personnes pratiquement et/ou quotidiennement (psychologie, social, santé, environnement, …), développer des outils sous licence libre de type « gauche d’auteur » (exemple des logiciels) et surtout disjoindre recherche publique et développement économique.

2) Une recherche publique doit favoriser les connexions entre savoirs. Que ce soit entre disciplines scientifiques, entre connaissances scientifiques et savoirs populaires ou encore entre créations scientifiques et artistiques, il est important de veiller à l’universalisme et à contrer la spécialisation à outrance (caste d’experts) et l’enfermement dans des tours d’ivoire.

3) Une recherche publique ne doit pas favoriser des applications nuisibles. Cela implique de contrer les recherches technologiques dangereuses (arrêt du nucléaire civil et militaire, démantèlement et reconversion du CEA, moratoires sur OGM et nanos, etc.) et de développer une résistance interne qui pourrait passer par des « refus de collaboration » (par exemple avec établissements à vocation nucléaire ou militaire dans le cadre de programme de recherches ou d’enseignements) et par une « objection de conscience » individuelle (refus de travailler sur certains sujets ou dans certains cadres pour des raisons de conscience et de conviction, sans que cela n’entraîne des sanctions).

Ces principes méritent d’être complétés, en particulier par des propositions sur les orientations, l’organisation et les moyens de la recherche publique.

Documents joints

Quelle recherche ?-VIcongrèsSUDéduc2012